Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

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Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

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Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

Trois, Valérie Perrin

Présentation. 1986. Adrien, Étienne et Nina se rencontrent en CM2. Très vite, ils deviennent fusionnels et une promesse les unit : quitter leur province pour vivre à Paris et ne jamais se séparer.

2017. Une voiture est découverte au fond d’un lac dans le hameau où ils ont grandi. Virginie, journaliste au passé énigmatique, couvre l’événement. Peu à peu, elle dévoile les liens extraordinaires qui unissent ces trois amis d’enfance. Que sont-ils devenus ? Quel rapport entre cette épave et leur histoire d’amitié ?

Mon avis. Une lecture bien agréable…

Ce récit commence en décembre 2017 alors qu’une femme s’en vient déposer des croquettes au refuge où travaille Nina. Elle n’entre jamais dans le refuge, ne se donne pas à connaître, elle entraperçoit Nina l’espace d’un instant.

La bienfaitrice, Virginie, est revenue à La Comelle, après en être partie des années durant. Elle a bien connu « les Trois », un trio soudé « à la vie à la mort », un trio que rien n’aurait dû séparer.

« Je m’appelle Virginie. J’ai le même âge qu’eux.

Aujourd’hui, des trois, seul Adrien me parle encore.

Nina me méprise.

Quant à Étienne, c’est moi qui ne veux plus de lui.

Pourtant, ils me fascinent depuis l’enfance. Je ne me suis jamais attachée qu’à ces trois-là.

Et à Louise. » [p. 13]

Le récit oscille constamment entre passé (1986) et présent (2017 – 2018). Le passé, c’est la rencontre entre les membres du trio : Adrien, qui vit avec sa mère, le père biologique ayant une « vie de famille » ailleurs ; Étienne, de famille aisée, qui n’a jamais trouvé grâce aux yeux de son père ; et Nina, élevée par son grand-père, sa mère partie voguer sous d’autres cieux et père inconnu.

« Les trois se sont rencontrés dix mois plus tôt dans la cour de l’école primaire Pasteur le jour de la rentrée en CM2.

C’est l’âge où c’est le bordel. L’âge où les enfants ne se ressemblent plus. Grands et petits. Puberté, pas puberté. Certains ont l’air d’avoir quatorze ans, d’autres huit. » [p. 17]

Ces trois-là deviennent bien vite inséparables, inconcevable de voir l’un(e) sans les autres. La maison de l’un(e) est la maison des autres. Unis comme les doigts de la main. Pour le meilleur : la piscine, les soirées DVD ou jeux vidéo entre autres… ou le pire : notamment l’année scolaire 1986-87, « la seule où l’instituteur Antoine Py changea de bouc émissaire en cours d’année » [p. 27] ou la situation de chacun « dans sa propre vie…

« Ils étaient liés par un même idéal : partir quand ils seraient grands. Quitter ce bled pour aller vivre dans une ville pleine de feux rouges, de bruit et de fureur, d’escaliers mécaniques et de vitrines. […] Ils passaient tout leur temps libre ensemble, récréations et cantine comprises. Ils riaient des mêmes choses. […] C’est Nina qui était leur trait d’union. Sans elle, Adrien et Étienne ne se voyaient pas. Ils étaient trois ou rien. » [p. 35 – 36]

« À partir du lundi 9 mars 1987, jour où Py se mit à exécrer Adrien, ce dernier compta les jours comme un prisonnier compte ceux qui le séparent de la liberté. […] Py était toujours penché sur son épaule à le renifler. Dès qu’Adrien baissait la garde, Py l’envoyait au tableau pour mieux l’humilier devant toute la classe. En vain.

Les timides ne sont ni faibles, ni lâches. Les bourreaux n’ont pas nécessairement le dessus sur eux. Jamais Adrien ne pleura. » [p. 41 – 42]

 » – Adrien, tu crois que j’ai mes règles parce que ma mère est une pute ? » [p. 55]

« Son père le jauge toujours avec déception ou indifférence, il ne saurait dire. Étienne voit bien comment Marc Beaulieu regarde son aîné et lui sourit, caresse Louise d’un regard toujours affectueux. Et vis-à-vis de lui, rien. Indifférence. Quand il daigne poser les yeux sur Étienne, il se force. » [p. 159]

Le présent, c’est 2017, et la découverte d’une voiture recelant un corps, au fond du lac de La Comelle et l’occasion de se poser des questions sur les circonstances ayant pu mener à « l’engloutissement de l’épave ».

S’en suivent des allers-retours incessants entre passé et présent de telle manière que l’on découvre l’évolution du trio et les aléas de leur existence, parfois bien difficiles à vivre/subir… et menant inéluctablement aux retrouvailles pour le moins « chahutées »…

Une lecture que j’ai beaucoup appréciée, même si le texte (761 pages) souffre, selon moi, épisodiquement quelques longueurs.

Les enfants sont rois, Delphine de Vigan

Présentation. « Même dans les drames les plus terribles, les apparences ont leur mot à dire. »

Mélanie, qui a grandi dans le culte de la téléréalité, n’a qu’une idée en tête : devenir célèbre. Mais son unique apparition à l’écran tourne au fiasco. Quelques années plus tard, mariée et mère de famille, elle décide de mettre en scène le quotidien de ses enfants sur YouTube. Le succès ne se fait pas attendre, et la voilà bientôt suivie par des millions d’abonnés. Jusqu’au jour où sa fille disparaît.

Mon avis. Une réflexion d’actualité…

Le début du roman est consacré à Mélanie, désireuse de devenir célèbre, à l’instar des « lofteurs » et autres personnalités révélées par ce que l’on nomme téléréalité. Elle réussit finalement à intégrer le casting de Rendez-vous dans le noir, mais c’est la douche froide…

Parallèlement, le lecteur suit Clara, nourrie au biberon des manifestations, grèves et autres rassemblements auxquels ses parents l’ont « initiée » dès son plus jeune âge. Autant dire que lorsqu’elle a annoncé à ses parents qu’elle entrait dans la Police, ceux-ci ne se sont pas réjouis… Elle est depuis lors devenue procédurière.

« Ça sonnait pointilleux et fastidieux, voire un peu rébarbatif ; elle s’en amusait. On était loin de l’imaginaire véhiculé par les séries télévisées, loin des filatures à haut risque, des arrestations musclées, des réseaux d’indics et des nuits infiltrées dans les milieux interlopes. Cependant, la traque ne se faisait pas sans elle. Et dès les premières minutes jusqu’à la fin de l’enquête, Clara en consignait chaque étape, par écrit et en images. Elle aimait expliquer son métier, lequel, en tant que tel, n’existait qu’à la Brigade Criminelle. Le procédurier était garant du dossier qui parvenait sur le bureau du juge ou du procureur : de sa cohérence, de sa solidité, de son absence de failles. » [p. 53 – 54]

Devenue mère de famille, Mélanie décide, pour tromper l’ennui, de proposer de courtes vidéos mettant en scène ses jeunes enfants. Le succès de Happy Récré devient tel que les abonnés sont de plus en plus nombreux, monétisant par là même les « clics ». Le temps passé à la réalisation des vidéos s’allonge, l’argent rentre entre autres grâce au placement de produits offerts par les marques et dont la famille ne sait bientôt plus que faire. Le père en arrive à quitter son boulot pour aider sa femme dans ce qui est devenu un travail de pro.

« Le 10 novembre 2019 aux alentours de dix-huit heures, la fille de Mélanie Claux, alors âgée de six ans, disparut lors d’une partie de cache-cache avec d’autres enfants de sa résidence. » [p. 57]

Le récit alterne les chapitres relatifs à Mélanie et ceux relatifs à Clara dont l’équipe est chargée de l’enquête, chapitres entrecoupés d’extraits des procès-verbaux des auditions des protagonistes susceptibles d’éclairer les enquêteurs, ainsi que des recherches effectuées par Clara sur un monde qu’elle ne connait absolument pas : celui des YouTubeurs devenus riches et célèbres grâce aux vidéos postées…

Ce récit pose un regard « horriblement » lucide sur les dérives liées à ces pratiques où tout devient prétexte à tournage, où la caméra filme de jeunes enfants à toute heure du jour, en un déballage constant, aux sens propre – la pratique du Unboxing – et figuré.

« Les parents filment, la mère ou le père, cela dépend des cas. Chez les Diore, c’est la mère qui interagit avec les enfants. Au fil du temps, pour fidéliser les abonnés, les formats se sont diversifiés. Elle leur lance des défis, invente des petits scénarios. Par exemple, les enfants doivent déguster des produits alimentaires uniquement orange ou verts, deviner le prix des articles dans un supermarché, ou bien, les yeux bandés, comparer des pâtes à tartiner de marques différentes. » [p. 123]

« Cette enfant exhibée du matin au soir, cette enfant qu’on pouvait voir en jogging, en short, en robe, en pyjama, déguisée en princesse, en sirène ou en fée, cette enfant dont l’image avait été multiplié sans limites, s’était volatilisée. » [p. 133]

« Aujourd’hui, n’importe qui pouvait imaginer que sa vie était digne de l’intérêt des autres et en récolter la preuve. N’importe qui pouvait se considérer et se comporter comme une personnalité, un people

Au fond YouTube et Instagram avaient réalisé le rêve de tout adolescent : être aimé, être suivi, avoir des fans. Et il n’était jamais trop tard pour en profiter.

Mélanie était une femme de son temps. C’était aussi simple que cela. Pour exister, il fallait cumuler les vues, les likes et les stories. » [p. 235]

Un « roman » à lire et à faire découvrir absolument

Marche ta peine, Maryvonne Rippert

Présentation. Ulis est charmeur et charmant. Le genre de garçon qui plaît aux filles et sympathise avec tout le monde. Jusqu’au jour où il franchit la ligne rouge.
Pour échapper au centre de détention pour mineurs, Ulis doit participer au programme « Marche ta peine » : deux mois de randonnée à travers la France, avec un éducateur bourru et taiseux. Deux mois pour que le garçon réfléchisse à ce qu’il a fait…

Un road trip intense et poignant porté par une voix inattendue, celle d’un ado harceleur.

Mon avis. Un récit à lire et à faire lire aux adolescents…

« – Madame Fontaine, poursuit-elle d’un ton définitif, les faits reprochés à votre fils sont extrêmement graves. La proposition de Marche ta peine est la seule alternative possible à un placement en centre éducatif fermé. […]

– Ma décision prend effet immédiatement. Cette longue marche vous permettra de mesurer la gravité de vos actes, en tout cas je veux l’espérer. Pour l’instant, Ulis, vous en êtes encore loin. Si vous essayez d’échapper à votre punition, vous retournerez en centre éducatif fermé. Il n’y aura pas de deuxième chance.

– Mais c’était juste pour rigoler ! […]

– Voilà. Bonne route. Nous nous revoyons dans deux mois. Selon votre attitude, je déciderai de votre sort. » [p. 7 – 9]

Le cadre est défini dès les premières pages : Noah, l’adolescent qu’Ulis a pris plaisir à harceler sans relâche, a tenté de se suicider et est maintenant dans le coma. La juge offre à Ulis une chance, non de se racheter car il est impossible de « réparer les dégâts » causés à l’adolescent en sursis, mais de prendre conscience de ses actes. Et c’est loin d’être gagné car Ulis les minimise : « Mais c’était juste pour rigoler ! »

« Marche ta peine » est un programme de marche proposé aux adolescents qui ont commis des délits, programme susceptible de leur éviter le passage par la case « centre fermé ».

Marcher dans la nature, sans connexion avec les proches et les réseaux sociaux – portables interdits -, sans confort autre qu’un sac à dos, un sac de couchage et une gamelle, tel est le « deal ». À prendre ou à laisser. À cela s’ajoute l’obligation de tenir une espèce de journal quotidien – pensées, souvenirs, choses vues – à destination de la juge et de réviser pour le brevet. Le sort d’Ulis est désormais entre ses mains.

« Une puissante et absurde nostalgie l’envahit. Faire ses devoirs, le dîner… sa mère… Tous les éléments d’un paradis perdu dont il n’avait pas mesuré le prix. À la place l’attend une soirée morose avec un éducateur qui ne lui accorde pas plus d’intérêt qu’à un rouleau de PQ.

Deux mois avec ce type qui a l’air de me détester ? M’en fous, dès que je peux, je me tire. » [p. 49]

« 4 mars

Ma pensée, c’est que j’aime pas écrire et que ça me saoule. C’est la juge qui va me lire ?

Il faut vraiment rien avoir à foutre pour lire des trucs d’ados.

Je vois tellement de choses que je vois rien. Surtout, c’est comme si personne ne me voyait. » [p. 61]

Ulis n’a « rien d’autre à faire » que réfléchir à mesure que s’enchaînent machinalement les pas, dans l’ombre d’André, « petit, maigre et vieux – la soixantaine -, le visage tanné par le soleil, le cheveu gris coupé ras, il a tout du militaire à la retraite » [p. 43]. Comme on dit chez nous, « aussi sympathique qu’une porte de grange ».

Un jour de mars (ils sont tous pareils)

Aujourd’hui, j’ai le cœur qui traîne derrière mes pieds. Je sais, l’image est bizarre, mais je n’en ai pas d’autre pour décrire ce que je ressens. J’ai plus de vie, plus d’avenir, je sais pas si je retournerai un jour chez moi, et je n’ai plus d’amis. Autant dire que j’ai envie de me foutre en l’air. Oh ! ça ne serait pas difficile, on longe le RER, il suffirait que je saute… » [p. 77]

Ulis en veut à la terre entière : « sa » juge, André, Noah (!), ses anciens amis qui semblaient pourtant prendre tellement de plaisir à rire aux dépens de Noah et qui lui ont maintenant tourné le dos, ses parents – un père macho qui trompe allègrement sa femme avec le consentement tacite de celle-ci ; une mère « terne »… mais bleue de son mari -, ceux qui n’ont eu de cesse de ne voir en lui que son teint « halé »…

Ne trouvent grâce à ses yeux que Colombe, sa jeune sœur -« je savais pas que Colombe serait comme un soleil pour moi » [p. 104] – ainsi que Léonie, une adolescente dans la même situation que lui et partie marcher vers d’autres contrées…

J’ai beaucoup apprécié ce récit qui, par petites touches, relate le cheminement (!) de la pensée d’Ulis, dévoilant par la même des pans de son passé dont il n’avait pas/plus conscience. Ce sera aussi l’occasion de découvrir le passé de certains des protagonistes qui gravitent autour de lui.

Cerise sur le gâteau : point de « guimauve », on n’est pas au pays des Bisounours où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

Un grand merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

Lucia, Bernard Minier

Présentation. À l’université de Salamanque, un groupe d’étudiants en criminologie découvre l’existence d’un tueur passé sous les radars depuis plusieurs décennies et qui met en scène ses victimes en s’inspirant de tableaux de la Renaissance.

À Madrid, l’enquêtrice Lucia Guerrero trouve son équipier crucifié sur un calvaire et se lance sur les traces de celui que l’on surnomme le « tueur à la colle ».

Tous vont être confrontés à leur propre passé, à leurs terreurs les plus profondes et à une vérité plus abominable que toutes les légendes et tous les mythes.

Mon avis. Je me suis encore une fois laissé happer…

Le ton est donné dans le prologue : une scène de crime découverte sous une pluie diluvienne par l’enquêtrice qui sera au centre de ce roman, Lucia Guerrero – la bien nommée -. Celui qu’elle découvre crucifié sur le site d’un calvaire n’est autre que son coéquipier et ami (très) proche, le sergent Sergio Castillo Moreira. Tous deux appartiennent à « l’Unité centrale opérationnelle : l’élite des services de police judiciaire de la Guardia Civil » [p. 15]

« Il pleuvait si fort qu’il lui fallut s’approcher encore et traverser les voiles liquides pour commencer à distinguer la statue – celle qui était beaucoup plus pâle.

Lucia la regardait.

L’espace d’un instant, l’image lui en rappela une autre – et elle en fut glacée.

Puis elle ouvrit la bouche. Un cri muet bloqué dans sa gorge quand la réalité de ce qu’elle voyait lui sauta au visage. Non, ce n’était pas possible, ce n’était pas vrai : ça ne pouvait pas être lui… » [p. 17]

Première partie : Lucia. L’enquête s’annonce difficile lorsque la Guardia Civil réalise que le principal suspect, très vite appréhendé, Gabriel Schwartz, souffre d’un trouble dissociatif de l’identité, autrefois appelé trouble de la personnalité multiple…

« Schwartz avait maintenant les yeux fermés. Lucia le scruta. Son visage ne trahissait plus la moindre expression. Un masque de cire. Comme s’il dormait. Soudain, il rouvrit les yeux, la faisant sursauter. Lucia vit un tel éclat de fureur les traverser, suivi d’une lueur si dure, si viscérale, à l’orée incandescente de son regard, qu’elle se raidit instantanément sur sa chaise.

– Tu sais qui je suis ? dit une voix plus basse, plus profonde, pleine de morgue et d’arrogance.

Lucia hésita :

– Ricardo ? » [p. 34 – 35]

Deuxième partie : Salomón. Parallèlement, on découvre Salomón Borges, criminologue chargé de cours à l’Université de Salamanque. Il est à la tête d’un petit groupe d’étudiants très doués, triés sur le volet, qui ont mis au point DIMAS, un « outil informatique révolutionnaire » qui facilitera grandement les enquêtes des forces de police, à condition qu’il soit reconnu comme tel et financé.

« DIMAS a trouvé quelque chose. […]

– Trois affaires, dit Ulysses Jones.

– Reliées entre elles par plusieurs éléments, dit Alejandro Lorca.

– Trois affaires de meurtre, précisa le jeune Anglais. Et personne n’a fait le lien entre elles… jusqu’à maintenant. » [p. 65 – 71]

Les parties suivantes vont bien évidemment mettre en scène tantôt Lucia, tantôt Salomón, séparément ou ensemble.

Une belle brique qui m’a tenue en haleine d’un bout à l’autre l’espace de deux jours, avec un assassin particulièrement retors et qui prend un malin (!) plaisir à jouer avec les forces de l’ordre. Une enquêtrice torturée – comme « d’habitude » – qui excelle dans son boulot à défaut de réussir sa vie personnelle. Des dessous de l’affaire sordides. Une toile de fond « artistique ».

« – Il est évident que l’homme que nous cherchons est intellectuellement manipulateur, extrêmement doué pour le jeu d’échecs, dit-il. » [p. 294]

« Cette garde civile, Lucia Guerrero : elle ne savait pas à quel point le diable était près d’elle. » [p. 390]

Un bémol : on pressent trop vite à mon goût qui est derrière « tout cela ». Mais il va de soi que je retrouverais volontiers le personnage de la guerrière dans d’autres enquêtes…

Les Sept Sœurs, 1 : Maia, Lucinda Riley

Présentation. À la mort de leur père, énigmatique milliardaire qui les a ramenées des quatre coins du monde et adoptées lorsqu’elles étaient bébés, Maia d’Aplièse et ses sœurs se retrouvent dans la maison de leur enfance, Atlantis, un magnifique château sur les bords du lac de Genève. Pour héritage, elles reçoivent chacune un mystérieux indice qui leur permettra peut-être de percer le secret de leurs origines.
La piste de Maia la conduit au-delà des océans, dans un manoir en ruines sur les collines de Rio de Janeiro. C’est là que son histoire a commencé… Secrets enfouis et destins brisés : ce que Maia découvre va bouleverser sa vie.

Mon avis. Un moment de lecture agréable mais je pense m’arrêter là…

À force d’entendre parler de la saga des Sept Sœurs, j’ai moi aussi eu envie de la découvrir et même si j’ai passé un bon moment en compagnie de (la parfois agaçante) Maia, je ne lirai probablement pas la suite : je n’ai pas été exceptionnellement emballée.

Focus sur Maia, l’aînée des filles adoptées par « Pa Salt », milliardaire énigmatique qui vient de décéder, laissant davantage de questions que de réponses : elles ne connaissent rien de ses affaires et savent juste qu’elles ne seront pas dans le besoin – ce qui n’est déjà pas mal, soit dit en passant -.

Pa Salt a organisé funérailles et succession et a décidé qu’était venue l’heure, pour chacune de ses filles, de partir à la rencontre de ses racines. Pour Maia, « mal dans sa vie », les recherches l’emmèneront à Rio de Janeiro, occasion de plonger dans un passé qui, bien évidemment, éclairera le présent de la jeune femme.

« J’ai quitté Atlantis deux heures plus tard, après avoir pris un billet d’avion et réservé un hôtel, munie d’une valise dans laquelle j’avais jeté quelques affaires à la hâte. À bord de la vedette qui filait sur le lac, je me suis soudain demandé si je partais pour échapper à mon passé ou pour le rechercher. » [p. 118]

Ce sont les pages relatives au passé, m’entrainant de Rio – sous l’ombre du Corcovado – à Paris dans la fin des années vingt, que j’ai préférées – le présent est prévisible dès que Maia débarque au Brésil -, sur les traces de la délicieuse Izabela, amenée à côtoyer le monde artistique, féministe avant l’heure, dans un monde où on ne lui en demande pas tant…

« Brusquement, les magnifiques pierres vertes qui brillaient à son cou lui parurent vulgaires, terriblement ostentatoires. Elle n’était qu’un support sur lequel son père exhibait les signes de sa richesse… Et ses yeux s’emplirent de larmes.

– Ah, querida, ne pleure pas. Tu es très touchée, je comprends, mais tu ne dois pas te laisser déborder par tes émotions en ce grand jour.

Bel se pressa instinctivement contre sa mère et posa la tête sur son épaule, saisie par une immense peur de l’avenir. » [p. 186]

« Six semaines. C’était tout le temps qui lui restait à Paris, avant de retrouver la vie que son amie avait décrite.

Elle avait beau essayer d’envisager son avenir avec optimisme, aucune pensée encourageante ne lui venait à l’esprit ». [p. 286 – 287]

Traduction : Fabienne Duvigneau.

Titre VO (Irlande) : The Seven Sisters (2014).

Aucune bête, Marin Ledun

Présentation. Vera, coureuse de 24 heures non-stop, se souvient de sa dernière compétition, de sa rhinopharyngite et du médoc qu’elle avait pris qui contenait de l’éphédrine.
Condamnée pour dopage, elle a dû ronger son frein hors du circuit pendant huit ans. Aujourd’hui, elle revient, et sa rivale est toujours l’Espagnole Michèle Colnago. Mais cette année, Michèle a décidé de profiter de l’épreuve pour se débarrasser de la pression masculine. Une course à bout de souffle, oppressante, dont l’issue ne se joue pas uniquement entre les athlètes.

Mon avis. Un récit court (120 pages), percutant, et qui dénonce le patriarcat…

Le lecteur suit – de son fauteuil – Vera, une coureuse qui renoue avec la compétition de 24 heures non-stop après une suspension de huit longues années : elle a été accusée de dopage suite à la prise d’un médicament contenant de l’éphédrine…

Elle veut (se) prouver qu’elle n’est pas définitivement hors course (!), qu’elle est capable de rivaliser avec les hommes alors qu’elle est contrainte de subir leur loi au quotidien : au travail, dans le sport et, dans une moindre mesure, dans son couple…

« Sidérée, Vera avait contemplé le rejeton métallique étrange pendant de longues secondes en se demandant si elle, l’ouvrière, serait un jour capable de se révolter comme venait de le faire la machine. Plus tard, le technicien venu inspecter les dégâts et réparer l’engin lui avait tendu la chose en gloussant d’un air imbécile :

– Tiens, c’est gratuit, profites-en et fais-toi du bien !

L’allusion était si grotesque, si pitoyable, et le tutoiement si condescendant que Vera avait hésité un instant entre le rire et la colère. » [p. 23 – 24]

« Oubliez enfin le monde merveilleux et ultra-normatif du grand barouf publicitaire sportif et place au monde ultra-réaliste des ultra-endurants.

Place aux corps imparfaits.

Mieux que ça : place aux corps de madame Tout-le-Monde. Les invisibles. Ceux qu’on ne siffle pas dans la rue. Ceux qu’on ne photographie pas et qu’on ne commente pas. Place aux corps de celles qui couraient à l’âge où tout le monde arrêtait de courir. [p. 30]

Elle est en outre davantage encore confrontée au sexisme cette fois via sa propre fille et au sein de la course même.

 » – La vie ne vous fera jamais de cadeau, mes amours. On vit dans un monde d’hommes fait pour des hommes. Vous ne pourrez compter que sur vous-mêmes. Ce que vous désirez, on ne vous l’apportera jamais sur un plateau. Il vous faudra le prendre par la force. Alors, ne vous laissez jamais faire, ni par les hommes ni par personne.

– Même papa ?

– Même papa, nom de Dieu !

– Mais on l’aime !

– Justement ! Parce qu’il vous aime et que vous l’aimez, battez-vous contre tous les papas et les futurs papas de la terre et ne pensez qu’à vous ! »

Un récit sombre, qui pose un regard sans concession sur certains aspects de la société, même si je ne me suis nullement attachée aux personnages…

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Le contrat Dorian Gray, Mélanie De Coster

Présentation. En signant le contrat Dorian Gray, vous gardez l’apparence, l’énergie et la santé de vos 20 ans… jusqu’à 70 ans ! La vie rêvée dans un monde parfait.

Mon avis. Une dystopie qui suscite une réflexion très intéressante…

Nous plongeons dans un futur où les citoyens sont « fortement invités » à signer le contrat Dorian Gray, à savoir un protocole qui leur permet de conserver la jeunesse jusqu’à l’âge de 70 ans. Une fois l’échéance arrivée, le vieillissement se produit sur quelques jours…

Nous suivons l’histoire de Morane, une adolescente qui vit, recluse ou presque, dans une maison en bord de mer, en compagnie de son père, Lubin. Sa mère est « partie » depuis de nombreuses années déjà. Sujet sensible. Le prologue donne d’emblée le ton du récit :

« Je n’aurais pas dû ouvrir la porte. Lubin me l’avait répété : « Ne laisse entrer personne, Morane. Sous aucun prétexte. Pas tant que je suis en vie. » J’aurais dû prendre ses avertissements au sérieux. » [p. 5]

Elle aurait dû. Car c’est à partir du moment où elle fera rentrer la jeune fille trempée comme une soupe que leur vie va basculer car Lubin fait partie de ceux qui ont contribué à mettre au point le « traitement » ; ceux qui ont choisi de signer le contrat la « trouvent mauvaise » quand arrive l’heure du « vieillissement accéléré » ; certains haut placés verraient d’un bon œil une amélioration du traitement ; Morane doit se méfier de tous…

Chaque chapitre de la première partie commence par un article du règlement du contrat Dorian Gray, les exclus de la société rappelant les « sans-clé » de La Nuit des temps.

« Règle 25 : Personne ne sera obligé de signer le contrat. Mais ceux qui préféreront vieillir de manière ancienne ne devront attendre aucune assistance de la part de la société. » [p. 61]

Dans la deuxième partie, une phrase met en exergue les « mesures » employées pour « durcir le régime en place ».

« Note de service : Le nouveau contrat ne sera pas proposé à tout le monde, pas comme le précédent. Il est temps d’établir un classement de valeur parmi les citoyens. » [p. 163]

Un roman à proposer dans le secondaire supérieur me semble-t-il : les sujets abordés méritent indéniablement réflexion…

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

Sous mes yeux, K. L. Slater

Présentation. La confiance aveugle précède toujours le drame…

Quand Billie, huit ans, disparaît dans la forêt alors qu’il était en train de jouer au cerf-volant avec sa sœur, tous les habitants de Newstead prennent part aux recherches. Le village est sous le choc lorsqu’on retrouve son corps, deux jours plus tard.

Seize ans après le drame, Rose, qui n’a jamais pu se résoudre à quitter la maison de son enfance, mène une vie en sourdine, toujours accablée par la culpabilité : si elle ne l’avait pas quitté des yeux, son petit frère serait encore en vie. Lorsque son voisin et ami de longue date fait un malaise, Rose vole à son secours. Après la bouleversante découverte qu’elle va faire, elle n’a plus qu’une certitude : elle est en danger de mort.

Mon avis. Du suspense mais pas vraiment haletant…

Une atmosphère pesante durant tout le roman qui alterne passé et présent. Le passé, c’est la mort de Billie, le jeune frère de Rose, enlevé et retrouvé mort ; c’est aussi la relation toxique entre Rose et le malsain Gareth. Les deux faits sont d’ailleurs liés puisque Gareth a été condamné pour le meurtre du petit garçon.

« Mais avant qu’il ne puisse contourner l’importun, celui-ci l’attrapa de ses deux bras robustes.

Billy entendit alors des éclats de voix tout près d’eux. Il voulut crier, mais se rendit compte qu’il en était empêché par une main vigoureuse plaquée contre son visage.

Il commença à se débattre, à donner des coups de pied, mais il peinait à respirer. » [p. 9]

Le présent, c’est 16 ans plus tard, alors que Rose n’a jamais pu se remettre de la mort de son jeune frère, se reprochant inlassablement de l’avoir laissé seul un instant. Elle souffre de troubles alimentaires : la nourriture la rassure fugacement, elle « s’empiffre » régulièrement avant de se faire vomir. Elle doit se faire violence pour sortir de chez elle le soir tombé. Elle ressent toujours l’emprise de Gareth alors même qu’elle sait qu’il est incarcéré. En outre, la bibliothèque où elle travaille, seul endroit qui la rassure, est menacée de fermeture. Bref, elle survit.

« Certaines personnes ont hâte de quitter leur travail, mais ce n’est pas mon cas ; au contraire, je redoute l’heure de fermeture. » [p. 17]

« Je commence chaque jour en me promettant de changer, je me dis que je vais arrêter ce schéma alimentaire destructeur. Mais quelque chose au fond de moi est brisé, et je finis toujours par rechuter… Quand vient le soir, le premier espoir de la journée n’a pas abouti, et je me remets à me détester. » [p. 39 – 40]

« Les deux minutes de marche qui me séparent de de la maison me paraissent une éternité.
Alors que mon cœur s’emballe, et bien que je sois absolument certaine qu’il n’y ait rien à craindre dans les parages, j’avance les yeux rivés au trottoir. Je commence à me calmer un peu quand les contours de la maison ouvrière dans laquelle je vis se dessinent à l’horizon. Ce qui m’est familier me rassure, j’en ai besoin. » [p. 45]

Ce « fragile (dés) équilibre » est mis à mal lorsque Ronnie, le vieux voisin dont elle s’occupe régulièrement, fait un malaise et est emmené à l’hôpital. Elle décide de nettoyer et ranger la maison de ce dernier et c’est à cette occasion qu’elle découvre un objet susceptible de remettre en cause les conclusions de l’enquête relative à la mort de Billie…

Le récit alterne passé et présent, l’un éclairant l’autre. J’étais avide de savoir vers qui la découverte de Rose allait m’emmener, même si ses décisions étaient parfois difficilement compréhensibles.

J’ai apprécié cette lecture mais j’ai trouvé la fin vraiment abrupte, non pas parce que le coupable est inattendu – ce n’est nullement un souci bien sûr -, mais parce que tout se dénoue en deux coups de cuillère à pot.

Traduction : Florence Moreau.

Titre VO (anglais GB) : The Mistake (2017).