Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

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Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

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Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

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Les sœurs d’Auschwitz, Heather Morris

Présentation. « Je veux que vous me promettiez et que vous promettiez chacune à vos deux sœurs de toujours veiller les unes sur les autres. Que vous ne laisserez rien vous séparer. Compris ? « 

Slovaquie, 1942. Les années ont passé depuis que Livia, Cibi et Magda Meller ont fait ce serment à leur père. Car dans une Europe désormais à feu et à sang, chaque jour est un sursis pour les trois adolescentes juives.

Pourtant, quand Livia est arrêtée par les nazis, Cibi tient sa promesse et suit sa sœur dans l’enfer d’Auschwitz, où elles seront bientôt rejointes par Magda.

Confrontées à l’horreur et à la cruauté du camp, les trois sœurs vont formuler un nouveau vœu. Celui de survivre. Ensemble.

Mon avis. Un récit à lire aussi pour « l’après »…

Après avoir lu et apprécié Le tatoueur d’Auschwitz et Le voyage de Cilka, je me suis lancée dans ce récit, lui aussi basé sur des témoignages…

Le récit débute par la promesse que se font les trois petites filles en 1929 : celle de veiller l’une sur l’autre, quoi qu’il advienne. Cibi, Magda et Livi ont alors respectivement 7, 5 et 3 ans.

« Menachem Meller regarde ses jolies filles dans les yeux. Elles sont insouciantes, elles ignorent les dures réalités de la vie hors de leur petite maison bien tranquille. […]

Demain aura lieu l’opération pour extraire la balle de son cou. Pourquoi celle-ci ne pouvait-elle pas rester où elle était ? Il n’a cessé de prier pour avoir davantage de temps auprès de ses filles. » [p. 13]

Mars 1942. Menachem n’a pas survécu à l’opération ; les trois sœurs vivent désormais avec Chaya, leur maman, et Yitzchak, leur grand-père. Cibi fait partie d’un « programme de formation visant à enseigner aux jeunes les compétences nécessaires pour commencer une vie nouvelle en Palestine », la Hakhshara. [p. 21]. Magda a de la fièvre et pour éviter qu’elle soit emmenée pour « travailler » pour les Allemands – c’est, selon les rumeurs, le lot des jeunes Juifs -, le docteur Kisely l’admet à l’hôpital. Quant à Livi, elle n’a que quinze ans, elle ne risque donc rien. C’est ce qu’ils croient en tout cas…

Les amis de la veille sont devenus des ennemis enrôlés dans la Garde Hlinka, chargée de faire la chasse aux Juifs. Livi est bientôt sommée de rejoindre d’autres jeunes contraints de « travailler » pour les Allemands. Nul ne le sait, mais c’est un aller simple pour Auschwitz. Cibi décide de tenir sa promesse et de l’accompagner. Le début de l’enfer…

« Mais ensuite, les sœurs sont paralysées par la vue des hommes à la tête rasée et aux joues creuses qui déferlent sur le train. Vêtus de chemises et de pantalons rayés bleu et blanc, ils se déplacent comme des rats fuyant un navire en train de couler, puis ils se hissent dans les wagons et commencent à lancer les valises des filles sur le quai. » [p. 66]

Le froid, la faim, la promiscuité, les coups, le travail forcé, les maladies, les sélections se succèdent et toujours les sœurs se soutiennent. Quand l’une est près d’abandonner, l’autre lui insuffle l’énergie de continuer à survivre. Et dans cet enfer, parfois surgit un soupçon « d’humanité » – côté prisonnières ou côté bourreaux – qui les aidera à tenir. Leur seul réconfort : l’idée que Magda échappe à l’innommable…

« Si 1943 est une nouvelle année, elle ressemble à s’y méprendre à 1942. Livi travaille au Kanada et Cibi est l’assistante de l’officier SS Armbruster ; elles sont donc au moins encore ensemble au détachement des foulards blancs. Cibi ne prie toujours pas, mais chaque soir elle murmure « Mumma, Magda, Grand-père » et les imagine chez eux, en sécurité dans la petite maison de Vranov. Chaque nuit, elle serre Livi dans ses bras. C’est ainsi qu’elles tiennent bon. » [p. 129]

Septembre 1944, c’est au tour de Magda d’être déportée : des mois et des mois qu’elle attend de rejoindre ses sœurs, sans savoir où elles se trouvent. Sans savoir ce qu’il leur est arrivé. Elle-même débarque à Birkenau. La promesse est désormais honorée…

Le récit, écrit après la rencontre entre Heather Morris et Livi et Magda – Cibi étant décédée en 2015 -, suite à la lecture du Tatoueur d’Auschwitz, que les sœurs ont connu, raconte également l’après Auschwitz, la marche de la mort, l’installation en Israël et l’amour indéfectible qui unit les sœurs. La culpabilité aussi, celle d’avoir survécu, parfois au détriment d’autres ; pour Magda, celle d’avoir été sauve beaucoup plus longtemps que ses sœurs ; pour d’autres rescapés, d’avoir « moins » souffert. Et cela, même si « Ce n’est pas une compétition. Ton histoire est terrible, toutes nos histoires sont aussi abominables les unes que les autres. » [p. 453]

Le livre se termine avec des documents d’époque, photos et postfaces de Livi – toujours en vie, Magda étant décédée en 2022 – et membres de sa famille.

Traduction (anglais – Australie) : Marie-Axelle de La Rochefoucauld.

Titre VO : Three Sisters (2021).

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Impact, Olivier Norek

Présentation.


FACE AU MAL QUI SE PROPAGE
ET QUI A TUÉ SA FILLE,
POUR LES MILLIONS DE VICTIMES PASSÉES
ET LES MILLIONS DE VICTIMES À VENIR,
VIRGIL SOLAL ENTRE EN GUERRE, SEUL,
CONTRE DES GÉANTS

Mon avis. Fameux impact effectivement. Un uppercut même

Une enquête qui est ici prétexte à dénonciation, basée sur des faits réels ; pour preuves, les multiples références renseignées à la fin du « roman ».

Focus sur Virgil Solal, dans le delta du Niger, sur la route des oléoducs, en 2020.

« Le regard dur et les cheveux courts, Solal était l’archétype du gradé militaire. La quarantaine, peut-être dix de moins ou dix de plus, impossible à dire. Il y a des hommes, comme ça, sans âge. » [p. 15]

Solal est contraint de rapatrier une jeune humanitaire française, missionnaire d’Amnesty International. Autour de la femme, « près de trois cents personnes, femmes, hommes et enfants, avec, à leurs pieds, leur vie en quelques valises, sacs de toile ou sacs-poubelle. » [p. 17]

La Nigerian Police Mobile Force qui accompagne Solal est, quant à elle, chargée d’emmener le groupe au bidonville de Port Harcourt.

« – Ce sera toujours mieux qu’ici. Les poissons crèvent, ce qui sort de la terre est déjà presque mort et l’eau des puits est empoisonnée par les métaux lourds. L’air est tellement pollué qu’il provoque des pluies acides qui trouent les toits en tôle et transforment la roche en poussière. Vous pouvez imaginer ce qu’elles font sur leur peau. » [p. 19]

À cent mètres de là, « un cratère profond, rempli à ras bord de cadavres à des stades différents de décomposition. […]

Vos pieds sont posés sur l’un des endroits les plus toxiques du monde et voilà une partie du résultat. Des dizaines de décès par semaine et par village, ils meurent trop vite pour qu’on ait le temps de les enterrer. […]

– Pourquoi autant de gosses ?

– Choisissez. Mort prématurée, saturnisme, cancers, troubles cardio-vasculaires, respiratoires, neurologiques. Ici, un gamin sur deux est malade. L’espérance de vie au Nigeria est de cinquante-cinq ans, mais elle tombe à 40 ans dans le delta. L’activité pétrolière à elle seule leur prend donc quinze ans de vie à chacun. » [p. 20 – 21]

Ébranlé par ce qu’il a pu voir au cours de ses missions et un drame personnel, Solal décide qu’il n’a d’autre choix que de se battre contre les « géants du pétrole » qui, par cupidité, détruisent impunément planète et êtres humains.

C’est ainsi qu’il enlève le PDG de Total et exige une rançon faramineuse en échange de sa libération. Si le groupe refuse de payer, le PDG sera exécuté. « Originalité » : chaque fois que, avant l’expiration du délai, le groupe « fait un pas vers la planète », le groupe récupère une partie de la rançon.

Diane Meyer, psychocriminologue « torturée », et le capitaine Nathan Modis sont chargés d’entrer en contact avec le ravisseur.

Le récit se poursuit par les « négociations », via écran interposé, entamées avec un ravisseur déterminé à aller au bout de son raisonnement, lui qui, désormais, a déjà tout perdu.

De l’autre côté, Diane et Nathan, dont la réflexion évolue sensiblement au fur et à mesure des confrontations avec Solal…

 » -Je me trompe ou ça commence à être difficile de le détester ?

La psy tenta de se dissimuler derrière sa fonction.

– Je dois juste le profiler. Ce n’est pas mon rôle d’aimer ou de haïr. Je dois le comprendre pour l’expliquer aux enquêteurs. Mais j’avoue que j’aurais préféré faire face à un idiot ou à un salaud. » [p. 88]

« Modis se rappela alors ces mots qui, comme un venin, couraient dans ses veines depuis la veille : « Je sais qu’à la fin, tu feras ce qui est juste. » Il faudrait qu’après tout cela, il puisse regarder sa fille dans les yeux. Se regarder lui aussi, dans le miroir, pour y voir peut-être à son tour ces millions de morts par an qui le jugeraient. Défendrait-il des inconscients qui nous mènent à l’extinction ou défendrait-il un assassin prêt à tuer pour protéger les autres ? » [p. 165]

Le fil de l’enquête est entrecoupé de passages, tirés de l’actualité récente, renforçant le propos.

Un récit qui plonge le lecteur dans le cynisme le plus abject de ceux qui exploitent notre planète jusqu’à plus soif ; un récit qui suscite inévitablement la réflexion : peut-on sacrifier quelques « individus » pour (tenter de) faire bouger les choses ?

Un récit à (faire) lire, même si la prise de conscience est douloureuse et « désespérée ». Et dans le même ordre d’idée, visionner la série Jeux d’influence de Jean-Xavier de Lestrade, avec l’excellente Alix Poisson, sur Arte. Et prévoir un bon moment de détente après pour respirer à nouveau…

Par accident, Harlan Coben

Présentation. Il y a quinze ans, la vie de Nap Dumas a basculé : son frère jumeau et la petite amie de celui-ci ont été retrouvés morts sur la voie ferrée. Double suicide d’amoureux ? Nap n’y a jamais cru.
Désormais flic, Nap voit ressurgir le passé : Rex, leur ami d’enfance, vient d’être sauvagement assassiné. Sur les lieux du crime, les empreintes d’une femme que Nap pensait disparue : Maura, son amour de jeunesse, dont il était sans nouvelles depuis quinze ans. Le choc est total pour le policier. Celle qu’il aimait serait-elle une dangereuse psychopathe ? Où est Maura ? Et s’il était le prochain sur sa liste ? La vérité est proche. Si proche. Bien plus terrible et dangereuse que tout ce que Nap imagine…

Mon avis. J’ai eu l’occasion de renouer avec mes anciennes amours et bien m’en a pris…

J’ai lu par le passé beaucoup de livres d’Harlan Coben, ceux mettant en scène Myron Bolitar étant mes préférés. Point de Myron en dehors d’une incursion éclair, mais j’ai apprécié le roman. Il m’a pourtant fallu du temps avant d’entrer dans le texte, je ne le trouvais pas particulièrement « bien écrit » – j’ai entre-temps pris goût à l’écriture plus « travaillée » d’autres auteurs de récits « policiers ». Bref, j’ai dû m’accrocher… et la sauce a fini par prendre…

Le « héros » est un policier qui franchit régulièrement la ligne rouge lorsqu’il estime qu’il est de son droit de s’en prendre à des ordures que la justice laisse tranquilles, même si ses actes sont contraires à la loi.

« Je balance la batte d’une seule main, car c’est le plus rapide. Elle cingle comme un fouet le genou de Très. Il hurle, mais ne tombe pas. J’empoigne la batte à deux mains maintenant. […]

La batte atterrit sur le même genou.

Très s’effondre comme touché par une balle.

– S’il vous plaît…

Cette fois, je lève la batte au-dessus de ma tête à la manière d’une hache et, en y mettant tout mon poids, vise toujours le même genou. Je sens quelque chose qui craque. » [p. 22]

Nap(oléon) est contacté dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un ancien camarade de classe. Les empreintes de l’amie de Nap, Maura, figurent sur la scène de crime. Or Maura a disparu quinze ans auparavant, peu après que le frère jumeau de Nap et l’amie de ce dernier, ont été retrouvés morts sur une voie ferrée. Nap n’a jamais cru à la version officielle du double suicide.

L’écheveau est extrêmement difficile à démêler pour Nap qui n’est évidemment pas censé enquêter. Pas à pas, il tente de reconstituer ce qu’ont été les semaines précédant la mort de Leo et Diana. Tout semble tourner autour de l’ancienne base de lancement de missiles Nike… Les apparences sont-elles trompeuses ?

Traduction (américain) : Roxane Azimi.

Titre VO : Don’t let go (2017).

Finie la timidité, Plein de tests et conseils pour apprendre à s’affirmer et surmonter sa timidité !, Stéphanie Duval, Nadège Larcher (texte et conception), Célia Niles, Clémence L’allemand (illustrations)

Présentation. Et si tu apprenais à te connaître par le jeu ?

Parles-tu facilement devant les autres ? Rougis-tu dès qu’on t’adresse la parole ? Réussis-tu à affirmer tes goûts dans un groupe ? Pars à la découverte de toi-même avec les 10 grands tests de ce livre. Grâce aux conseils et aux activités que nous te proposons, tu apprendras à t’affirmer et à vaincre ta timidité, et tu verras : ça change la vie !

Mon avis. Un album très intéressant qui propose dix tests relatifs à des situations susceptibles de poser problème aux jeunes timides.

Sais-tu reconnaître de quoi tu as besoin ? Oses-tu affirmer tes goûts ? Oses-tu dire « Non ! » ? Te donnes-tu le droit de te tromper ?…

Chaque question est suivie de trois propositions de réponse.

Sont ensuite proposés les résultats liés aux réponses fournies.

Enfin, une partie est réservée aux parents désireux d’en apprendre davantage sur ce qu’ils peuvent mettre en œuvre pour venir en aide à leurs rejetons.

Un album destiné aux enfants de 7 à 11 ans, testé et approuvé en famille.

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

Chasseurs de sorcières, Max Seeck

Présentation. La mise en scène du meurtre de Maria Koponen, longue robe noire et visage déformé par un rictus hideux, est l’exacte reproduction d’un rituel macabre imaginé par son mari, Roger Koponen, dans l’un de ses romans.
Mais alors qu’il se rend à Helsinki pour répondre aux questions des enquêteurs, l’écrivain disparaît brutalement dans un accident de voiture.
Chargée de traquer des tueurs qui tentent de faire revivre l’Inquisition, la capitaine de police Jessica Niemi ne tarde pas à découvrir que tout la ramène aux intrigues de Koponen.
Au détour de ses recherches, la fascinante enquêtrice va aussi exhumer de terribles fragments de sa propre histoire.

Mon avis. Une belle découverte…

Voici un auteur scandinave (finlandais) dont je n’avais encore jamais entendu parler ; je le relirai volontiers et surtout, je retrouverai avec plaisir l’enquêtrice à l’œuvre dans le roman, Jessica Niemi.

Tout commence par le meurtre de Maria Koponen, mis en scène exactement comme dans l’un des romans écrits par son célèbre mari. Jessica Niemi, policière peu conventionnelle, est chargée de cette enquête difficile : ce premier assassinat n’est que le premier d’une série et le tueur semble prendre des plaisir à narguer les forces de l’ordre…

« L’homme qui a dessiné un sourire sur les traits inanimés de Maria Koponen est peut-être en train de les regarder, du plus profond des ténèbres. Il n’est nulle part. Et pourtant il est partout. » [p. 41]

Au centre des investigations, une phrase, Malleus Maleficarum, qui renvoie « à un ouvrage du XVe siècle traitant des persécutions contre les sorcières, Le Marteau des sorcières. » [p. 89]

Indépendamment de l’enquête proprement dit, j’ai vraiment apprécié les personnages et leurs « nuances » : la personnalité de Niemi est complexe, mystérieuse, même pour ses « proches », « torturée » d’une certaine manière ; au fil du texte est également longuement évoqué un pan de sa vie passée, un voyage à Venise qui, on finira par s’en rendre compte, l’a façonnée. Irrémédiablement. Son supérieur, le commissaire divisionnaire Erne Mikson, est aussi abondamment décrit, avec ses fêlures. Les pièces du puzzle finiront par former un tout cohérent, tant concernant l’enquête que les zones d’ombre relatives à l’équipe.

Traduction (finnois) : Martin Carayol.

Titre VO : Uskollinen lukija (2019).

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Doggerland 2 : La part de l’ange, Maria Adolfsson

Présentation. Tandis que les festivités de Noël battent leur plein, un cadavre est retrouvé près d’un bassin minier de Noorö, l’île la plus au nord de l’archipel du Doggerland. Un accident qui se révèle bien vite être un meurtre savamment dissimulé. Heureuse d’avoir une bonne raison d’échapper à des fêtes de famille déprimantes, l’inspectrice Karen Eiken Hornby se saisit de l’enquête.
La veille du Nouvel An, un autre crime est commis, cette fois en lien avec la distillerie locale de whisky. Peu à peu, Karen prend conscience que ses proches semblent en savoir plus qu’il ne le faudrait sur les deux affaires…

Mon avis. Une auteure que je continuerai à suivre…

J’ai découvert Maria Adolfsson dans Faux pas, qui m’avait séduite. Cette deuxième enquête m’a également beaucoup plu.

Le lecteur retrouve Karen en train de « fêter » Noël en compagnie de famille « élargie » (Sigrid, la fille de son agaçant supérieur, Jounas Smeed, installée apparemment à demeure, en fait visiblement partie) et amis. Si l’idée avait séduit Karen quelques semaines auparavant, elle se sent à ce moment en dehors de l’ambiance festive et aspire à la solitude….

Smeed va la sortir de ce mauvais pas en quelque sorte en lui confiant une enquête alors même qu’elle est encore en arrêt maladie. Il n’a pas d’autre choix s’il veut pouvoir se rendre en Thaïlande pour les fêtes, comme prévu.

« Karen soupire intérieurement. Ni le médecin légiste ni le chef du service technique ne doivent se réjouir d’être envoyés à Noorö pendant les fêtes. Surtout Kneought Brodal, le légiste, qui risque d’être d’une humeur de chien. » [p. 29]

« Le coup de fil de Jounas Smeed lui est apparu comme une véritable bouée de sauvetage. Retourner bosser après ce congé maladie éreintant est synonyme de vacances bien méritées. Une mission concrète, quelque chose dont elle est capable. » [p. 37]

C’est ainsi que Karen se retrouve « dans le bain » plus tôt que prévu, direction Noorö, là où elle a passé son enfance. Un retour aux sources qui fait ressurgir des sensations, des émotions qu’elle croyait profondément enfouies, sur fond d’une enquête qui risque de lui attirer les foudres de sa famille…

« La voix de son cousin avait pris une tonalité qu’elle ne lui connaissait pas. Subitement, elle avait ressenti un léger froid dans ces retrouvailles chaleureuses. » [p. 114]

Le récit de l’enquête à proprement parler est entrecoupé de pages se centrant sur une femme – on découvrira plus tard qui elle est pour Karen – battue comme plâtre par son « respectable » mari et qui n’en peut plus.

« Elle avale sa salive et se force à respirer lentement pour tenter d’évacuer le nœud qui lui serre la gorge. Pour chasser les pensées de son esprit, cette voix qui lui souffle de le quitter avant qu’il ne soit trop tard. Mais ce n’est pas aussi simple. Les mots se fraient un chemin sous sa peau, se glissent au plus profond. Elle se laisse un instant envahir, jusqu’à ce qu’un bruit venu d’en bas la fasse sursauter. […]

Dans les deux prochaines heures, sa mission est simple : ne pas le provoquer, ne pas « chialer ». Tenir le choc jusqu’à ce qu’il en ait fini pour cette fois.

Et surtout éviter que les enfants entendent. » [p. 91 – 92]

J’ai apprécié tant l’enquête à proprement parler – et la frayeur de la fin du récit – que tout ce/tous ceux qui gravite(nt) autour et j’ai retrouvé avec grand plaisir Karl Björken qui, lui aussi, rencontre des soucis d’ordre personnel…

Je rempilerai volontiers pour Doggerland 3.

Traduction (suédois) : Marina Heide.

Titre VO : Stormvarning (2019).

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Outlander, L’adieu aux abeilles, partie I, Diana Gabaldon

Présentation. En l’an 1779, Claire et Jamie savourent leurs retrouvailles avec leur fille Brianna, Roger, le mari de celle-ci, et leurs enfants, à Fraser’s Ridge. Il y a peu, ce rêve leur paraissait encore inaccessible.

Mais même dans ce coin isolé de Caroline du Nord, les effets de la guerre se font sentir. La tension dans les Colonies ne cesse de croître et la colère des habitants monte chaque jour d’un cran. Jamie a conscience que ses fermiers connaissent des conflits de loyauté et que le danger est à leur porte.

Lorsque les Colonies du Sud se soulèvent, la Révolution se rapproche encore davantage de Fraser’s Ridge. En sa qualité de soignante, claire se demande combien de ceux qu’elle aime vont encore devoir verser leur sang…

Mon avis. Je ne me lasse décidément pas de cette série…

C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé les protagonistes de cette saga : Brianna, Roger et leurs enfants ont réussi à retrouver leurs « célèbres parents », attelés à la lourde de tâche de reconstruire la « grande maison » dévastée par un incendie.

Claire et Jamie savent que les troubles qui agitent le continent finiront par les rejoindre et que le fragile équilibre du Ridge volera bientôt en éclats puisque y vivent les loyalistes, acquis à la couronne anglaise, et les Indépendantistes. Au milieu du « jeu de quilles », Jamie, désireux de protéger chacun et particulièrement sa famille…

Cet épisode me semble être une espèce « d’entre-deux » car la tension s’accentue progressivement et l’on sait que le fragile équilibre va bientôt basculer…

Côté personnages y apparaissent également sporadiquement William, le fils « contre son gré » de Jamie, ainsi que Lord John. J’ai particulièrement apprécié la jeune Frances, sauvée d’un bordel par William et confiée par celui-ci aux bons soins de Claire et Jamie.

 » – Je ne chasserai pas un homme de chez lui en raison de ses convictions, poursuivit Jamie.

Il s’interrompit un instant pour ôter ses lunettes. Je savais qu’il fixait directement les visages des hommes qui s’étaient ouvertement déclarés loyalistes et je résistai à l’envie de lancer des regards autour de moi.

– Toutefois, j’ai le devoir de protéger cette terre et ses métayers. Je n’y manquerai pas. Pour ce faire, j’aurai besoin d’aide et lèverai donc une milice. À ceux qui souhaiteront s’y joindre, je donnerai une arme ainsi qu’une monture s’ils n’en ont pas. Ils seront également nourris lors de nos expéditions. » [p. 621 – 622]

À suivre donc…

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Traduction : Philippe Safavi.

Titre VO (anglais USA) : Go tell the bees that I’m gone (2021).

La Chronique des Rokesby, 4 : Tout commença par un esclandre, Julia Quinn

Présentation. Dans la famille Rokesby, il reste deux fils à marier. D’abord Andrew, qui cache sous ses allures d’impitoyable loup des mers son rôle d’agent secret au service de la Couronne. Puis Nicholas, le cadet, dont la vocation pour la médecine est plus forte que tout. […]

Mon avis. Autant de plaisir que les précédents…

Encore une fois, pas de véritable surprise dans cet opus puisque dès le départ, le lecteur sait que Nicholas Rokesby, étudiant en médecine à Édimbourg, est rappelé d’urgence par son père dans le Kent à la veille de ses examens. Le jeune homme a la tête sur les épaules et sait que jamais un tel déplacement ne lui aurait été imposé si la situation ne l’avait pas exigé, mais il n’a aucune idée de ce dont il retourne et quand il l’apprend, c’est la douche froide…

« – Elle n’a pas besoin d’avoir été violentée pour que sa réputation soit détruite. Bonté divine, réfléchis un peu, mon garçon ! Peu importe ce que ce vaurien lui a fait ou pas, elle est déshonorée. Et tout le monde le sait. Toi excepté, apparemment, conclut-il en le foudroyant du regard. […]

Il n’avait jamais vu son père dans cet état et ne savait que penser.

– Je ne peux tolérer qu’elle soit déshonorée, déclara ce dernier d’un ton ferme. Nous ne pouvons pas tolérer qu’elle soit déshonorée.

Nicholas retint son souffle. Après coup, il réalisa que ses poumons avaient su ce que son cerveau ignorait encore : sa vie était sur le point de prendre un tournant radical.

– Il n’y a qu’une chose à faire, reprit son père. Tu dois l’épouser. » [p. 401 – 403]

C’est ainsi que Nicholas se voit obligé, par les convenances imposées par une société évidemment patriarcale, d’épouser Georgiana, la filleule de son père qu’il considère presque comme sa sœur.

J’ai de nouveau beaucoup aimé cette plongée dans l’Angleterre de la fin du XVIIIè siècle au sein de la famille Rokesby, avec une Georgiana féministe – comme d’autres filles des familles Bridgerton et Rokesby – mais contrainte de se plier aux exigences de son époque à l’égard des femmes « de bonne famille ». Elle rue dans les brancards dès qu’elle le peut, attentive cependant à ne jamais franchir une limite « acceptable ».

« La pitié. C’était intolérable.

Elle n’avait rien fait de mal, bon sang !

On n’aurait pas dû la plaindre, mais l’admirer. Un homme l’avait enlevée. Enlevée ! Et elle avait réussi à s’échapper.

Un tel exploit n’était-il pas digne d’être célébré ?

On aurait dû donner des fêtes en son honneur, organiser une soirée de gala. Regardez la courageuse et intrépide Georgia Bridgerton ! Elle s’est battue pour sa liberté et a gagné !

Lorsque des hommes agissaient ainsi, des pays entiers étaient conquis.

– Georgie…

La voix de Nicholas était insupportable. Condescendante, supérieure, comme toujours lorsqu’un homme croyait se trouver face à une femme qui perdait ses nerfs.

– Georgie… répéta-t-il.

Non, sa voix n’était rien de tout cela. Et peu importait. Il ne souhaitait pas l’épouser, il se sentait juste désolé pour elle. » [p. 487]

Les futurs mariés « conventionnels » apprendront à se découvrir sous un jour nouveau, Nicholas appréciant particulièrement la curiosité insatiable et la vivacité d’esprit de sa future femme ; Georgie étant séduite par l’intelligence de son futur mari et la considération sincère qu’il lui manifeste. Avant l’éveil des sens…

« Georgie battit des paupières à plusieurs reprises, et il ne put s’empêcher d’être ravi de l’avoir ainsi déconcertée. Difficile pour lui de dire si son expression était de surprise ou de désir – peut-être une combinaison des deux, ou alors, quelque chose d’entièrement différent. Quoi qu’il en soit, elle avait les lèvres entrouvertes, les yeux écarquillés, et il aurait voulu se noyer dans ceux-ci.

Comment avait-il pu vivre jusqu’ici en connaissant Georgie et en ignorant qu’il avait besoin de cela ?

Jamais il n’avait rien vu d’aussi beau que sa peau pâle et lumineuse dans la clarté du soleil. » [p. 653 – 654]

« Dr et Dr Rokesby… Quel rêve ! Hélas, les demandes de Georgie à la faculté d’Édimbourg n’avaient rencontré que de l’incrédulité.

Un jour, une femme serait diplômée en médecine, elle en était persuadée. Pas de son vivant, cependant. De cela aussi, elle était persuadée, malheureusement. » [p. 730]

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Traduction : Léonie Speer.

Titre VO (anglais – USA) : First comes scandal (2020).

La vie rêvée des chaussettes orphelines, Marie Vareille

Présentation. En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.

Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. […]

Mon avis. Une friandise…

Premier livre que je découvre de cet auteure, mais en aucun cas le dernier : j’ai glissé dans l’oreille du Père Noël quelques autres titres que je lirais volontiers…

Le roman commence avec des pages en italiques issues du Journal d’Alice rédigées en 2011, soit quelques années avant l’arrivée de la jeune femme à Paris. Aujourd’hui, elle a laissé outre-Atlantique des moments très douloureux, désireuse d'(essayer d’)écrire de nouvelles pages de sa vie, même si les illusions font désormais partie d’un passé révolu. Pour tenter de garder la tête hors de l’eau, elle s’astreint à suivre des rituels codifiés qui se veulent « rassurants ».

« Sur la table de nuit, le réveil passe de 5h44 à 5h45. Sans allumer, je m’assois dans mon lit. Je m’étire (trois secondes), débranche mon téléphone (quatre secondes), et enlève le mode avion (deux secondes). Je le repose sur la table de nuit, parfaitement aligné avec le bord, à mi-distance entre le flacon de somnifères et le verre d’eau, lui-même à précisément dix centimètres du tube de crème pour les mains. Je tends la main pour saisir le verre… et…

Ma main attrape le vide, une fois, deux fois, trois fois. Pas de verre d’eau. Pas de crème pour les mains.

Plus d’alignement.

Plus d’ordre.

Le chaos.

Respire, Alice.

L’interrupteur n’est pas à sa place. Je tâtonne frénétiquement, allume la lumière. Ce n’est pas mon lit, pas ma table de nuit, pas ma chambre. Mes mains deviennent moites. […]

Respire, Alice, ça va aller.

Un. J’inspire.

Deux. Je me souviens. Je suis à l’hôtel.

Trois. Je suis à 3 623 miles de New York.

Non. Ici, on parle en kilomètres.

Je suis à 5 834 kilomètres et des poussières de chez moi : je suis à Paris.

Quatre. Et je ne suis pas en retard au travail. Je n’ai plus de travail.

Le poids sur ma poitrine s’allège. L’air revient dans mes poumons. » [p. 17 – 19

Difficile de comprendre comment l’experte en finances, auparavant grassement rémunérée, a tout plaqué pour se faire embaucher dans une petite boîte dont le patron souhaite développer une application destinée à rassembler les chaussettes orphelines du monde entier – ça ne s’invente pas -. Elle sera chargée de la comptabilité pour une rémunération de misère en regard de ce qu’elle gagnait précédemment. Mais peu importe tant qu’elle peut essayer de repousser, tant que faire se peut, les tourments qui l’assaillent…

Parfaite bilingue, elle a choisi Paris, patrie d’origine de sa mère, ville qui les a toujours fait rêver, sa jeune sœur Scarlett et elle. Mais il y a belle lurette qu’elle ne s’autorise plus à rêver et que les médicaments lui sont d’une aide (factice) précieuse.

« Je travaille chez EverDream depuis trois semaines, j’ai retrouvé une routine, organisée et régulière, qui me fait du bien. Comme Jeremy Miller l’avait prédit, mon travail est purement administratif. […] Je ne pense pas, je suis occupée et ça me convient parfaitement.

Je garde mes calmants pour les situations d’urgence. Je prends un somnifère un jour sur trois seulement, je dors une ou deux heures les deux jours restants. Pour le moment, je tiens, malgré la fatigue. Moyennant une somme exorbitante, j’ai réussi à me faire envoyer une petite provision d’avance par mon généraliste à New York. En attendant de trouver une solution à Paris, j’économise mes cachets avec la parcimonie d’un écureuil se préparant pour l’hiver. » [p. 97]

Le récit se poursuit en alternant passé et présent. Le passé, c’est le Journal d’Alice, adressé à Bruce Willis (!), dans lequel elle relate son immense douleur de ne pouvoir tomber enceinte et sa relation fusionnelle avec sa « petite sœur » qui n’a jamais eu l’heur de plaire à leur mère car elle ressemblait trop au père qui les a abandonnées. Alice a toujours « tout réussi » et Scarlett n’a eu de cesse de ruer dans les brancards, ne serait-ce que pour renforcer l’image négative que sa mère garderait d’elle définitivement…

 » – Il faut apprendre à manger de tout.

– Alors pourquoi Alice ne mange pas de lasagnes ?

Maman a soupiré, toujours plongée dans ses mots croisés.

– Ne sois pas pénible, Scarlett.

Sur le visage de Scarlett, la confusion a laissé place à un mélange de chagrin et d’étonnement. Je mangeais mon poisson pané en silence sans comprendre sa réaction. L’injustice ne me choquait pas, j’étais l’aînée, j’avais toujours eu droit à un traitement de faveur et Scarlett elle-même était la première à me l’accorder.

Peut-être que si Maman avait choisi de faire du poulet, Scarlett n’aurait pas réagi. Mais je crois qu’elle avait réellement le poisson en horreur. Elle a alors pris son assiette, et sans un mot, elle l’a retournée et écrasée sur le journal de Maman. Puis, sous nos regards sidérés, elle s’est levée de table et est partie dans sa chambre. Et c’est à partir de moment-là, Bruce, que Scarlett a commencé à poser des problèmes. » [p. 135]

Le présent, c’est sa (sur)vie parisienne : garder un hypothétique contrôle sur tout et ne jamais, au grand jamais, se laisser attendrir par qui que ce soit. De toute façon, si « on savait ce qu’elle a fait », jamais « on » ne souhaiterait véritablement nouer avec elle des liens autres que purement professionnels.

« En réalité, je ne cherche pas à plaire, je veux juste me fondre dans la masse. Que personne, jamais, ne me reconnaisse. Je voudrais m’effacer, rester dans l’ombre et laisser briller ceux qui le méritent. Je me suis créé des uniformes pour aller travailler. Un tailleur noir ou gris, un chemisier blanc ou bleu. Le week-end, je me lâche et j’enfile un jean et une paire de Converse. » [p. 75]

« J’ai la gorge trop serrée pour lui répondre. Ça va ? Je hais ces deux petits mots, cette question, purement rhétorique en français comme en anglais, question qui n’en est pas une, qui appelle le « oui » systématique et irréfléchi et qui, par sa fréquence, te rappelle que non, ça ne va pas et que ce n’est pas près d’aller mieux. » [p. 193]

Le roman n’est cependant pas dépourvu de situations cocasses qui amènent invariablement le (sou)rire et allègent sensiblement le propos, notamment lors des interactions entre collègues – hauts en couleurs -, avec la petite fille de Jeremy qui bien évidemment ne censure pas ses paroles, ou encore Saranya, la cousine de la meilleure amie new yorkaise d’Alice…

 » – Je vais te confier un truc : je suis française, née et élevée en France, pure Parisienne, la preuve, j’ai envie de décapiter les gens qui restent plantés à gauche dans les escalators. Et malgré tout, je ne comprendrai jamais cette manie occidentale de commander chacun son entrée, son plat, son dessert. C’est tellement plus sympa de tout mettre au milieu de la table et de partager… Et puis comme ça, tu peux goûter à tout ! » [p. 129]

« Deuxième éraflure : mes collants.

– Fuck !

– Tu as dit quoi ? « Feuque » ?

Je suis maintenant officiellement à califourchon sur la cloison.

– Non, non, c’est… oublie ça ! C’est de l’anglais.

– Tu as anglaise ?

– Américaine.

– « Feuque », c’est de l’américain alors ? Ça veut dire quoi ?

Je me laisse glisser le long de la cloison en soupirant et pose précautionneusement un pied de chaque côté de la cuvette.

– Ça veut dire « coucou », répondis-je, mais c’est un mot que très peu de gens connaissent, donc c’est mieux de ne pas l’utiliser, d’accord ?

– D’accord. […]

En fin d’après-midi, alors que Jeremy passe devant mon bureau en tenant Zoé par la main, elle agite la main vers moi et crie joyeusement dans tout l’open space :

– Fuck, Alice !

Jeremy s’arrête net, l’air interdit, je fais une grimace d’incompréhension, je ne sais pas si je dois lui expliquer, m’excuser ou prétendre que ça n’a aucun rapport avec moi. Zoé, en voyant l’expression de son père, l’éclaire avec obligeance :

– Ça veut dire « coucou » en américain, c’est Alice qui m’a appris. Mais il n’y a pas beaucoup de gens qui le savent.

Jeremy pousse un long soupir et me lance un regard noir.

– On rentre, ma puce, dit-il, et tu ne peux pas utiliser ce mot.

Planqués derrière leur écran, Victoire et Reda pleurent de rire. Et je songe que, décidément, mes relations avec Jeremy Miller ne sont pas près de s’améliorer. » [p. 150 – 154]

 » – Alice m’avait dit que tu étais du genre « geek » et que tu passais tes journées à aligner des lignes de code, commente Saranya en examinant Jeremy comme elle regarderait un fondant au chocolat dans la vitrine d’une pâtisserie. J’avais imaginé un petit chauve à lunettes ; comme quoi, il faut vraiment faire attention aux clichés. » [p. 189]

« Je la dévisage avec de gros yeux :

– Tu lis ses emails et ses textos ? !

– Oui, j’ai piraté sa boîte. Il est très important d’apprendre à connaître les gens avec qui on travaille pour tisser des liens sociaux durables.

– Tu ne peux pas lire les emails des gens, c’est indiscret.

– Alice n’a pas tout à fait tort, dit Reda.

– Oh… Je n’étais pas au courant de cette convention sociale, répond Victoire les sourcils froncés. Dans ce cas, je ne lirai plus les vôtres, et de toute façon ils n’étaient pas très intéressants, conclut-elle. » [p. 250 – 251]

J’ai « dévoré » ce roman qui suscite un panel d’émotions : on s’interroge sur le passé d’Alice, pressentant qu’inévitablement, elle devra l’affronter – je n’avais rien vu venir, ou presque – ; on souffre avec Scarlett tellement brimée par sa « mère » ; on sourit à la lectures des traits d’esprit savoureux…

Bref, je vous le recommande chaleureusement.

Eden, fille de personne, Marie Colot

Présentation. À presque seize ans, Eden a déjà porté quatre noms de famille, vécu dans trois foyers sociaux et deux États de l’Ouest américain. Plusieurs existences dans une seule, toutes ratées. Alors qu’elle réclame son émancipation, son éducateur l’oblige à s’inscrire dans une énième agence d’adoption. C’est reparti pour le cirque habituel : profil détaillé, photos enjouées et speed-dating, afin de mieux se « vendre » auprès de parents potentiels. Cette fois, Eden est plus que jamais décidée à prendre en main son avenir, malgré le drame qui a bouleversé sa vie deux ans plus tôt. Parviendra-t-elle à tracer sa route et à trouver sa place au cours de cet été de la dernière chance ?

Mon avis. Un livre que j’aurais proposé à mes élèves sans hésitation…

Au cœur de ce récit, une pratique tout à fait in-con-ce-va-ble mais qui existe bel et bien (comment diable cela est-il possible ???) dans certains états des USA : la réadoption ou « l’art » de se débarrasser d’un enfant adopté quand se présente un « problème » en le remettant dans le circuit des enfants « adoptables » par le biais d’une agence spécialisée.

« – La proximité est indispensable. Ils doivent vous voir de près. N’hésitez pas à les inviter du regard, allez les chercher pour qu’ils souhaitent en savoir plus sur votre profil. Demain, vos yeux auront une minute chrono pour leur parler de vous. » [p. 53]

Le récit se centre sur Eden, une adolescente retournée dans un centre dans l’attente une éventuelle réadoption. Eden est une écorchée vive, en veut à la terre entière et ne se fait guère d’illusions : jamais elle ne retrouvera une famille prête à lui ouvrir sa porte à défaut du cœur. Surtout après « ce qu’elle a fait ».

« Certains ont l’alcool joyeux. Moi, j’ai plutôt la joie triste. Quand les Knight m’ont quittée avec un « à bientôt », j’ai souri. Cette promesse inattendue m’a réjouie tout en me mettant direct les larmes aux yeux. Merde. Même pas le temps d’en profiter que mes souvenirs débarquaient et coloraient tout de tristesse. Un gros bouillon d’émotions. Pile ce que je déteste. Je me suis grouillée de ravaler ma peine et d’étouffer le petit bout de bonheur qui avait osé surgir. Il était déjà gâché de toute façon. Je l’ai enfoui loin, très loin, derrière une porte scellée, condamnée à jamais. Accès interdit. » [p. 66]

Ce qu’elle souhaite, elle, c’est son émancipation. Le problème, de taille, c’est qu’elle rue constamment dans les brancards et qu’on ne peut lui faire confiance. C’est pire encore quand le seul adolescent du centre qui trouve grâce à ses yeux l’abandonne, non sans lui avoir volé ses maigres économies…

Un récit sans concessions à découvrir…