Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

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Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

487036 visites.

Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

La Chasse, Bernard Minier

Présentation.

« Il y a des ténèbres qu’aucun soleil ne peut dissiper »

Sous le halo de la pleine lune, un cerf surgit de la forêt. L’animal a des yeux humains. Ce n’est pas une bête sauvage qui a été chassée dans les forêts de l’Ariège…

Dans ce thriller implacable au final renversant, Bernard Minier s’empare des dérives de notre époque. Manipulations, violences, règlements de comptes, un roman d’une actualité brûlante sur les sentiers de la peur.

Une enquête où Martin Servaz joue son honneur autant que sa peau.

Couverture La Chasse

Mon avis. Un excellent moment en compagnie de Servaz et son équipe…

J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Martin Servaz et son équipe que, pour l’anecdote, j’avais quittés un peu « agacée » : si j’avais bien évidemment apprécié le dernier opus de leurs enquêtes, La Vallée, je n’avais pas apprécié « ce qui concernait Marianne », tant cela me paraissait cadrer difficilement avec ce que j’avais pu percevoir par le passé de sa relation avec le célèbre commandant – ce n’est que mon avis -. Du coup, j’ai laissé s’écouler un peu trop de temps avant d’avoir envie de rédiger un billet relatif au roman et c’est finalement devenu trop tard pour envisager d’écrire « quelque chose » à ce propos. J’ai alors laissé tomber, mais j’ai bien lu les six volumes précédents : Glacé, Le Cercle, N’éteins pas la lumière, Nuit, Sœurs et La Vallée donc.

Plongée dans les tréfonds de l’âme humaine la plus noire avec l’assassinat d’un jeune homme qui, affublé d’une tête de cerf, a fait l’objet d’une chasse « à l’homme », au sens propre du terme. S’il ne s’était pas fait renverser en pleine nuit par un infirmier rentrant chez lui après sa garde, personne ne se serait rendu compte de la disparition de la victime, du moins pas tout de suite…

« Servaz frémit. C’était le Mal dans son expression la plus pure qui était à l’œuvre ici. Il en reconnaissait chaque signe.

Il était 5 heures passées de quarante-trois minutes, ce matin du lundi 26 octobre. » [p. 37]

C’est une enquête ardue qui s’annonce en raison de l’absence quasi totale d’indices exploitables ; il faut dès lors attendre (espérer ?) la disparition d’une nouvelle (future) victime pour progresser et tenter, tant que faire se peut, de réussir à la sauver avant qu’il ne soit trop tard…

« Il se rendit compte que ses pires craintes étaient en train de prendre corps. Celles que Samira et lui avaient formulées, celles que le divisionnaire avait balayées d’un geste : Moussa Sarr n’était peut-être pas le premier… Combien d’autres ? Il inspira. Il ne pouvait plus ignorer l’appréhension au creux de son ventre, ce malaise qui grandissait. » [p. 125]

De surcroît s’ajoutent bientôt un manque de soutien de la hiérarchie, des tensions au sein du couple Martin/Léa, tandis que gronde, en cette (première) « année Covid », la révolte du peuple à l’encontre de l’autorité en général et de ses dépositaires en particulier, à savoir la police. Et quand, en plus, il apparaît que des policiers puissent être impliqués, la partie se corse davantage encore. Non, décidément, cette enquête ne sera pas facile, tant physiquement – c’est habituel – que psychologiquement parlant…

« Ce fut une nuit de fureur outragée et de tumulte. Une nuit sauvage et revendicative. Derrière chaque insulte, chaque cri, chaque projectile, il y avait – dit ou non dit, mais en tout cas pensé – le mot justice. […]

Et, tandis que cela rugit, vomit, éructe, flamboie et brûle dans cette nuit de révolte, il est aussi dans toutes les têtes du Mirail : celles des flics comme celles de leurs assaillants… » [p. 232]

En attente, désormais, du septième volet…

Sauveur & Fils, saison 5, Marie-Aude Murail

Présentation.

Savez-vous que votre hamster est un animal de soutien émotionnel, que votre chien peut faire une dépression, que le ronron de votre chat vous sauvera peut-être la vie et qu’un divorce risque de rendre muet votre perroquet du Gabon ?

Voilà ce que Sauveur découvre dans cette nouvelle saison, ce qui ne l’empêche pas de recevoir aussi dans son cabinet de psychologue clinicien Louane, qui a peur qu’une main sorte du trou des cabinets pour l’y entraîner, Frédérique, qui découvre que son père est Donald Trump, et Samuel, qui suit un stage pour apprendre à draguer.

Bonnes consultations à tout le monde !

Couverture Sauveur & fils, tome 5

Mon avis. Je demeure sous le charme de cette série…

C’est après avoir lu la saison 6 que je me suis rendu compte que je n’avais pas lu la 5, c’est désormais chose faite ; j’ai préféré celle-ci.

J’ai particulièrement apprécié l’évolution du couple Sauveur/Louise, ainsi que celle de Lazare, en réflexion sur le monde qui l’entoure et sa manière d’y trouver sa place. Alice, pétrie des contradictions inhérentes à l’adolescence, est également touchante. Quant à Jovo, il est toujours aussi « pittoresque »…

« De temps en temps, l’idée effleurait Sauveur qu’il hébergeait un psychopathe. Puis non. Jovo, c’était Jovo. Une espèce de vieil enfant qui avait fait de grosses bêtises. » [p. 35]

 » Sa journée était terminée. Ou elle recommençait. Car Louise, Jovo, Gabin, Lazare, Paul et Alice l’attendaient. » [p. 112]

« Ce lundi soir, la tablée familiale du 12, rue des Murlins se trouva n’être qu’une silencieuse juxtaposition d’individus, chacun perdu dans ses pensées. Lazare souffrait d’avoir été délaissé par Paul à la cantine du collège et Paul avait des remords, Gabin remâchait ce que Sauveur venait de lui balancer et Sauveur regrettait ce qu’il lui avait dit, Alice se demandait si elle pouvait encore aimer un homme qui l’avait notée 6/20, Jovo était impénétrable, même pour lui, et Louise avait le cœur serré par l’angoisse. » [p. 165 – 166]

Côté patients, l’histoire de Louane est particulièrement bouleversante et la petite Maïlys est craquante…

En attente de la saison 7…

Ranee, Tara, Sonia, Chantal, Anna, Mitali Perkins

Présentation. Des années 1960 aux années 2000, cinq femmes cherchent leur propre voie, entre leur culture indienne et le rêve américain auquel elles aspirent.

Ranee migre avec sa famille du Bengale à New York pour une vie meilleure.
Tara, sa première fille, est admirée par tous, mais se sent obligée de jouer un rôle pour continuer à être aimée.
Sonia, sa cadette, rebelle et engagée, provoque un véritable séisme au sein de la famille lorsqu’elle tombe amoureuse.
Chantal, la fille de Sonia, talentueuse danseuse et athlète, est prise dans une lutte entre ses deux grands-mères et ses origines.
Anna, enfin, reproche à sa mère, Tara, de l’avoir forcée à quitter l’Inde pour les États-Unis et doit trouver sa place à New York.

Le fragile équilibre que les femmes de la famille Das peinent à trouver est chaque jour menacé par des blessures qui mettront des générations à cicatriser.

Couverture Ranee Tara Sonia Chantal Anna

Mon avis. J’ai passé un bon moment en compagnie de ces figures féminines...

Le roman relate le point de vue de cinq personnages féminins issus de la famille Das : Ranee, la grand-mère qui a connu un mariage forcé dans lequel elle n’est « finalement » pas si malheureuse, même s’il ne lui apporte pas ce qu’elle aurait pu souhaiter dans la vie. Son objectif : trouver le meilleur parti possible pour ses deux filles… qui ne l’entendent pas forcément de cette oreille.

Tara et Sonia, les filles de Ranee, l’une qui recueille tous les suffrages tant elle a l’art de se couler dans « le moule », extérieurement parlant du moins ; l’autre qui affirme haut et fort, par son comportement, un anticonformisme allié à un féminisme peu goûté par les siens.

Chantal et Anna, les petites-filles, aux sentiments diamétralement opposés quant à la manière de vivre avec leurs « racines » indiennes…

Le récit débute en 1965 pour se terminer en 2006 et se divise en trois parties majeures aux titres évocateurs : Étrangers, Voyageurs et Intégrés. Les deux premières évoquent les points de vue de Tara et Sonia qui mettent l’accent sur les difficultés d’être soi quand la tradition se veut la norme, principalement à travers la figure maternelle. La dernière partie se centre sur les deux petites-filles et leurs conceptions de la vie radicalement différentes.

Des cinq figures féminines dépeintes, c’est celle de Sonia que j’ai préférée car si chacune, à sa façon, présente un côté rebelle, Sonia l’est davantage encore, féministe avant l’heure et désireuse de vivre en accord avec sa personnalité profonde, quels que soient les écueils rencontrés sur son chemin, la couleur de peau « plus ou moins foncée » n’étant pas le moindre…

« Voici maintenant quatre mois que nous sommes au Pays de la Liberté, et Ma ne m’autorise toujours pas à sortir seule dans la rue. Baba respecte sa décision. » [Sonia, p. 79]

 » Est-ce que je suis invisible ? Un objet sans âme ? Pourquoi parle-t-elle de moi au lieu de s’adresser directement à moi ? Je fais des efforts incommensurables pour ne pas l’envoyer promener. Je ne veux pas couvrir ma mère de honte.

La femme me lorgne de la tête aux pieds, puis arrête à nouveau son regard sur mon visage.

– En plus, elle a la peau tellement foncée ! À mon avis, les Américains ne doivent même pas la prendre pour une Bengali.

Cette fois, elle dépasse les bornes.

– Vous voulez dire que je risque de passer pour une Noire ? Mais c’est formidable : je me fondrai plus facilement dans le paysage !

Je retrousse mes manches et lui colle mes avant-bras basanés sous le nez. » [Sonia, p. 85]

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

L’œil du chaos, Jean-Marc Dhainaut

Présentation. Tandis qu’une canicule sans précédent frappe l’Europe, Théo, un jeune lycéen de 17 ans, est terrifié quand il réalise que les photos qu’il vient de faire dévoilent l’horreur et le chaos 21 jours à l’avance… […]

Couverture L'Œil du chaos

Mon avis. J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume de l’auteur…

Plongée dans un futur proche (?) alors que l’Europe est en proie à une canicule exceptionnelle. Théo, 17 ans, féru de photographie, « bidouille » un objectif basé sur le principe du kaléidoscope. C’est alors qu’il se rend compte que les photos prises autour de lui semblent représenter les mêmes endroits quelque temps plus tard… et ce qu’il y découvre est catastrophique.

Qu’à cela ne tienne, il va prévenir proches et moins proches via les réseaux sociaux, après avoir vérifié, de diverses manières, qu’il n’a pas la berlue. Mal lui en a pris : il n’est (évidemment) pas pris au sérieux. Et pourtant…

Le récit met le doigt où cela fait mal, ou plus exactement où cela brûle car l’homme fait si peu de cas aujourd’hui de la nature qu’elle se rebelle(ra) inévitablement. Le lecteur assiste, impuissant, à cette rébellion, par l’intermédiaire de Théo qui voit s’effondrer ses repères de manière particulièrement dramatique. Un objectif : tenter de survivre alors que disparaissent progressivement technologies et humanité : « l’homme est un loup pour l’homme ».

« Des semaines de canicule, de denrées qui manquaient et d’eau rationnée avaient transformé les gens en égoïstes, comme si la nature humaine se retrouvait soudain contrôlée par le diable. » [p. 50]

« Des affrontements commencèrent entre ceux qui voulaient protéger leur voiture et leur famille et ceux qui rouaient de coups le moindre inconscient qui leur barrait la route, quel que soit son âge. » [p. 70]

Théo « tombera » sur Drazic qui, depuis longtemps déjà, a appris à survivre en forêt, à l’écart de tous.

« – Et il va se passer quoi, maintenant ?

– J’en sais rien. Pour sortir de ce merdier, on n’a plus qu’à croire au meilleur qui se trouve au fond de la pire raclure. Même le plus gros des abrutis sur terre a un jour pleuré, alors qui sait, peut-être que l’un d’eux sauvera le monde. Gardons l’espoir. »

– Garder l’espoir ? Vous me parlez d’espoir maintenant ? Espèce de gros con !

– Hé ho ! Tu te calmes ou je t’en recolle une. » [p. 75]

J’ai passé un « bon » moment en compagnie de Théo ; la réflexion relative à notre société est très pertinente et malheureusement d’actualité. Petit bémol cependant : j’ai trouvé que la dernière partie était trop peu développée dans le sens où bon nombre d’informations sur « l’après » sont relatées de telle manière que l’on a l’impression d’être passé d’un roman à une nouvelle qui devrait « ramasser » en quelques pages ce qui s’est déroulé sur plusieurs années. Ce qui n’enlève évidemment rien à la qualité du récit.

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (ouvrage d’anticipation en juillet).

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Sauveur & Fils, saison 6, Marie-Aude Murail

Présentation. Jamais une psychothérapie n’a autant ressemblé à une enquête policière que dans cette saison 6.

Qui est cet homme qui veut être reçu à 7 heures du matin au 12, rue des Murlins et qui a l’air de connaître la maison de Sauveur comme s’il y avait déjà vécu ? D’où vient Gilbert le Démon qui persécute la jeune Sarah en lui criant à l’oreille des insanités ? Pourquoi Ghazil Naciri a-t-elle volé une clé dans le sac de sa prof de SVT ? Qu’est-ce que Kimi va faire de ce revolver qui lui est tombé entre les mains ? Et Jovo, mythomane ou psychopathe ? Va-t-on enfin connaître son passé ?

Si vous n’avez pas toutes les réponses en saison 6, c’est qu’il y aura une saison 7.

Couverture Sauveur & fils, tome 6

Mon avis. Un régal…

J’aime beaucoup cette saga et m’étais à l’époque désolée lorsque le bruit avait couru que le tome 4 était le dernier. Pourtant, en écrivant ce billet relatif à la saison 6, je me suis rendu compte que je n’avais pas lu la saison 5 ! Je m’étais effectivement étonnée, au fil de la lecture, du fait que certains éléments étaient présentés comme censés être connus, mais je me suis dit que j’avais dû les oublier (!) et, en-dehors du « cas Kimi », cela ne m’a nullement troublée… J’avais le souvenir de n’avoir pas écrit de billet sur la saison 4, mais pas d’avoir zappé le 5…

La relation entre Sauveur et Louise semble avoir pris un « rythme de croisière »; les enfants ont grandi : Gabin s’en est allé vers d’autres cieux.. ou plus exactement « d’autres mers » au grand dam d’Alice, Paul s’éloigne de Lazare qui s’inquiète beaucoup pour son ami et note ses réflexions « existentielles » dans un petit cahier :

« C’est comme si j’étais fait de plusieurs LazareS. Si je veux être une seule personne, il faut que je les garde tous dans ma mémoire. » [p. 234 ]

Quant à Jovo, on peut, sans exagérer, remarquer qu’il « débloque grave » :

« Avec son attirail militaire, sa façon de parler, crue, raciste, misogyne, homophobe, ses souvenirs effrayants et sa mythomanie qui fascinaient les enfants, Jovo était un problème. Mais c’était aussi son vieil ami. » [p. 173 ]

Côté patients, Frédérique, Koslo ainsi que le petit Grégoire sont particulièrement touchants et Sauveur navigue, parfois à vue, entre ces deux univers (pas toujours) distincts.

« Mais la vie étant assez rarement un conte de fées, Sauveur se retrouvait avec un petit garçon de 4 ans et demi sur les bras et il n’en avait pas dit un mot à Louise. » [p. 199]

J’ai d’ores et déjà commencé la saison 5 pour remettre mes pièces en place et être à jour…

Qaanaaq, Mo Malø

Présentation. Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecœur que l’inspecteur accepte d’aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières retrouvés le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais les ours crochètent-ils les portes ? Flanqué de l’inspecteur Apputiku, Qaanaaq va mener l’enquête. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

Couverture Qaanaaq

Mon avis. Ravie d’avoir « découvert » cet auteur, ou plus exactement d’avoir découvert un auteur (re)connu sous le pseudonyme de Mo Malø… Et pour la petite histoire, c’est n’est que très récemment, tout à fait incidemment, que j’ai appris qui (ne) se cache (pas) sous ce nom de plume scandinave...

Plongée dans le froid glacial lorsque Qaanaaq Adriensen, inspecteur à Copenhague, est dépêché au Groenland, à Nuuk précisément, pour « donner un coup de main » aux policiers locaux dans le cadre d’une enquête « peu banale » : des ouvriers travaillant sur une plateforme pétrolière ont été sauvagement « charcutés » par ce qui semble être un ours polaire. Cela pour la face visible de l’iceberg (!), mais tout le monde sait que la face immergée est bien plus importante… et conséquente, en l’occurrence.

Adriensen, originaire du Groenland mais qui n’y a jamais mis les pieds, espère ne pas devoir s’éterniser à Nuuk.

« Les parents de Qaanaaq, à sa connaissance, n’étaient jamais venus au Groenland. Pas même au moment de son adoption. Il était le premier de la famille Adriensen à fouler la grande île gelée. Mieux encore, le premier à y revenir sans jamais y être réellement allé. » [p. 19]

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas chaudement (hahaha !) accueilli par Rikke Engell, qui dirige la police groenlandaise.

« Contrairement à ce qu’elle voulait laisser paraître, Rikke Engell ne concevait aucun plaisir, pas même un peu de soulagement, à recevoir son hôte. Dit autrement, Qaanaaq Adriensen n’était pas le bienvenu sur la terre de ses ancêtres.

Plus sûrement encore, il perçut cette évidence dans quelques signaux furtifs – une contraction de la pupille, une ride à la commissure des lèvres : ils se connaissaient depuis une minute, et cette femme le détestait déjà. » [p. 31]

Adriensen aura fort à faire pour tenter de démêler l’écheveau susceptible de faire la lumière sur cette horrible affaire, d’autant que la mort rôde encore, les fausses (?) pistes semblent se multiplier et la politique s’invite au milieu du jeu de quilles. S’ajoutent également des bribes de sa propre vie, celle d’avant son adoption…

« – Un village inuit, c’est comme un organisme vivant. Tout le monde se connaît. Tout le monde se fait confiance. C’est un corps unique. Un bloc solidaire. Si vous braquez les soupçons sur certains, tout ce que vous allez gagner, c’est de monter les cellules les unes contre les autres. Ce que vous voulez faire là, capitaine, c’est leur filer une saloperie de cancer !

Quaanaaq dévisagea les deux Inuits tour à tour, puis lâcha froidement :

– Va pour le cancer. » [p. 346 – 347]

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère oppressante qui imprègne le récit telle une chape de plomb – glaciale – et la manière dont Adriensen mène l’enquête, envers et contre tout/tous. Je lirai la suite, sans nul doute.

Je serai là !, L’Homme étoilé

Présentation.

« LE JOUR OÙ J’AI DÉCOUVERT LES SOINS PALLIATIFS, J’AI SU QUE JE NE VOUDRAIS ET NE POURRAIS PLUS FAIRE QUE ÇA. »

En remontant le fil de ses souvenirs professionnels et personnels, l’Homme étoilé raconte la naissance de sa vocation de soignant.

Ce nouvel opus bouleversant confirme son talent et sa profonde humanité : il achève de nous convaincre qu’on peut aussi soigner avec ses mots et sa présence.

Avec la participation d’Alma

Couverture Je serai là !

Mon avis. À lire, à offrir… sans modération… (bis)

Dans ce deuxième – et, espérons-le, pas dernier – opus, l’auteur replonge dans le passé et évoque les personnes qui, d’une manière ou d’une autre l’ont « amené » à devenir « naturellement » infirmier aux soins intensifs, de son arrière-grand-mère aux patients rencontrés, entre autres durant ses stages, en passant par son grand-père…

Coline et ses incommensurables angoisses : « Elle souffre de mélancolie » ; « la forme de dépression la plus grave » [p. 42]

Il relate également, par petites touches son quotidien, avec ses petits bonheurs, ses peines, ses doutes, ses remises en question : la vie. Tout « simplement ».

« Aujourd’hui je sais que si je ne peux pas promettre une fin idéale, je peux garantir une main tendue, une oreille attentive, un regard compatissant et tendre… » [p. 93]
« Tu vois, c’est pour tout ça, les étoiles. La grande représente ma nénenne… » [p. 137]

« Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre en quelque sorte ? »

« Et à aimer la vie… pour mieux la diffuser dans chaque chambre, chaque jour ! » [p. 150]

Les dernières planches, avec la participation d’Alma.

Pour suivre l’auteur, c’est ICI

Ce titre entre dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (des « bulles » en ce mois de juin).

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Dysfonctionnelle, Axl Cendres

Présentation. Fidèle grandit dans une famille résolument dysfonctionnelle. Son père, kabyle, enchaîne les allers-retours en prison et sa mère, fervente catholique, ceux à l’asile. Malgré tout, elle s’épanouit, entourée de ses six frères et sœurs aux personnalités fortes et aux prénoms panachés : JR, Dalida, Jésus… Cette tribu demeure au Bout du Monde, le bar familial à Belleville, théâtre de leurs joies et de leurs peines. Jusqu’au jour où, reconnue intellectuellement précoce, Fidèle est envoyée dans un lycée des beaux quartiers.

Dans cet autre bout du monde, les élèves se nomment Apolline ou Augustin et regardent de haut son Perfecto, ses manières de chat de gouttière et ses tee-shirts Nirvana…

Dysfonctionnelle

Mon avis. Ravie d’avoir lu ce livre, même s’il m’a fallu un peu de temps pour y entrer…

Dysfonctionnelle, la famille de Fidèle l’est, c’est in-dé-ni-a-ble.

Le récit commence alors que la jeune femme est allée manger un bout avec son père pour fêter « l’énième sortie de prison » de celui-ci ; « là, il avait pris deux mois ferme pour la même raison que les autres fois : il était au mauvais endroit, au mauvais moment. » [p. 11]

Il était toujours « au mauvais endroit, au mauvais moment », Sid-Ahmed ; et comme il arrivait régulièrement que sa Natouchka, ancienne prostituée et rescapée des camps, soit internée, certains des enfants – sept au total – ont parfois dû être temporairement placés en famille d’accueil, avec des fortunes diverses, la grand-mère, vivant elle aussi à l’étage du Bout du Monde, n’ayant pas été autorisée à s’en occuper temporairement.

« Pendant que Papa faisait un tour par la case prison, Maman habitait chez les fous.

Ma mère souffrait d’un syndrome commun mais peu connu. […]

Donc, son médecin m’a expliqué que certaines survivantes, ayant enfanté des enfants juifs, ont soudainement peur que tout recommence, alors elles deviennent de ferventes catholiques et élèvent leurs enfants en tant que tels ; seulement, lors de moments de lucidité, ces femmes se rendent compte de leur judaïté et de celle de leur progéniture, elles font alors des crises d’angoisse terribles, d’où les internements, ponctuels pour la plupart, définitifs pour d’autres. » [p. 14 – 15]

Le lecteur découvre, à travers le regard de Fidèle, les parents et leurs sept enfants, assistés par Zaza, la discrète grand-mère, et le frère de Sid-Ahmed, lui aussi « tout un poème ». Une famille haute en couleur qui, c’est le moins que l’on puisse dire, sort des sentiers battus. Une famille qui a connu des drames ; une famille où l’on s’aime aussi, pudiquement, même si les enfants grandissent à la « va-comme-je-te-pousse ».

Si les personnages sont souvent caricaturaux, ils n’en sont pas moins touchants, pour la plupart en tout cas : Dalida dénote effectivement dans cette fratrie, elle qui « avait un regard froid comme un soleil d’hiver, qui semblait vous juger en permanence. » [p. 65 – 66]

« Ils formaient un drôle de couple, mes parents : elle avec son accent polonais, lui avec son accent kabyle ; mais sur leur photo de mariage, quand ils ne parlent pas, on dirait le plus beau couple du monde ! » [p. 25 – 26]

« Lorsque Jésus a été en âge d’apprendre à lire, Maman a commencé à lui faire suivre le même enseignement que celui de Jésus, l’autre. Inadapté scolaire, il a vite été déscolarisé pour suivre des cours à « la maison », prodigués par sa mère, évidemment ; le reste du temps, Jésus se contentait d’errer dans le bar, et d’étudier les Livres saints dans sa chambre. » [p. 33].

Il y a aussi, entre autres, « Sid-Ahmed Junior dit JR, Le James Dean kabyle » [p. 48] ; « Marilyne, Marilyn Monroe avec un bulldog à l’intérieur », féministe précoce qui déteste « toute forme d’injustice ». [p. 55] ; « Alyson, Jolie fille [qui] aime mauvais garçons » [p. 62]…

Au milieu de ce jeu de quilles, Fidèle, alias Fifi, la tête sur les épaules – parfois un peu à côté aussi -, intellectuellement précoce, et désireuse de faire de son mieux pour essayer de maintenir l’église/la synagogue/la mosquée au milieu du village. Elle comprend vite qu’elle doit naviguer, du mieux qu’elle peut, entre sa famille « dysfonctionnelle » et les élèves issus de familles « fonctionnelles » (vraiment ?) qu’elle côtoie dans son lycée.

« Voilà comment je me suis retrouvée, pour ma rentrée en seconde, dans un lycée des beaux quartiers de la rive gauche de Paris.

Dans ma classe, les élèves s’appelaient Augustin, Éléonore ou Apolline… pas de Alyson ou de Marilyne en vue, et encore moins de Jésus. » [p. 134]

Elle n’est pas au bout de ses surprises…

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour cette belle découverte.

La face cachée de l’écureuil, Erwan Balança et Michel Blant

Présentation. Tous les visages du lutin des bois

Sans doute avez-vous déjà admiré ses acrobaties au parc ou en forêt. L’écureuil roux est un trapéziste hors pair qui défie la gravité en sautant d’un arbre à l’autre avec une légèreté et une nonchalance déconcertantes. Mais savez-vous comment vit ce farfadet à la queue en panache aussi grande que lui ? Qui se cache derrière ce personnage de dessin animé bondissant avec une noisette glanée au fond du jardin ? La face cachée de l’écureuil vous invite à faire mieux connaissance avec ce voisin sauvage et charismatique. À travers les clichés remarquables du photographe animalier Erwan Balança et les textes poétiques et vivants du spécialiste des mammifères Michel Blant, cet ouvrage dresse un portrait authentique et étonnant de ce lutin familier, ambassadeur par excellence de la grâce et de la liberté.

La face cachée de l'écureuil – Ligue Royale Belge pour la Protection des  Oiseaux

Mon avis. Des photos époustouflantes agrémentées d’un texte vivant et précis…

L’ouvrage idéal pour qui veut découvrir, en images et en mots, ce petit animal bien sympathique : milieu, activités, prouesses… d’emblée évoqués à travers les titres des chapitres : Un lutin au fond des bois, L’acrobate des couronnes, Un voisin inconnu, Le discret farfadet, Le jardinier de la forêt.

Garde-robe colorée

« Le pelage de l’écureuil varie du rouge orangé clair au brun foncé, voire presque noir. Les formes les plus foncées semblent plus fréquentes en montagne et dans les forêts de conifères. Elles possèdent des poils en sous-couche plus denses et longs que les animaux plus clairs. » [p. 18]

« La vue que lui offrent ses grand yeux noirs est son sens le plus précieux et sans doute le plus performant. » [p. 33]
« La queue multifonctionnelle peut être utilisée comme balancier, parachute, parapluie ou encore couverture au repos. Elle sert bien sûr aussi de frein et de gouvernail durant les sauts. » [p. 55]
« Les interactions entre les écureuils sont fréquentes. En général, il s’agit de poursuites ponctuées d’arrêts où les animaux s’observent. Mais il arrive que des individus filent dans les arbres en se déplaçant dans toutes les directions à une vitesse surprenante et en exécutant des sauts prodigieux pour passer d’un arbre à l’autre. » [p. 87]

Une mine de renseignements que je vous recommande si vous êtes intéressés par ce rongeur, grimpeur hors pair.

Un tout grand merci aux éditions la Salamandre pour ce partenariat.

Thunder, tome 2, David S. Khara

Présentation. Ilya et ses amis sont de jeunes adultes aux dons très particuliers. Ensemble, ils forment l’unité Thunder, formée à toutes sortes de missions confidentielles.

Quand un jeune aux capacités extraordinaires se fait enlever, ils flairent quelque chose de louche. Débute alors une enquête qui les emmènera bien plus loin qu’ils ne l’auraient pensé, physiquement et en eux-mêmes…

Couverture Thunder, tome 2

Mon avis. De l’action, de l’action, de l’action…

J’avais beaucoup apprécié le premier tome ; je n’ai nullement été déçue avec cette suite.

Nous retrouvons Ilya, Angela, Jennifer, Carrie et Pad, chacun doté de facultés exceptionnelles dans son domaine, physiques et/ou intellectuelles selon les cas ; tous destinés à œuvrer au service de Thunder : « Thunder est notre voix. Foudre est notre arme. » [p. 237]

Ils suivent – ou subissent selon les personnalités et les moments – un solide entraînement au manoir Haven, près de Londres, propriété de la grand-mère d’Ilya. Lorsqu’un jeune footballeur français extrêmement doué est enlevé, les jeunes gens sont amenés à partir en mission alors qu’ils sont loin d’être « opérationnels ».

« – Ce n’est pas parce que nous sommes prêts à affronter l’adversité qu’elle survient. C’est parce qu’elle survient que nous sommes prêts à l’affronter… » [p. 61]

« Quelque chose n’allait pas. Ilya le savait en son for intérieur. Tout allait trop vite et plus la perspective de se retrouver lâché sur le terrain approchait, plus un sentiment de désorganisation général grandissait en lui. Pour l’instant, son obsession ne variait pas : maintenir coûte que coûte la cohésion du groupe et ne rien laisser filtrer de son malaise. » [p. 82 – 83]

Il s’agira dans un premier temps d’arriver à former véritablement une équipe, soudée autour d’Ilya, malgré – ou grâce aux – les singularités et les fêlures de chacun. Ensuite viendra éventuellement l’efficacité. Sans oublier le respect et l’humanité. Peut-être. Autant dire qu’il y a du pain sur la planche…

À suivre…

Merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat.