Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

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Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

487036 visites.

Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

 

Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard

Présentation. Lorsque Sarah rencontre Théo, l’amour les court-circuite. Elle, l’écorchée vive, la punkette, se laisse convertir au bonheur par ce garçon aux airs de lutin, fou de Capra et de Fellini. Dans le tourbillon joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions, naît Simon, puis Camille. Mais très vite, comme si leur allégresse avait provoqué la colère de l’univers, les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. On leur annonce un combat sans trêve. Refusant de céder au désespoir, le couple choisit de s’y lancer à corps perdu, comme dans une extraordinaire croisade dont leur courage et leur amour seraient les complices.

Couverture Il est juste que les forts soient frappés

Mon avis. Il est très rare que je parle de « coup de cœur » à propos d’un livre (le deuxième seulement cette année). C’est pourtant bien le cas ici : coup de cœur, coup au cœur…

Le récit est pris en charge par Sarah qui, on l’apprend d’emblée, est décédée. Elle ne peut rien révéler de la mort (« C’est simplement impossible, il y a comme un écran blanc entre les mots et moi qui se dresse à l’instant même où j’exprime le plus petit début d’intention de vous raconter. » – p. 14), mais elle sait désormais « que le but ultime de tout le monde, dans la mort, c’est […] se faire oublier des vivants. » [p. 13], en l’occurrence Théo, son compagnon, ainsi que Simon et Camille, leurs enfants.

Sarah replonge dans son passé : évocation d’une (percutante) rencontre salvatrice, alors que la jeune femme torturée a vingt ans.

« Alors je ferme les yeux. D’un bloc, ma tête se remplit de tout ce qui m’écrase, m’étouffe et m’interdit d’être une jeune fille gaie de 20 ans comme tant d’autres. » [p. 24]

Et puis surgit Théo, au « grand corps de gamin – j’aime bien le taquiner avec ça, il a six ans de moins que moi, 24 ans, c’est un minot ! » [p. 31]. Délicieusement agaçant, Théo. Une énergie débordante, Théo. Tellement débordante qu’elle éclabousse Sarah, étonnée de « tomber » amoureuse. Moineau et Lutin se sont trouvés.

Si « Théo a un don pour l’insouciance et la légèreté », il se sent aussi « comme guetté par un drame immense, sorte d’oiseau noir qui n’attendrait qu’une seconde d’inattention pour fondre sur lui. » [p. 39 – 40]. Cet oiseau noir prendra la forme d’un/du crabe alors que Simon et ses parents attendent l’arrivée prochaine de Camille.

S’engage une course contre la montre parce que la maladie a décidé de se presser : le combat commence. Ardu. Ils sont soutenus par la famille, les amis, le corps médical en général et « Dr House » en particulier, dans cette « course à la vie ». Course au sens propre aussi pour Théo, « contraint de grandir », et qui doit jongler entre travail, hôpital, école, crèche et repos relatif.

« Mais parce que votre rôle à vous, monsieur Dorneval, c’est de me dire que j’ai tort. Qu’il va y avoir des rémissions, que son état va s’améliorer. Nous allons entamer un traitement, une chimiothérapie très lourde, et le but sera bien d’obtenir une première rémission.

Théo chancelle, refusant de céder au soupçon d’espoir qui vient se frotter à son cou comme un animal perfide. D’ailleurs, le docteur n’a pas prononcé le mot « espoir », ni celui de « guérison » ; il s’en est bien gardé. Il lui a tout de même offert « rémission » qui faisait partie de la liste initiale. […]

Ça lui va. Il ne demande rien de plus. La force qui l’anime est désespérée, c’est une « force noire », comme il la baptisera, une force qui interdit de rêver que le cauchemar ait pu ne jamais avoir lieu ou même qu’il cessera un jour.

Mais c’est aussi une incroyable puissance qui le rend capable, oui, de soulever des montagnes. » [p. 131 – 132]

« Roman » sublime. Intimement bouleversant. Profondément lumineux. Servi par une superbe plume, qui peint avec humour les petits bonheurs de la vie, précieux, savoureux. Oh, bien sûr, les larmes ont coulé à la fin, abondantes. Émotion liée à la mort. À la vie. Aussi.

Un tout grand merci aux éditions J’ai lu pour cette magnifique découverte.

Dear Evan Hansen, Val Emmich – Steven Levenson, Benj Pasek, Justin Paul

Présentation. Le lycée, de base, c’est l’angoisse. Et pour quelqu’un comme Evan, qui souffre d’anxiété sociale, c’est même carrément l’enfer.

Sur les conseils de son psy, il s’écrit des lettres à lui-même. Mais lorsque Connor, la brute du lycée, lui en vole une, la vie d’Evan bascule. Car, quelques heures plus tard, Connor est retrouvé mort, avec la lettre sur lui.

Dès lors, tout le monde est persuadé qu’ils étaient meilleurs amis et Evan se retrouve au centre de l’attention du lycée… et de Zoé, la sœur de Connor, qu’il aime en secret. Pour la première fois, Evan se sent compris, apprécié, il se sent exister. Tout ce qu’il a à faire, c’est maintenir l’illusion.

Couverture Dear Evan Hansen

Mon avis. Un roman jeunesse qui suscite la réflexion…

Evan Hansen a 17 ans et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a un véritable problème pour nouer des relations. Il n’a qu’une idée en tête : se faire le plus « transparent » possible au lycée pour éviter les « soucis ». Il ne se sent « bien » que seul, dans sa chambre ; c’est pourquoi il suit une thérapie au cours de laquelle le Dr Sherman lui a expressément demandé de s’écrire des lettres commençant par « Cette journée va être géniale, et voici pourquoi. » Autant dire que Evan a bien des difficultés à compléter cette première phrase, même s’il se triture les méninges. Il rêve qu’on lui « fiche la paix », mais sa mère – avec qui il vit seul depuis que son père s’en est allé fonder une nouvelle famille à 3000 kilomètres de là – ne l’entend pas de cette oreille et leurs relations ne sont pas toujours aisées.

« Elle me dit qu’elle est fière, mais ses yeux racontent une autre histoire. Ma mère me voit comme une tache récalcitrante sur l’émail de la baignoire ; elle a beau utiliser tous les produits possibles et imaginables, rien n’arrive à la faire partir. Alors, fière de moi ? Non, il n’y a vraiment pas de quoi. Continuons donc à nous mentir. » [p. 20]

« J’ai aussi compris qu’éviter les gens ne calmait pas mon anxiété. Même là-bas dans les bois, il fallait encore que je supporte ma propre compagnie. » [p. 63]

Par un « malencontreux » concours de circonstances, une des lettres qu’il s’est écrites tombe entre les mains de Connor, un des lycéens à la réputation sulfureuse. Le « hic », c’est que Connor est bientôt retrouvé mort avec, dans ses affaires, la lettre censément adressée à Evan. Dès lors, Evan a toutes les apparences du meilleur ami du défunt et passe, du jour au lendemain, du statut « d’invisible » à « populaire ».

Pour la première fois de sa vie, le jeune homme devient quelqu’un de (presque) « normal », il passe du temps avec des « camarades » animés par la volonté de perpétuer la mémoire de celui qui était pourtant un « mouton noir » du lycée. Cerise sur le gâteau ; il se rapproche de Zoé, la sœur du défunt, dont il est secrètement amoureux depuis longtemps.

« Répondre à mes fans fait désormais partie de ma routine quotidienne. » [p. 280]

Le récit se centre sur Evan qui s’enferre dans son mensonge d’autant plus qu’il commence à savourer ce début de notoriété et le fait qu’il existe, d’une manière ou d’une autre, aux yeux de Zoé. En outre, il se sent valorisé grâce aux parents de Connor. Petit à petit, l’atmosphère devient pesante aussi pour le lecteur qui se demande quand le pot aux roses sera découvert et ce qu’il adviendra alors du jeune homme.

« J’aimerais que ça me laisse indifférent, mais une vague sensation de nausée vient s’ajouter à mon malaise général. » [p. 180]

Parallèlement, certains chapitres sont « pris en charge » par Connor qui « observe à distance » ce qui est en train de se dérouler « sous ses yeux ».

« Je suppose que j’ai récolté ce que je méritais. Je me suis construit des remparts si hauts que ma famille n’a jamais rien su de ma vie. » [p. 163]

« Face à tous les commentaires négatifs, quelques mots gentils ne faisaient pas le poids. » [p. 233]

Une lecture qui aborde l’importance essentielle du (non-)regard de l’autre sur soi…

Traduction (anglais) : Pascale Jusforgues.

Titre VO : Dear Evan Hansen (2018).

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

Un Pape pour l’Apocalypse, Jean-Luc Marcastel

Présentation. À Aurillac, le capitaine Malo Sinclair s’ennuie…
Il faut dire que Malo, jeune as prometteur de la police criminelle du quai des Orfèvres, avait tout pour monter vite et haut de la hiérarchie… S’il n’avait eu la malheureuse idée de démolir le portrait d’un suspect, fils d’un ministre.
Pour le protéger autant que pour le punir, son chef a décidé de le mettre « au vert ». Et pour ce faire, quoi de mieux qu’Aurillac, préfecture du Cantal, où l’on compte plus de vaches que d’habitants ?
Après deux ans, Malo est à la limite de la dépression.
C’est alors qu’on l’appelle pour une affaire de vol sur le chantier de fouille de l’abbaye Saint-Géraud récemment mise à jour. Une tête mécanique, incroyable vestige, presqu’une légende urbaine, a disparu.
Enfin une affaire qui sort de l’ordinaire ! Mais, quand les cadavres pleuvent, Malo ne peut dire qu’une chose : il n’en demandait pas tant…

Couverture Un pape pour l'apocalypse

Mon avis. Un très bon moment passé en compagnie du capitaine Sainclair et de son (gigantesque) subordonné, Albert.

Malo Sainclair s’ennuie (le verbe est faible) prodigieusement à Aurillac depuis qu’il a été mis sur la touche. Il n’attend qu’une chose : retrouver « sa » place au Quai des Orfèvres. Un jour survient une affaire qui sort de l’ordinaire : enfin quelque chose à se mettre sous la dent ! Il ne pensait pas si bien dire…

Un Pape pour l’Apocalypse allie thriller endiablé (!), aventure et fantastique. Une course contre la montre est lancée, qui mènera Malo et l’inénarrable Albert, flanqués bien malgré eux d’un petit bout de femme aussi superbe qu’extrêmement exaspérante, aux quatre coins de l’Europe. L’heure est grave : non seulement ils doivent empêcher le tueur de faire d’autres victimes, mais surtout, s’ils n’arrivent pas à l’arrêter dans sa quête éperdue, les conséquences seront désastreuses… Aucun droit à l’erreur n’est permis, et pourtant…

J’ai beaucoup apprécié ce récit sans temps mort, instructif et bourré d’humour, surtout grâce au personnage d’Albert, dont la truculence n’a d’égale que le gabarit, couplé à un appétit gargantuesque. Un Albert qui, contrairement aux apparences, sera un précieux atout dans la manche du capitaine, (pas) l’air de rien…

« Albert était… une caricature.

Taillé comme un ours, et encore pas un fluet, Albert aurait collé des complexes à Schwarzenegger à sa meilleure époque. Dans la région, le rugby était une religion, Albert était né pour y jouer, et ça tombait bien parce qu’il y jouait effectivement. S’il n’était jamais devenu pro, c’est qu’Albert possédait le sens tactique d’une huître, même s’il déménageait comme personne, et qu’il aimait beaucoup trop son boulot de flic pour le lâcher. » [p. 25]

« Il est des choses contre lesquelles on ne peut rien : les ouragans, les raz-de-marée, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les avalanches… et Albert. » [p. 28]

« Quand je lis un mot, je m’en souviens toujours, surtout si je le lis à haute voix. Et puis des noms comme ça, on n’en lit pas tous les jours !

Ma parole, c’est Rain Man ! se dit un instant Malo en observant les traits quasi minéraux de son subordonné. » [p. 250]

Ce titre entre dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (fantasy, aventure pour mars).

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Princesse Pimprenelle se marie, Brigitte Minne, Trui Chielens

Présentation. Une princesse peut épouser un prince, un prince peut s’unir à un autre prince, et deux princesses peuvent se marier : il n’y a aucune différence !
Ce qui compte, c’est qu’ils ou elles s’aiment !

Couverture Princesse Pimprenelle se marie

Mon avis. À lire aux/avec les enfants…

Princesse Pimprenelle est « invitée » à « choisir son prince » parmi un panel de prétendants, moment particulièrement ennuyeux pour la jeune fille : « Princesse Pimprenelle s’ennuyait à mourir, mais elle ne disait mot. Elle savait très bien que les princesses doivent souvent accepter des choses qui ne leur plaisent pas. » Personne ne trouve grâce à ses yeux…

« C’est alors que l’extraordinaire se produisit ! ». Le cœur de la princesse s’emballe lorsque apparaît la princesse Aliénor : coup de foudre ! C’est décidé, elles se marieront.

Comment ? « A-t-on jamais entendu chose pareille ? »

Le roi et la reine décident alors d’aller prendre conseil auprès de « la vieille et docte Sophie »…

Un album qui met l’accent sur l’amour, le vrai, qu’il survienne entre deux personnes du sexe opposé ou du même sexe : « Ce qui compte, c’est qu’ils ou elles s’aiment ! ».

J’ai beaucoup apprécié cette histoire ; en revanche – je vais être honnête -, je n’ai pas du tout aimé le dessin, « déstructuré », mais ce n’est que mon avis, purement subjectif.

Merci aux Éditions CotCotCot pour ce partenariat.

Un reflet de lune, Estelle Faye

Présentation. Paris, un siècle après l’apocalypse. La capitale est plongée dans les pluies de printemps et Chet, dans une affaire qui le dépasse. Des sosies apparaissent pour lui faire porter le chapeau de crimes dont il est innocent. Du lagon du Trocadéro au repaire lacustre des pirates de la Villette, Chet arpente les bords de la Seine en crue à la recherche de ces mystérieux doubles, autant que de lui-même.

Couverture Un reflet de lune

Mon avis. Cela ne m’arrive pas souvent, mais je suis passée à côté…

Je n’ai pas réussi à « accrocher » à l’histoire, pas plus qu’à Chet, le personnage principal, non pas parce qu’à mes yeux, il n’était pas « sympathique ». En réalité, c’est probablement pire : je suis demeurée complètement indifférente à ce qu’il pouvait lui arriver. Cette intrigue baignant dans une atmosphère sombre et pesante, centrée sur des sosies commettant des méfaits attribués au jeune homme, ne m’a pas intéressée.

Je demeure cependant sous le charme de la plume d’Estelle Faye, découverte dans La Voie des Oracles.

« Je me mêle aux lutins qui se croisent sans se parler dans les sentes entre les immeubles nains. J’ai la démarche de quelqu’un qui cherche quelque chose – des ennuis, sûrement. Comme le monde est bien fait, parfois, les ennuis me trouvent. Des revendeurs divers m’abordent avec discrétion. Les premières offres ne m’intéressent pas, drogues, somnifères ou prostitués, humains naturels, augmentés ou hybrides – hybrides, c’est la mode, je crois. » [p. 60]

« Le grillon chante dans la pénombre, accompagnant le martèlement rythmique de l’averse. Avant de partir, j’embrasse encore Yaël, un baiser rapide, furtif. J’emporte un souvenir de son rouge sur mes lèvres, alors que je m’éloigne sous la pluie. » [p. 98]

À noter que l’ouvrage est de toute beauté.

Merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (fantasy, aventure pour mars).

La brodeuse d’histoires, Martina Aranda

Présentation.

— Entre, ma chérie, je t’attendais ! Je m’appelle Lucia.  — Je ne veux pas vous déranger…  — Me déranger ? Mais non, tu arrives juste à temps pour écouter une histoire !

Couverture La brodeuse d'histoires

Mon avis. Un album de tendresse…

Histoire d’une rencontre entre une petite fille, Mila, et Lucia, une vieille dame qui vit dans « l’appartement du bas ». Lucia brode des motifs floraux et raconte des histoires au fil de son ouvrage.

Une tendre amitié se noue rythmée par les mots, les jus d’orange « maison », les flans, les émissions radiophoniques évoquant lectures et recettes de cuisine.

Un jour, Lucia se met à hésiter et ne semble pas désireuse de lire les livres que Mila propose de lui apporter, pas plus qu’elle n’a ouvert un paquet de lettres précieusement conservées dans un tiroir…

Un bel album, essentiellement crayonné de noir, qui met subtilement en évidence l’illettrisme et la mémoire défaillante sur fond de relations intergénérationnelles…

De joie coulent mes larmes, Lena Walker

Présentation. Il y a un an, Romy Bavarois a abandonné Nice et son poste de juriste pour revenir s’installer auprès de sa grand-mère à Saint-Tropez. La presque trentenaire qui s’est toujours rêvé une carrière à la télévision se laisse pourtant vivre entre son fiancé, son emploi de vendeuse de soufflés tropéziens et sa volubile grand-mère.

Jusqu’au jour où elle rencontre Jean-Luc, le médium des stars, qui ne lui annonce rien de moins que l’explosion de son quotidien si bien réglé. Prête à tout abandonner pour se lancer à la conquête de son destin, Romy est-elle réellement en chemin vers le bonheur ?

Couverture De joie coulent mes larmes

Mon avis. Mitigé, je peux le dire…

Ce livre se lit extrêmement vite, je dois le reconnaître. Je sais aussi que, souvent, il y a peu de surprises dans ce genre de récit : c’est le cas ici où l’on devine d’emblée où le vent emportera Romy, sentimentalement parlant. Ce n’est pas grave en soi : à partir du moment où l’on se lance dans la lecture de ce que l’on appelle un roman feel good, on en accepte les codes.

Où le bât m’a-t-il donc blessée ? Hé bien les choses s’enchaînent trop naturellement. Bien sûr, la vie de Romy n’est pas un long fleuve tranquille – la trahison de son futur mari et de sa « meilleure amie » annoncent très vite la couleur – ; cependant, les « difficultés » rencontrées s’aplanissent un peu trop rapidement et les solutions lui tombent tout cuit dans la bouche…

À noter que deux personnages m’ont particulièrement plu : Mamilou, la grand-mère de Romy qui l’a élevée, vieille dame pour le moins originale ; et Paul, l’ami de toujours.

Ce titre entre dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (romance, érotisme pour février).

Une fille au manteau bleu, Monica Hesse

Présentation. Amsterdam, 1943. Hanneke a dix-sept ans. Elle sillonne les rues à vélo afin de dénicher au marché noir les marchandises qu’on lui commande. Un jour, l’une de ses clientes lui fait une requête particulière : retrouver une jeune fille juive disparue, avant les nazis. Elle s’appelle Mirjam et porte un manteau bleu… 

Couverture Une fille au manteau bleu

Mon avis. Encore un récit à (faire) lire…

De cette auteure, j’ai beaucoup apprécié Un nom sur la liste, c’est pourquoi j’ai eu envie de découvrir ce livre-ci, paru voici quelques années. Je pressentais que je risquais de l’aimer aussi : je ne me suis pas trompée.

Hanneke est une jeune fille qui est passée maîtresse dans l’art de faire du marché noir au nez et à la barbe des Allemands – la peur au ventre lorsqu’elle se fait « héler » – dans une Amsterdam désormais occupée. C’est ainsi qu’elle parcourt la ville à vélo, se procurant ce que ses « clients » lui « commandent ».

Un jour, Madame Janssen lui demande de retrouver Mirjam, une jeune fille juive qu’elle a hébergée quelque temps et qui a disparu, sans mot dire. Le temps presse car il est évident que si les Allemands mettent la main sur Mirjam, c’est la mort assurée pour elle, à plus ou moins brève échéance.

Hanneke refuse dans un premier temps d’accéder à la requête de la vieille dame » : « Je ne devrais pas lui donner de faux espoirs en lui posant ce genre de questions, alors que je n’ai aucune intention de l’aider. » [p. 33]. Pourtant, elle finira par se lancer à la recherche de la jeune fille, ne sachant pas à quoi s’attendre, mais titillée par une certaine curiosité :

« Il doit y avoir une explication rationnelle. Les gens ne disparaissent pas dans la nature par enchantement.

Mais ce n’est pas vrai en réalité. Les gens disparaissent bel et bien dans ce pays occupé. Des centaines de personnes, arrachées à leur foyer. » [p 37]

J’ai beaucoup apprécié ce récit, très documenté, qui met en scène une « héroïne malgré elle », nuancée, qui n’en fait parfois qu’à sa tête alors que certains des « nouveaux amis » rencontrés au fil de sa quête risquent clairement leur vie. Elle y compris. La psychologie des personnages, sur fond historique, est particulièrement intéressante.

Un récit à proposer aux élèves du secondaire supérieur.

Traduction (anglais) : Anne Krief.

Titre VO (2016) : The Girl in the Blue Coat. [NB : l’emploi du déterminant article indéfini dans le titre français est difficilement compréhensible ; en effet, il n’est pas question d’une fille au manteau bleu, mais de la fille au manteau bleu].

Ce titre entre – avec retard – dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (récit historique pour janvier).

À pas de loup, Isabelle Villain

Présentation. Lorsque Rosalie, Philippe et leur petit Martin, âgé de six mois, décident de s’installer à La Barberie, un éco-hameau niché en plein cœur des Alpes-de-Haute-Provence, c’est bien pour fuir un quotidien trop pesant, pour tenter une expérience audacieuse. Vivre autrement. En communion avec la terre et en harmonie avec les saisons.

Mais l’équilibre de cette nouvelle va un jour se fissurer. Un grain de sable va s’infiltrer, déstabiliser et enrayer cette belle mécanique...

Couverture À pas de loup

Mon avis. Une lecture aisée… mais l’histoire « s’éparpille » quelque peu selon moi…

Dans un premier temps, on apprend à découvrir les principes qui régissent le hameau de La Barberie : quelques familles ont décidé de « tout plaquer » pour « vivre autrement », en respect avec la nature et ce qu’elle peut leur offrir. Les décisions sont prises collégialement et comme l’aurait souligné Candide, « tout va bien dans le meilleur des mondes ».

« Un véritable havre de paix. Un petit coin de paradis. Quelques vieilles maisons en pierres sèches. Une grange. Une fontaine. Un lavoir et un séchoir à foin.

Le vert tendre des prairies alterne avec celui plus sombre des pins et des argousiers. Au printemps, les genêts apportent une touche de couleur jaune soleil. Un parfum de miel. Envoûtant. » [p. 4]

Dès le départ survient un fait inquiétant : la disparition de Martin, le petit garçon de Rosalie, aujourd’hui séparée de son mari. Ensuite sont évoquées les raisons qui ont poussé chacune des familles à renier un mode de vie qui ne lui convenait plus pour atterrir à la Barberie.

Le récit se lit aisément et aborde de nombreux sujets ; cependant, l’histoire « s’éparpille », selon moi, dans différentes directions : l’écologie, le refus d’une vie « conventionnelle » et consumériste, les problèmes posés par les loups, les difficultés de la vie en communauté… et les éléments relatifs à l’aspect « thriller » arrivent tardivement et « en bloc ».

À noter que la fin est excellente !

Merci aux éditions Taurtnada pour ce partenariat.

Amoureux, Hélène Delforge et Quentin Gréban

Présentation. Amoureux. Un état, une chance, une surprise, un sentiment, une sensation, une émotion. L’amour se vit, l’amour se dit, l’amour se raconte, l’amour se partage, l’amour commence, l’amour se ternit, l’amour finit… parfois. Mais pas toujours. Il y a autant d’amours que d’amoureuses et d’amoureux.

Couverture Amoureux

Mon avis. Une pépite à (s’)offrir, sans même attendre « l’éventuelle » Saint-Valentin…

L’achat d’un album, pour moi, c’est « tomber en amour » (approprié, n’est-ce pas ?) d’un dessin, en l’occurrence la couverture. Et s’il s’avère que le texte est à l’aune du dessin, c’est un régal. C’est le cas ici. Un mariage (!) parfait entre les mots et les traits en un superbe album.

L’amour apparaît ici « dans tous ses états » : rencontre, passion, tendresse, éclats, fissures, blessures… Autant de sentiments déclinés à travers la poésie des mots/maux et les illustrations colorées, au charme délicieusement suranné.

« Ceci n’est pas une robe.

Ceci est un paquet cadeau.

Tire la ficelle pour découvrir ta surprise.« 

« Si on disait…

que je t’avais déjà

écrit les poèmes,

apporté les chocolats,

invitée au concert,

attendue,

espérée.

Si on disait…

que je t’avais fait la cour de A à Z.

Si on se disait qu’on était passés

par ces figures imposées.

On pourrait prendre un raccourci,

de ma bouche à ton cou,

de ton cou au premier bisou.

Tomber amoureux.« 

Un coup de/au cœur de toute beauté.