Migration forcée…

La plateforme skynetblogs tire sa révérence, si bien que j’ai été contrainte d’entamer le déménagement.

Cela prendra du temps : nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

En attendant la pendaison de crémaillère, vous pouvez effectuer une recherche par auteur et/ou titre via le cadre dédié, en haut à droite.

Soyez indulgents 🙂

Petit clin d’œil orthographique…

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… à l’usage de celles et ceux qui se seraient malencontreusement (ou pas) égarés sur ma toile, voici quelques erreurs extrêmement courantes sur lesquelles j’insiste chaque fois que nous y sommes confrontés en classe.

« Parmi » ne prend pas de « s » (« Vous êtes sûre madame ? », « Oui, oui, j’en suis sûre et même certaine »).

« Inversement » existe et non « inversément » (si vous y faites attention, vous verrez que nombreux sont ceux qui commettent l’erreur).

« Langage » ne prend pas de « u », du moins pas au cours de français.

« Espèce » reste toujours féminin, quel que soit le mot qui suit ; « un espèce de » n’existe pas.  Exemple : que pensez-vous de cette espèce de blog ?

« Débuter » est intransitif : « Le cours débute à 8h15 » et non « Le professeur débute le cours à 8h15′ ».

« Se rappeler quelque chose » et non « de quelque chose » mais « se souvenir de ».

« Pallier quelque chose » et non « à quelque chose »

[…]

 

Les enquêtes de La Reynie, le policier du Roi-Soleil : La Marquise des poisons

Présentation de l’éditeur. 1679. Louis XIV réside au château de Saint-Germain, célèbre pour ses jardins en terrasse et ses fabuleux jeux d’eau. Sa toute-puissante favorite, la flamboyante marquise de Montespan, attire tous les regards et se sent maîtresse du Royaume.
Si, à Saint-Germain, on danse et on s’amuse, à Paris, on invoque le diable, on profane des églises, on dit des messes noires. C’est ce que découvre, sidéré, le lieutenant général de police, Gabriel Nicolas de La Reynie. Quel complot se trame derrière ces actes effrayants ?
Retranché dans son bureau du Grand Châtelet, La Reynie a d’autant plus à faire que, dans l’ombre, un ennemi implacable travaille à sa perte et qu’un mystérieux assassin trucide ce que Paris compte de solides gaillards.

Pour cette première enquête, le policier du Roi-Soleil saura-t- il éviter les pièges qu’on lui tend ?

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Mon avis. Une plongée très intéressante dans les intrigues de la cour de France du XVIIe siècle…

Le fil conducteur du roman n’est autre que La Reynie, celui que Louis XIV a nommé lieutenant général de police et l’on peut dire sans exagérer qu’il doit faire front de toutes parts : il a, semble-t-il, perdu définitivement son fils, exilé volontairement en Italie ; il entend parler « incidemment » de personnalités haut placées qui s’adonne(raie)nt à des messes noires et manie(raie)nt habilement les poisons ; il a fort à faire pour tenter de mettre la main sur une meurtrière qui s’est fait une spécialité d’ôter les « bijoux de famille » de soldats entreprenants.

La Reynie est une personnalité particulière qui accorde énormément d’importance au travail qui lui a été assigné et s’offre peu de repos. S’il se retrouve rarement « sur le terrain », il « cogite ferme » et passe de longues heures, seul dans son bureau, à démêler l’écheveau des enquêtes dont il a la charge, contraint parfois de ménager la chèvre et le chou. Car son royal employeur n’a pas forcément toujours la même manière d’envisager les choses… ni les gens.

Inutile de vous lancer dans cette lecture si vous recherchez de l’action ; en revanche, si vous souhaitez découvrir la France du XVIIe siècle, et plus précisément la cour du Roi-Soleil avec ses combines, ses mesquineries, ses perversités, n’hésitez pas !

  « Au moment de quitter la pièce, Louis XIV considéra Adélaïde de Chabrière. Ce fut une œillade brève, mais insistante, celle d’un fauve aux aguets, et Montespan ne s’y trompa pas : séductrice dans l’âme, elle s’y connaissait dans ce genre de regard, pour en avoir attiré beaucoup de la sorte.  La maîtresse du roi était trop intelligente, trop vive pour ne pas savoir désormais ce qui lui restait à faire. » [p. 23]

Merci aux éditions Plon pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge « Lire sous la contrainte » (son « è »).

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Ma chère sœur, Alf Kjetil Walgermo

Présentation. Eli Anne a 16 ans et vient de perdre sa sœur, Amalie, d’un an sa cadette. Folle de chagrin, elle se rend régulièrement sur sa page Facebook, qu’elle refuse de supprimer. Un jour, elle se met à lui écrire. En parcourant les statuts et les photos postées par Amalie, Eli Anne revient sur sa relation avec sa sœur. Leur enfance, leur complicité, leurs désaccords, leurs rêves d’adolescentes. Et surtout, leur passion commune pour la musique : Eli Anne joue du piano, Amalie, fan de Patti Smith, chantait dans un groupe.

Au fil des messages, Eli Anne ouvre son cœur et avoue à sa sœur ce qu’elle n’a jamais osé lui dire…

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Mon avis. Le propos s’avérait prometteur, mais il a très vite pris des allures de pétard mouillé…

Eli Anne écrit à sa sœur disparue de (très) courtes lettres dans lesquelles elle évoque la douleur qui l’étreint depuis le drame ; elle n’arrive pas à trouver suffisamment d’énergie pour surmonter cette épreuve, si bien que rédiger ces missives lui paraît un « bon moyen » pour garder le contact avec la défunte…

Le problème est que l’auteur reste tellement « en surface » que le lecteur n’arrive nullement à éprouver de l’empathie pour la jeune fille. En outre, la révélation de « ce qu’elle n’a jamais osé lui dire » ne revêt finalement que peu d’intérêt…

Un billet très bref pour une lecture qui l’est tout autant.

Traduction : Marina Heide.

Titre VO : Kjære Søster (2015).

Ce titre entre dans le challenge « Lire sous la contrainte » (son « è »).

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Gallica, Livre premier : Le louvetier, Henri Lœvenbruck

Présentation de l’éditeur. Après La Moïra

Traqué par d’impitoyables guerriers qui ont brûlé son village et tué tous les siens. Bohem est contraint de fuir. Il ignore pourquoi les milices du Christ sont après lui, mais son lien avec les Brumes, ces créatures merveilleuses, n’y est peut-être pas étranger. Ainsi commence pour le jeune homme un périple à la rencontre de lui-même sur les routes de Gallica, une France de légendes qui ne fut jamais.

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Mon avis. Un très bon moment de lecture, comparable à La Moïra que j’avais déjà beaucoup apprécié…

Le superbe loup de la couverture imprègne ce récit puisque nous y suivons Bohem (tiens, un prénom « lœvenbruckien »), un adolescent qui aurait dû, logiquement, prendre la relève de son père louvetier. Mais point de logique dans la Fantasy : Bohem ressent, au plus profond de lui, une attirance pour les Brumes, créatures imaginaires vouées à disparaître dans cette Gallica du XIIè siècle, car considérées comme « l’esprit du mal ». En témoigne l’épisode relaté dans le prologue au cours duquel, en la nuit de la Saint-Jean de l’an 1150, il sauve du bûcher le loup capturé par son père, sous les yeux épouvantés des villageois de Villiers-Passant…

On retrouve Bohem quatre ans plus tard : le jeune homme de 17 ans a échappé de peu à l’excommunication suite à son geste insensé, dont il porte encore quelques cicatrices ; cependant, la défiance est depuis lors de mise à son encontre. Suite à une énième altercation avec son père, il quitte le village pour se réfugier dans la garrigue environnante où il aperçoit une Brume qui semble l’attendre. Lorsqu’il regagne ses pénates, c’est pour se rendre compte que tous, y compris son père et sa sœur, ont été massacrés. Apparemment à cause de lui.

Le récit relate alors la fuite éperdue de Bohem qui tente d’échapper aux sanguinaires cavaliers noirs lancés à sa poursuite, semant la mort sur leur passage. D’autres poursuivants agissent de même ; c’est ainsi que le jeune homme ne sait à qui faire confiance. Pire : il ne sait pas pourquoi  il est devenu la proie de tous, même s’il pressent que son attirance pour les Brumes n’y est pas étrangère.

Parallèlement, on découvre les agissements des souverains qui se partagent cette « France médiévale » : Livain, roi de Gallica, et Emmer, roi de Brittia. Ce dernier vient d’épouser Hélène de Quienne, la brillante épouse qu’a répudiée Livain. Autant dire que les relations entre les deux puissants ne sont pas au beau fixe…

Bohem se retrouve au « beau milieu du jeu de quilles », tâchant d’apprendre qui il est (ce qu’il est) intrinsèquement mais ce faisant, il met en danger ceux qu’il côtoie.

  « – Je crois qu’on nous ment au sujet de ces créatures. Et je crois que, si personne ne les défend, il n’y en aura bientôt plus une seule dans tout le pays. J’ai croisé une Brume il y a quelques jours. Un loup, magnifique, et il ne m’a pas attaqué. Au contraire, je crois même que je peux dire qu’il m’a aidé, en quelque sorte. Et toutes ces créatures vont disparaître. Les loups, les chimères, les bayards, les griffons… Il n’y en aura bientôt plus. J’ai vu un griffon un jour, que mon père avait chassé. C’est un si bel animal ! En avez-vous déjà vu ?

   – En dessins, seulement, répondit l’un des Compagnons.

   – Comment une créature si belle pourrait-elle être un démon ? Et si c’était vraiment un démon, comment mon père aurait-il pu si facilement l’abattre ?  » [p. 67]

J’ai beaucoup aimé l’histoire, contée par une belle plume, et le contexte médiéval dans lequel elle se déroule. Certains personnages sont (extrêmement) attachants : Bohem lui-même qui lutte contre des ennemis qu’il ne connaît pas ; les Compagnons du Devoir qui lui viendront plus d’une fois en aide ; la duchesse de Quienne, devenue reine de Brittia, féministe avant l’heure ; d’autres tel Pieter le (mal nommé) Vénérable, en revanche, n’inspirent nulle confiance…

Une aventure qui se poursuivra avec le tome 2 : La voix des Brumes.

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 4.

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Un clafoutis aux tomates cerises, Véronique de Bure

Présentation de l’éditeur. Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décide d’écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l’hiver, d’événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l’Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches. La liberté de vie et de ton est l’un des privilèges du très grand âge, aussi Jeanne fait-elle ce qu’elle veut et ce qu’elle peut : regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, s’amuser des mésaventures de Fernand et Marcelle, le couple haut en couleurs de la ferme d’à côté, accueillir pas trop souvent ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine…

Un clafoutis aux tomates cerises, le plus joli roman sur le grand âge qui soit, traite sans fard du temps qui passe et dresse le portrait d’une femme qui nous donne envie de vieillir.

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Mon avis. Au risque de me faire huer : ce fut pour moi un flop, alors que les avis relatifs à ce titre sont très élogieux.

Ce billet sera bref puisque, une fois n’est presque jamais coutume, j’ai (lâchement) jeté l’éponge en arrêtant définitivement la lecture de ce roman.

Tout avait pourtant bien commencé puisque je suivais avec un relatif plaisir les (més)aventures de Jeanne : les papotes avec ses amies, l’évocation de son défunt mari, les visites de ses enfants et petits-enfants, les réflexions sur son (grand) âge, les bons moments passés dans son jardin… Je me suis cependant vite lassée de ces multiples considérations et ai commencé à soupirer au fil des pages.

Entendons-nous bien, le récit est bien écrit, plaisant à lire dans un premier temps mais tellement répétitif que même si Jeanne est parfois touchante, j’ai préféré passer mon chemin. Je suis persuadée que mon avis aurait été tout autre si le récit avait été réduit de moitié : je l’aurais probablement savouré comme il se devait. Il fera d’ailleurs les beaux jours de mes collègues puisqu’il rejoindra la bibliothèque de la salle des profs…

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat, bien que je sois « passée à côté »…

Le fruit de ma colère, Mehdy Brunet

Présentation de l’éditeur. Le jour où Ackerman vient demander de l’aide à Josey Kowalsky, le compte à rebours a déjà commencé.
Il faut faire vite, agir rapidement.
Josey n’hésite pas un seul instant à venir au secours de cet homme qui, par le passé, a su le comprendre.
Ensemble, ils vont découvrir que la colère et la vengeance peuvent prendre bien des visages.
Et s’il était déjà trop tard ?

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Mon avis. Une quête menée tambour battant…

Le récit commence par l’évocation du calvaire vécu par un homme, enfermé dans une cage, qui attend « l’épreuve ultime » infligée par ses tortionnaires…

On retrouve dans ce roman deux des protagonistes de Sans raison, à savoir Paul Ackerman et Josey Kowalsky ; les rôles sont ici inversés puisque c’est le (désormais ex-) flic qui vient demander de l’aide à Kowalsky. Ce dernier s’est réfugié en Espagne et tente de survivre auprès – et si loin – de son fils, dévasté lui aussi par les événements passés.

Ackerman est sans nouvelles de son frère jumeau et puisque ses anciens collègues ne prennent pas cette disparition au sérieux, il se tourne vers Kowalsky, supposant que celui-ci risque de pouvoir lui donner un sérieux coup de main. Et tant pis s’il « franchit la ligne », sans espoir de retour…

Le récit alterne les parties relatant les recherches entreprises par les deux hommes qui mettent très vite le pied dans une fourmilière, et celles racontant le calvaire vécu par le prisonnier.  Une course contre la montre ; une course contre la mort…

Peu à peu s’esquissent les contours d’une vaste entreprise, menée de main de maître(sse) par une pieuvre aux multiples ramifications…

Un roman qui se lit d’une traite… ou presque.

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

Ce titre entre dans les challenges de La Licorne 4 et Lire sous la contrainte (son « è »).

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La Maison Rozenbaum, Évelyne Lagardet

Présentation de l’éditeur. Sarah et Albert sont unis par un amour et un bonheur de vivre hors du commun. Lorsque les méfaits de l’âge s’abattent sur Sarah, ses fils décident, malgré elle, de la « placer » à la Maison Rozenbaum, institut à l’apparente réputation honorable où les déportés ont leur place.

Albert n’accepte pas cette séparation. Pour garder le contrôle de leurs vies, Sarah et Albert vont livrer une véritable bataille, solidaire et emplie d’espoirs. Un grand souffle de vie s’empare de l’établissement.

Entre résilience et révolte, une histoire d’amour et d’amitié éblouissante.

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Mon avis. Superbe couverture pour un très beau texte…

À travers l’histoire de Sarah et Albert, c’est non seulement celle d’un incommensurable amour entre deux rescapés des camps de la mort qui est relatée, mais aussi les drames qui se jouent dans certaines maisons de retraite et les égarements liés à la maladie d’Alzheimer…

Sarah présente les premiers signes de la maladie d’Alzheimer ; c’est pourquoi ses fils décident de lui faire intégrer une maison de retraite très réputée : la maison Rozenbaum. Voilà pour la raison officielle. Officieusement, ce sera aussi pour eux l’occasion de se débarrasser de leur « beau-père », cet Albert qui leur a « volé » leur maman. Ce dernier n’a en effet jamais officialisé sa relation avec Sarah, il ne peut donc même pas prétendre rester dans leur appartement, si tant est qu’il l’eût désiré.

« Que pouvait-elle faire ? Animal piégé pour la seconde fois de son existence. » [p. 25]

« Un jour peut-être, lorsque le mal aurait entièrement accompli son œuvre, sa mémoire lavée des chagrins et des joies laisserait place à l’éternité de l’instant. » [p. 162]

Ce récit allie harmonieusement Histoire, émotion et humour. Histoire car si la mémoire immédiate de Sarah flanche, des flashs du passé resurgissent de temps à autre sans crier gare et ce passé, ce sont aussi des pages sombres de l’Histoire. Émotion car la douleur de la séparation envisagée est palpable ; à cette souffrance s’ajoutent les mauvais traitements infligés aux personnes âgées par certains membres du personnel, tant il est évident que la rentabilité est devenue le maître-mot dans le chef de quelques-uns. Humour enfin car le petit groupe de résidents rassemblés autour de Sarah et Albert est bien décidé à résister, comme ils ont réussi à le faire par le passé ; les comploteurs facétieux s’organisent…

« La tête remplie de projets d’avenir, de complots, d’espérances, les Cabaleurs de la rose s’embrassèrent sur le pas de la porte. » [p. 187]

Un roman touchant que je vous recommande très chaleureusement…

Un grand merci aux éditions Plon pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge « Lire sous la contrainte » (son « è »).

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Gens de Cogne, Xavier Deutsch

Présentation de l’éditeur. C’est l’histoire d’un village de montagne dans les Alpes italiennes, en 1958.

Une existence paisible à l’écart des bruits du monde. Jusqu’à ce que surgissent des tourments, des tempêtes hivernales.

De grands vents tournent et hurlent dans la nature, dans le cœur des femmes et des hommes.

Un petit garçon se fait agresser, un carabinier est égorgé, une brèche est percée dans la muraille.

Et des militaires britanniques patrouillent en montagne.

« Ce fut un basculement, soudain, de Cogne dans les ténèbres et dans le tourment. »

Le lieutenant Challant fait face. Mais face à quoi ?

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Mon avis Une plume poétique au service d’une histoire âpre…

D’emblée le lecteur plonge dans ce village de montagne où les conditions de vie sont parfois difficiles ; la nature y dicte souvent sa loi, elle propose et les hommes disposent.

Dès la première phrase, le ton est donné : « Il faisait grand jour et l’hiver reprenait sa respiration. Le ciel était vaste, lumineux, glacial comme il ne l’avait pas été depuis douze ans. La montagne laissait couler un filet d’air métallique depuis les crêtes. Du village, en levant les yeux, on lisait le contour des arbres noirs et, plus haut, la ligne des arêtes de granit, effilées comme des lames de serpe, avec une netteté rare, et tout le monde savait qu’on n’en avait pas terminé. Que l’accalmie préparait de nouveaux assauts. » [p. 7]

Focus sur Gauvain Challant, carabinier installé à Cogne avec sa femme Gloria, village où tous n’ont d’autre choix que de vivre en symbiose avec la nature ; or cette « grande dame » paraît présentement annoncer des jours particulièrement sombres, dans tous les sens du terme. Quiconque est attentif se rend compte que l’atmosphère a changé : des signes, aussi infimes soient-ils, sont bel et bien présents, avant-coureurs de « l’indéfinissable ». Comment dès lors (tenter d’)y faire face ?

Challant se rend chez Jules Chabloz : le petit garçon a été agressé ; qui donc a bien pu s’en prendre à l’enfant sans raison apparente ? Un trou a été percé dans le mur qui cerne, en partie, le village ; quel intérêt ? Peu de temps après, un des hommes de Challant est retrouvé égorgé ; qu’a-t-il pu se produire ? Les questions sont nombreuses, les réponses inexistantes ; la nature elle-même semble être au diapason de ces drames.

  « Il était alors seize heures trois et Challant nota qu’il redescendait la même ruelle que la veille vers le centre de Cogne, sous le même ciel d’une transparence redoutable, et subissait la morsure du gel avec la même intensité.

   Mais, en un jour, quelle brutalité avait eu le temps de s’abattre !

   Il leva les yeux vers le col du Piémont, et il eut son cœur serré par des mâchoires : un ourlet de vent noir, venu de l’arrière, submergeait la crête, pour déferler. » [p. 96 – 97]

Pas d’action effrénée dans ce roman mais un faisceau d’événements qui, tous, convergent vers Cogne, « personnage » à part entière du récit, en une sarabande qui mêle passé et présent ; une histoire dont l’inéluctabilité m’a fait songer, à certains moments, à Cent ans de solitude ou encore Chronique d’une mort annoncée, de Gabriel García Márquez.

  « Le soleil, blanc comme la lune, se levait dans l’axe du col du Piémont. Il ne fallait rien espérer de lui. » [p. 131]

 Un très beau texte…

Du feu de l’enfer, Sire Cédric

Présentation de l’éditeur. Manon maquille les cadavres, Ariel maquille les voitures. Elle est thanatopractrice, il est délinquant. Ils sont frère et sœur. Un jour, l’une des combines d’Ariel tourne mal et Manon se retrouve complice malgré elle. Lorsque les assassinats les plus sordides s’accumulent autour d’eux, traçant un jeu de piste sanglant vers une secte satanique, le capitaine Raynal s’intéresse à leur cas. Commence alors une traque qui brouillera les limites entre alliés et prédateurs et mettra à l’épreuve les liens du sang.

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Mon avis. Une fois encore, un excellent « tourne-pages »…

La Mort – avec une majuscule – est de nouveau présente dans ce roman puisqu’au centre de l’intrigue, le lecteur découvre Manon, jeune thanatopractrice qui aime beaucoup son métier, si particulier soit-il. Collé à ses basques, son frère Ariel, le boulet par excellence, immature, profiteur, égocentrique, tête à claques, manipulateur. Mais c’est son frère. Quand même. Malgré « tout ».

Au cours d’un de ses « petits trafics de merde(ux) », Ariel s’est cette fois frotté à des personnes particulièrement dangereuses et le lecteur comprend très vite, avant même Ariel – et dans une moindre mesure Manon -, que quand la machine est lancée, rien ni personne ne pourra l’arrêter. Tout au plus pourra-t-on espérer l’enrayer. Espérer…

Difficile de poser le livre une fois celui-ci commencé ; impossible de ne pas subir aux côtés de Marion les affres de la peur, de l’angoisse, voire à certains moments de la terreur. En revanche, je dois avouer que le sort d’Ariel, davantage parasite que frère, m’importait finalement très peu. Au milieu du jeu de quilles, le (séduisant) capitaine Raynal qui, malgré les pressions de sa hiérarchie, ne peut s’empêcher de venir en aide à la jeune femme, au grand plaisir de cette dernière.

Quant aux « méchants », hé bien, ils le sont vraiment et ne s’encombrent d’aucun état d’âme ; pire, exécuter leurs victimes ne prend pour eux tout son sens/sang que s’ils peuvent :les faire souffrir, avec beaucoup de « raffinement ».

  « Sa bouche tordue et l’expression déchirante de ses traits trahissaient l’intensité de la douleur qu’on lui avait infligée. Il suffisait de voir ses bras, retenus de part et d’autre, pour comprendre pourquoi. Ses poignets étaient perforés, les os transpercés par d’énormes vis aux têtes boulonnées. » [p. 71]

 

J’ai lu ce récit presque en apnée, redoutant à chaque page tournée de découvrir à quelle sauce l’auteur avait décidé de manger Manon. Entre ce que l’on redoute de lire, ce que l’on espère lire et la signification des mots au fur et à mesure de la lecture, il y a souvent une marge.

 

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 4.

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