Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

Vous pouvez effectuer une recherche par auteur et/ou titre via le cadre dédié, en haut à droite.

Pour écrire un commentaire, cliquer sur le lien du billet que vous souhaitez commenter et vous aurez accès au cadre adéquat.

 

Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

487036 visites.

Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

 

Barjoland, Jean-Luc Luciani

Présentation. L’univers de Damien bascule le jour où il apprend, d’une part, que les Américains ont élu Donald Trump à la tête des États-Unis et, d’autre part, que sa mère envisage de refaire sa vie avec un psy qui anime une émission de radio destinée aux adolescents.

Entouré de ses amis proches, des lycéens connectés en permanence, il va tout faire pour tenter de discréditer le psy aux yeux de sa mère… jusqu’à commettre l’acte de trop et frôler la folie à son tour.

Mon avis. Un départ intéressant… mais une ligne d’arrivée trop proche à mon goût…

Fin 2016. Treize actes composent ce récit qui se focalise tantôt sur Damien, tantôt, dans une « moindre » mesure, sur Gallois, le professeur d’histoire-géo de l’adolescent. L’actualité « commune » à ces deux-là : l’élection de Trump à la tête des États-Unis.

Damien souffre profondément de la perte de son père, décédé depuis quelques années, alors quand il rencontre le « psy » avec lequel sa mère envisage de « faire un bout de chemin », il n’a de cesse de faire « capoter » ce « charmant projet ».

Or « si la moitié de la plus grande démocratie du monde a voté Trump, ça les dédouane pour leurs actions futures.

   Damien comprend qu’il pourra faire n’importe quoi, personne ne lui en tiendra rigueur. Quelle que soit l’action entreprise, ce ne sera que du pipi de chat en comparaison de ce qui s’était passé là-bas. » [p. 29]

CQVD : Ce Qu’il Va (s’ingénier à) Démontrer.

Quant à Monsieur Gallois, il tient (enfin) l’occasion de (tenter de) faire réfléchir ses élèves sur les implications de cette élection.

   « – Croyez-moi, jeune homme, l’élection par la plus grande démocratie au monde d’un homophobe, pro-armes, climatosceptique, misogyne, populiste et raciste, ne me donne pas vraiment envie de rire. » [p. 23]

Le retour de flamme sera à la hauteur de son indignation et du sentiment d’inutilité qui le submerge, lui qui « aurait tant aimé, pour une fois, se sentir vivant » [p. 27] : il est convoqué illico presto dans le bureau du proviseur de ce lycée privé où il est (fortement) recommandé de « rester dans les clous ».

Or « il n’est plus sûr de rien. Sauf d’une chose. Il a assez renoncé comme ça. » [p. 49]

Le cheminement de l’un et l’autre est intéressant à suivre, mais là où le bât blesse – ce n’est que mon avis -, c’est lorsque Damien « pète les plombs » : les conséquences se « déroulent » en deux coups de cuillère à pot alors que cet épisode aurait mérité, me semble-t-il, plus ample développement. J’aurais aimé également cheminer plus longtemps aux côtés du (touchant) professeur…

Merci aux éditions Le Muscadier pour ce partenariat.

J’irai tuer pour vous, Henri Lœvenbruck

Présentation.

Je suis la balle dans votre fusil.
C’est vous qui tirez, c’est moi qui tue.

1985. Alors que Paris est frappé par des attentats, Marc Masson, un déserteur, est rattrapé par la France. Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État. Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne…
Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ? Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ?
Des terrains d’opérations jusqu’à l’Élysée, des cellules terroristes jusqu’aux bureaux de la DGSE, Henri Lœvenbruck raconte un moment de l’histoire de France – qui résonne particulièrement aujourd’hui – dans un roman d’une tension à couper le souffle.

Mon avis. Un « roman » à lire. Un coup de/au cœur…

Je suis la balle dans votre fusil.
C’est vous qui tirez, c’est moi qui tue.

Deux phrases qui expriment tout. Y compris l’indicible. Cet indicible qui, pourtant, occupe toute la place…

Focus sur Marc Masson, mercenaire en « mission » en Argentine pour une société privée après avoir fui la France. Officiellement déserteur. Officieusement baroudeur. Ou l’inverse…

   « Marc, les mains croisées devant la taille, mais tous les sens en éveil, se mit légèrement en retrait, à l’exact opposé de son binôme, prêt à intervenir. Il avait déjà analysé machinalement toute la scène, le nombre approximatif de protagonistes, la configuration des lieux, les endroits où s’abriter, les itinéraires d’évacuation possibles… […]

À la première rencontre, on voyait aussitôt dans les yeux de Marc Masson que c’était un homme qui avait connu la mort, et qui l’avait donnée. Il avait dans le regard cette lueur triste et grave, cette sapience silencieuse, cette assurance sombre, celles des gens qui connaissent sur la vie et sur la mort ces choses crues que la plupart des hommes n’ont pas envie de connaître. La douleur, la violence et la finitude. » [p. 15 – 16]

Le « souci », c’est que le jeune homme ne s’en tient pas forcément toujours à la mission qui lui a été assignée. C’est ainsi que les choses vont « déraper », « juste » parce qu’il a regardé « la mère et la fille, recroquevillées de l’autre côté de la cellule » [p. 18].

Ce « malencontreux épisode » va conditionner à jamais l’existence du jeune homme puisque, conséquence inattendue, il sera par la suite recruté par la DGSE, la Direction Générale de la Sécurité Extérieure et cela, dans un contexte historique tendu : une vague d’attentats particulièrement meurtriers à Paris, couplée à la détention des otages français au Liban: des noms et des visages que personne n’a pu oublier… Quel travail de documentation le récit a-t-il dû demander !

Après un entrainement particulièrement intensif (!), à tous points de vue, Marc Masson se mue en Matthieu Malvaux, ou plus exactement il devient Matthieu à Paris tandis qu’il demeure Marc à Lyon ; Matthieu « l’invisible » lors des missions « inavouables » qui lui sont confiées vit « en binôme » avec Marc, chauffeur poids-lourd, en couple avec Pauline, la jeune libraire qui, peut-être, l’aidera à exorciser ses démons. Peut-être.

   « Parfois, les Services peuvent avoir besoin de voir disparaitre une personne qu’on ne peut pas… neutraliser autrement. […]

    – Qui donne l’ordre ?

    – Officiellement, personne. La règle d’or, c’est qu’il ne peut exister aucune trace entre vous et nous. Mes collègues ne connaitront même pas votre identité. […]

    – C’est une histoire de confiance, Marc. Vous resterez entièrement clandestin. Des identités fictives, pas de consigne écrite, pas de rapport, pas de comptabilité, mais surtout, pas de protection : si les choses tournent mal, on ne peut évidemment pas invoquer les conventions de Genève sur ce type d’action. Les agents clandestins sont tout seuls, point final. En cas de problème, les Services ne s’impliqueront jamais. » [p. 202 – 203]

À cet égard, les pages relatant son « séjour en Autriche » sont poignantes.

    « Pas de dommage collatéral, avait exigé Masson le jour même où il avait accepté de suivre sa formation.

    Il se frotta le visage, luttant contre la panique. C’était seulement sa deuxième mission, et il se retrouvait déjà au-devant d’une possible catastrophe. Son pire cauchemar menaçait de se réaliser devant ses yeux. »  [p. 434]

Indépendamment du « personnage » principal, il en est un autre qui retient particulièrement l’attention : Olivier, « l’officier traitant » de la nouvelle recrue, à la fois acteur de l’ombre et de la lumière. Entre ces deux-là se noue, à l’encontre des principes autorisés, une relation particulière.

Le récit est régulièrement entrecoupé d’extraits du carnet rédigé par le jeune homme, carnet dans lequel il « dépose » ses pensées les plus intimes, ses doutes, ses interrogations, ses craintes. Des pages qui lèvent un coin du voile sur une personnalité complexe et profondément révoltée par l’injustice, quelle qu’elle soit.

   « La solitude ne m’a jamais dérangé. Elle est un reposant exil où s’extraire des regards, et il faut souvent être seul pour être vraiment libre, ou au moins pour penser librement. […]

    Néanmoins, chaque fois que j’ai eu un ami, je lui ai tout donné. Tout, comme si c’était une évidence. En amitié, ce qui n’est pas donné est perdu. Cela a toujours été mon exigence. L’homme pour lequel je ne serais pas prêt à mourir, je ne serais pas digne de me dire son ami. » [p. 178]

Le dernier extrait est sublime et a embué mon regard…

   « Ce roman est inspiré d’une histoire vraie, celle d’un agent clandestin français. Il est le fruit de longs mois d’entretien avec celui-ci, et avec certains de ses anciens « collègues ». Dans un souci de confidentialité, le contexte historique de son incroyable parcours a été transposé de quelques années, lors d’un autre épisode singulier de notre histoire, et la vie privée des personnages a été en partie romancée. Certains noms et lieux ont été modifiés.

   À travers le récit de cet homme de l’ombre, c’est à tous les soutiers de la gloire – ceux que l’histoire ne retient jamais et qui donnent pourtant à notre liberté le prix de leur propre vie – que ce livre a voulu rendre hommage, ainsi qu’à toutes les victimes d’attentats, de quelque pays qu’elles soient. » [Avant-propos]

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat ; si j’ai beaucoup aimé Nous rêvions juste de liberté, j’ai adoré J’irai tuer pour vous. Je vous le recommande. Assurément.

Like a Love Story, Abdi Nazemian

Présentation. New York, 1989.

La ville est tapissée de posters d’Act Up, et la communauté homosexuelle vit sous la menace du sida. C’est dans ce climat que Reza, Judy et Art vont se rencontrer, s’aimer et vivre l’année la plus décisive de leur vie.

« Nous aimons l’art et la beauté.

Nous aimons les idées nouvelles et repousser les frontières.

Nous aimons les hommes, les femmes, les hommes qui s’habillent

en femmes et les femmes qui s’habillent en hommes.

Mais, surtout, nous nous aimons les uns les autres.

Nous sommes frères et sœurs, maîtres et élèves,

et, ensemble, nous sommes un tout infini.

Le mot le plus important de notre histoire sera toujours l’AMOUR.

C’est pour cela que nous nous battons.

                                                                                   C’est ce que nous sommes.

L’amour est notre héritage. »

Couverture Like a love story

Mon avis. Coup de cœur/au cœur…

Trois destins qui se confrontent et se (dé)lient : Reza est un adolescent iranien qui vient d’arriver à New York ; il se sent attiré par les garçons mais se refuse à céder à son penchant car il associe homosexualité au sida et par là même, à la mort.

   « Je le sais depuis que nous avons quitté l’Iran et atterri à Toronto. J’avais onze ans et je ne connaissais rien au monde. Mais je savais que mon père ne changerait jamais et que ma mère avait enfin trouvé la force de le quitter. Il y avait autre chose que je savais également, quelque chose que j’avais compris la première fois que j’étais allé nager avec d’autres garçons et que l’un d’eux avait perdu son maillot. J’avais compris que j’étais attiré par les garçons, j’avais envie de les toucher, de les serrer dans mes bras, de sortir avec eux. Alors j’avais dissimulé cette pensée, je l’avais ensevelie en moi. Elle était en sécurité à l’intérieur de moi. » [p. 14]

   « Il faut que je vive, et pour vivre, je ne peux pas, sous aucun prétexte, être ce que je suis. » [p. 20]

Reza fait la connaissance de Judy qui, passionnée de mode, crée déjà elle-même ses propres vêtements. La jeune fille admire profondément son oncle Stephen, atteint du sida, un des membres du collectif Act Up qui milite activement pour que les homosexuels disposent des mêmes droits que les hétérosexuels face à la maladie.

Judy est très proche de son (seul) ami Art – Bartholomew Emerson Grant VI -, adolescent qui affiche ouvertement son homosexualité au lycée, mais dont les parents « friqués » refusent d’accepter l’orientation sexuelle.

   « Elle et moi, on n’a pas conclu de pacte d’abstinence ni rien, malgré les fortes recommandations de nos parents et de notre prof d’éducation sexuelle. C’est simplement la réalité de la situation : il n’existe AUCUNE perspective romantique pour nous en ce monde. Par conséquent, nous sommes tout l’un pour l’autre. Je suis le seul gay de notre lycée et Judy n’est pas vraiment le genre de fille qui intéresse la plupart des garçons, même si elle a déjà eu des vues sur certains. Moi, bien sûr, je la trouve magnifique. Le parfait mélange entre Cyndi Lauper et un tableau de Botero. Mais comme elle le dit souvent, que des garçons gays la trouvent belle ne l’aide pas plus que ça. Elle a également le droit de faire des blagues sur le sida parce que son oncle Stephen a le sida et plaisante dessus tout le temps. Il dit qu’il est trop proche de la mort pour ne pas en rire. » [p. 23]

Reza est très attiré par Art ; Judy est très attirée par Reza ; Art est très attiré par Reza. Au milieu, des amitiés à (tenter de) préserver…

J’ai tout apprécié dans ce récit : la « peinture réussie » d’une époque où le sida est la maladie de la honte, liée à l’homosexualité, et mène à la mort à plus ou moins brève échéance ; les revendications « nécessaires » du collectif Act Up ; les personnages : le trio des adolescents, pétris d’idéaux mais parfois obligés de « composer avec la norme » pour (essayer de) rebondir, ainsi que les adultes : je pense entre autres à Stephen ou aux parents de Judy ; les sentiments des uns et des autres, tantôt partagés, douloureux, ambivalents, excessifs, autrement dit la complexité de l’être humain ; l’émotion qui m’a fait verser quelques larmes…

Un léger bémol : des constructions de phrases parfois maladroites.

Traduction (USA) : Georges Content.

Titre VO : Like a Love Story (2019).

Un grand merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

Secrets de petites bêtes, Emmanuelle Figueras, Alexander Vidal

Présentation.

Au beau milieu de la campagne,

qui donc se cache dans les herbes et les buissons ?

Qui a tissé cette jolie toile ? Qui butine les fleurs sucrées ?

Qui virevolte au-dessus de la rivière ?

La vie des petites bêtes ressemble

à une grande partie de cache-cache.

Sauras-tu en percer les secrets ?

Couverture de « Secrets de petites bêtes »

Mon avis. Un album de toute beauté !

De superbes illustrations qui font en outre la part belle au découpage : bon nombre de planches présentent des « petites bêtes » telles que abeilles, araignées, papillons, fourmis… à travers le prisme de pages superposées finement découpées, tout en donnant des informations sur chacune de « petites bêtes » mises en évidence.

   « Quelle activité dans la ruche ! Reconnaissable à sa grande taille, la reine pond des œufs. Ils donneront des larves qui deviendront des abeilles… Autour d’elle, des abeilles bâtisseuses construisent des alvéoles pour y ranger les œufs et le nectar qui se transformera en miel. Des ménagères nettoient les alvéoles, pendant que des nourrices alimentent les larves avec du pollen et du miel. »

 

Collection : Documentaires 6 ans et + (Milan).

Un grand merci aux éditions Milan pour cette magnifique découverte.

Chère petite sœur, Alison McGhee, Joe Bluhm

Présentation.

J’ai fait la liste ce qui est INSUPPORTABLE chez toi :

– tu me colles,
– tu pleurniches,
– tu as des couches qui puent,
– tu veux TOUT LE TEMPS que je te lise le même livre.

Bref, tu es casse-pieds. Alors j’ai décidé de t’écrire, en espérant que ça t’aidera à devenir aussi GÉNIALE que moi plus tard.

Mais pour l’instant, c’est pas gagné…

Ton frère qui t’aime.

Ou pas.

Couverture Chère petite soeur

Mon avis. Un bel album qui met le doigt où cela peut parfois « faire mal » lors de l’arrivée d’une petite sœur dans la famille – cela aurait tout aussi bien pu être un frère -.

Le « grand frère » a huit ans lorsqu’il voit débarquer dans son quotidien une petite sœur qui « chamboule » tout. Il se voit contraint par ses parents de dessiner et d’écrire de temps à autre un « petit mot » dans l’album de naissance de la nouvelle venue.

   « Chère petite sœur,

Tu as trois mois. Pour fêter ça, ils m’ont demandé d’écrire un petit mot dans ton album de naissance.

Voilà, j’ai fini !

Signé : Ton grand frère

PS : J’ai signé « ton grand frère » et pas « ton grand frère qui t’aime » parce que je ne sais pas si je t’aime.

L’avenir nous le dira. » [p. 13]

Le ton est donné d’emblée : que ce soit à travers ses dessins ou ses textes, le grand frère raconte ce qu’il ressent – ou ne ressent pas – à l’égard de « l’intruse » et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est loin d’être la bienvenue… Et lorsque son meilleur ami déménage, il a davantage de mal encore à supporter la « chère casse-pieds/chère rapporteuse/chère pleurnicheuse »…

Durant une dizaine d’années, il relatera ses « déboires » avec sa sœur, jusqu’à ce que… peut-être… (?), un jour… (?), les « choses » évoluent… Ou pas ?

J’ai beaucoup apprécié ce petit album illustré « à la manière d’un enfant », avec une belle police aérée qui devrait ravir les jeunes lecteurs.

Traduction : Virginie Cantin.

Titre VO (USA) : Dear Sister (2018).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Je suis venu te chercher, Hervé Mestron

Présentation. Berlin 1961. David joue de la contrebasse, Tabea du violon. Ils ont tout pour être heureux, tout pour s’aimer, tout pour croire en un avenir radieux. Mais leur monde est soudain détruit par un mur qui s’élève entre eux. Un vrai mur de pierre qui sectionne la ville en deux. Pour rejoindre celle qu’il aime, David doit trouver un moyen de franchir cette muraille gardée par des soldats. […]

Couverture Je suis venu te chercher

Mon avis. Une réflexion adolescente sur Le Mur…

David et Tabea sont amoureux et la musique les rapproche : la contrebasse pour l’un, le violon pour l’autre. Du jour au lendemain, l’Histoire les sépare sans que rien ne l’ait laissé présager : comme bon nombre de Berlinois, ils se retrouvent chacun d’un côté du Mur, si près l’un de l’autre. Et tellement loin…

   « Peu à peu, on se relève, groggy, hébétés. C’est la folie totale. Les gens, pareils à des bêtes hystériques, cherchent à s’échapper de l’enclos. Il se grimpent dessus pour atteindre les passages que les barbelés n’ont pas encore bouchés. Ceux qui réussissent à franchir la zone de démarcation se mettent ensuite à courir, sitôt le pied posé dans la zone ouest. Mais, très vite, des coups de feu éclatent. L’amée tire à vue sur les fuyards comme sur des lapins. Les soldats sont des robots sans âme, fusil braqué en permanence sur la population. On fusille avec de vraies balles. Parmi les cadavres, je reconnais mon prof de math, avec une grosse tache rouge sur sa chemise blanche. » [p. 14 – 15]

David se retrouve côté est et raconte son « immersion forcée » dans une autre vie, où tout ce qui s’apparente de près ou de loin aux USA est abhorré, banni, combattu. Il relate sa souffrance, l’uniformisation, son avenir désormais « décoloré », la suspicion, la délation… Le skateboard aussi, dont le nom ne peut être prononcé, pratiqué à l’aide de planches fabriquées de bric et de broc.

   « Maintenant, ici, en RDA, tout le monde se méfie de tout le monde. » [p. 30]

   « Elle doit penser que j’abandonne, que je l’abandonne. De ce côté-ci du mur, il est interdit de manifester son amour pour la vie. » [p. 54]

Si j’ai beaucoup apprécié découvrir la réaction et les émotions de David face à cette « décision historique », j’ai moins aimé la fin abrupte ; elle aurait pu être, me semble-t-il, plus amplement développée. Cela n’enlève cependant rien à la qualité de la réflexion.

Merci aux éditions Le Muscadier pour ce partenariat.

Soriba et les animaux musiciens, Souleymane Mbodj, Jessica Das

Présentation. Rien ne va plus à Doumbélane.

Les animaux ont décidé d’apprendre à faire de la musique.

Seulement voilà, chacun veut jouer plus fort que son voisin.

Quelle cacophonie ! Par chance, les apprentis musiciens rencontrent Soriba, un jeune virtuose…

Un conte musical de Souleymane Mbodj, pour initier petits et grands à la musique et aux instruments traditionnels africains.

Soriba et les animaux musiciens

Mon avis. Un album très coloré, illustré par Jessica Das, au service de la musique…

Soriba a un don incroyable pour la musique ; un jour, il sauve une tortue empêtrée dans un filet de pêche. En guise de remerciement, la tortue, devenue princesse, lui offre une cruche musicale magique, l’udu

C’est le point de départ d’une histoire qui met en exergue divers instruments musicaux africains – présentés à la fin -, au sein d’un orchestre qu’il s’agira de discipliner.

Le conte peut être lu et/ou écouté : l’album est en effet accompagné d’un CD racontant l’histoire de Soriba lue par Souleymane Mbodj lui-même ; celui-ci chante également La chanson de Soriba, qui reste aisément en tête. Un lien renvoyant à la version MP3 est en outre renseigné.

   « Ce que le cœur dit en musique, l’oreille l’entend… » [p. 35]

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

Si tu meurs, n’oublie pas, Ingrid Thobois

Présentation. Tous les étés, deux cousins se retrouvent au bord de la Bléone. Yann, 18 ans, mention très bien au bac, fou-amoureux du Japon et Alex, 15 ans, mauvais élève, geek assumé et pas vraiment certain de vouloir devenir adulte.

Mais ce 15 août, leurs vies basculent. Quand Alex se réveille, Yann n’est plus là… Et pourtant Alex sent sa présence.

Couverture Si tu meurs, n'oublie pas

Mon avis. De la douloureuse réalité du deuil…

Alexandre, 15 ans, est profondément lié à son cousin Yann, 18 ans. Chaque été les deux familles se retrouvent pour les vacances, avant que chacun s’en retourne vers son quotidien.

   « Vingt-six mois d’écart, c’est peu et beaucoup à la fois. Mais ni sa maturité, ni sa passion pour le Japon n’avaient réussi à nous éloigner. Yann m’aimait. Il adorait passer du temps avec moi. Je le sais. Ça se voyait. Ça se sentait. Et ce malgré toutes nos différences. Ou peut-être parce qu’on était si différents : lui, bosseur et sûr de lui, focalisé sur son projet, moi, glandeur et rongé de timidité, des hormones en guise de neurones. N’empêche qu’on avait plein de choses à partager et à se raconter, l’été, à Digne-les-Bains, lorsqu’on se retrouvait pour ne plus se quitter d’une semelle, deux mois durant, tandis que les parents et les jumeaux vivaient leur vie.

  À moins que… ? » [p. 14]

Alors que Yann fête ses 18 ans, c’est le drame : « un peu trop » d’alcool, « un peu trop » de fumette, « un peu trop » de vitesse, et Yann perd la vie dans l’accident ; Alexandre en réchappe. Physiquement du moins. Car le manque de Yann prend désormais toute la place dans la vie de l’adolescent qui perd pied…

Le récit relate la souffrance d’un Alexandre dévasté, qui n’arrive pas à garder la tête hors de l’eau suite au décès de son cousin ; « pire », il semble découvrir, aux sens propre et figuré, des facettes insoupçonnées de Yann…

   « Yann, c’était un frère avant d’être un cousin. » [p. 19]

   « De toute façon, depuis le 15 août dernier, je n’ai qu’une seule préoccupation qui prend la forme d’une question : pourquoi Yann, et pas moi ? Pas faim. Pas sommeil. Pas envie de sortir. Pas envie de bouger. Pas envie de parler. Au lycée, les profs savent, alors ils me fichent la paix. Les copains se tiennent, eux aussi à distance, comme si la mort, c’était contagieux. » [p. 25]

   « Yann se trouvait devant moi. Yann, en chair et en os, vêtu de sa chemise d’été qui faisait mal aux yeux, celle qu’il avait mise pour aller en boîte, avec laquelle il était mort, celle qu’il porte sur la dernière photo de nous deux. […]

   J’ai crié. Un son inarticulé. Les larmes ont jailli de mes yeux. J’ai fait volte-face pour m’enfuir, mais Yann me tenait fermement le poignet. » [p. 52 – 53]

J’ai apprécié cette lecture, même si je suis restée quelque peu sur ma faim : j’aurais apprécié une « exploration » plus fouillée du sujet.

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

L’espionne se croit tout permis, Marie-Aude Murail et Frédéric Joos

Présentation. À l’école, Romarine et ses copains rivalisent d’imagination pour leur club d’espionnage. Pendant que les garçons se fabriquent des permis de faire des choses interdites, Romarine a une meilleure idée : traquer les antiespions en antimatière venus de l’antimonde, comme dans le livre de son frère Noël. Et si les CM2 étaient parmi eux ?

L'espionne qui se croit tout permis, de Marie-Aude Murail, illustrations de Frédéric Joos

Mon avis. Une aventure de Romarine et ses amis qui fait la part belle à l’imagination…

Romarine découvre dans L’Antimonde, le livre que lit son grand frère Noël, matière à mettre du piment dans sa vie scolaire sur fond d’univers parallèle et de faille spatio-temporelle. Ses amis, quant à eux, se lancent dans la fabrication de « permis à faire des choses interdites ».

   « – Ah oui ! s’est exclamé Emmanuel, qui, pour une fois, a compris plus vite que les autres. Moi, je vais me faire un permis de tricher, par exemple aux billes.

   – Moi, a dit Grégory n° 2, je vais me faire un permis d’embêter les filles. »

Testé et approuvé : j’ai demandé à ma filleule (8 ans) de lire cette histoire et de me donner son avis : d’une part, elle a pris beaucoup de plaisir à découvrir le fil conducteur des permis ; en outre, elle a été très émue à la fin du récit – ouverture vers la suite ? -.

Notons que le livret se termine par un « carnet d’espionnage » et qu’il est possible d’accéder, via le Net, à la version audio lue par Marie-Aude Murail elle-même.

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

Mon grand livre d’éveil tactile, éditions Tourbillon

tactile4

Un superbe grand livre en tissu qui fait entrer le bambin dans l’univers des sensations liées au toucher.

L’abeille qui se niche à l’intérieur d’une pochette sur la couverture a tout loisir d’entrer dans le livre afin d’en explorer les pages colorées ; elle peut également soulever l’un ou l’autre pan de tissu pour s’y cacher. Surfaces lisses, granuleuses, grillagées, « ouatées », crissantes… se disputent harmonieusement l’espace .

Un bel objet qui devrait stimuler la curiosité des tout-petits.

tactile3

tactile2

tactile1

Merci aux éditions Tourbillon pour ce partenariat.