Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

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Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

487036 visites.

Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

 

À la vie !, L’Homme étoilé

PrésentationAvec Roger, l’Homme étoilé met une claque à la maladie sur les sons endiablés des tubes de Queen. Avec Mathilde, il apprend à parler le suédois, Edmond lui lance un véritable défi gastronomique et Nanie finit par l’adopter, en parfaite nouvelle grand-mère.

Dans ce roman graphique plein d’humanité, émouvant et drôle, l’Homme étoilé, l’infirmier aux plus de 100 000 abonnés sur Instagram, raconte la vie aux soins palliatifs avec douceur, pudeur, amour et humour.

Couverture A la vie !

Mon avis. À lire, à offrir… sans modération…

J’ai découvert cet ouvrage de « L’Homme étoilé » par hasard, via une capsule de Konbini, je me suis abonnée illico presto à sa page Instagram et ai acheté tout aussi vite son livre, pressentant que je « devais » le lire. Bien m’en a pris…

L’ouvrage porte si bien son titre, À la vie ! car s’il est vrai qu’il relate de manière superbement illustrée des épisodes du quotidien dans une unité de soins palliatifs, il est bien question ici de tranches de vie. Même si celles-ci conduiront à la mort. Inéluctablement. Pourtant, en attendant/redoutant/espérant l’inévitable, la vie est « bel et bien » présente. Et Xavier œuvre pour adoucir/colorer/illuminer les derniers moments de « ses » patients…

« En fait, t’es un marshmallow coincé dans une armoire à glace !! » [p. 35]

Personnellement, j’ai surtout été touchée par les histoires de Mathilde, la jolie « Suédoise » ;

[p. 45]

Marie avec qui « le courant ne passe (décidément) pas » (du tout) ;

[p. 68]

la pétillante Nanie, qui « adopte » d’emblée le jeune homme ;

[p. 98]

Edmond qui initiera Xavier à des expériences « culinaires » originales ; 

[p. 122]

ou encore Christine…

[p. 158]

[p. 158]

Une pensée toute particulière pour Joëlle en lien avec cette lecture…

Vindicta, (Sire) Cédric Sire

Présentation. « On entre, on prend le fric, on ressort. Personne ne sera blessé. »

Leur plan semblait sans risque. Le bijoutier ne porterait pas plainte pour ce braquage car son argent est d’origine illégale. Damien, Élie, Audrey et Driss s’imaginaient avoir trouvé la réponse miracle à tous leurs problèmes. Mais maintenant, l’irréparable est commis et un monstre vengeur est lâché à leurs trousses.

UN FLIC EN CHUTE LIBRE

Fraîchement muté dans un groupe de surveillance, Olivier est loin d’imaginer que la planque qu’on lui a assignée fera de lui le témoin clé d’un cyclone meurtrier, dans le sillage d’un tueur glacial et méthodique que rien ne semble pouvoir arrêter. Des déserts du Moyen-Orient aux villes sombres et silencieuses du territoire français, quand la vindicte est en marche, plus rien ne peut vous sauver.

UNE TRAQUE HALETANTE SECOUÉE DE FAUSSES PISTES

Pur instrument de torture et de mort, il n’a pas de nom, pas de visage, l’habitude de tuer et un cimetière de cadavres derrière lui. Mais dans cette affaire, pas de contrat. Cette fois-ci pour lui : c’est personnel.

Couverture Vindicta

Mon avis. Haletant. Épuisant. « Torturant »…

Commencer un roman de Cédric Sire – que je continue en mon for intérieur à appeler spontanément Sire Cédric -, c’est être certain(e) de passer un « bon » moment, ou plus exactement être happé dans une enquête qui engloutit tout sur son passage avec, çà et là, des passages « difficiles » (euphémisme).

Gros plan sur un quatuor désireux de « faire un coup » qui leur permettra de s’enrichir. Facilement. Proprement. En un tournemain. Oh bien sûr Audrey, la petite amie de Damien, est un brin réticente : une certaine appréhension – pour ne pas dire une appréhension certaine – la titille, mais puisque Damien ne cesse de lui répéter que c’est « du tout cuit »…

   « Audrey peine à se l’avouer, elle joue les dures, mais sous la surface, au plus profond de ses tripes, elle a conscience du danger. Ce qu’il s’apprêtent à faire est fou.

   Braquer un bijoutier

   Elle ne dort pas. Ses pensées refusent de se calmer. L’appréhension. L’excitation. Le doute, malgré tous ses efforts pour ne pas le nommer ainsi. » [p. 27]

Côté flics, focus sur Olivier Salva, récemment rétrogradé dans une brigade de surveillance en raison de malversations. S’il veut ne pas ficher définitivement en l’air une carrière déjà bien compromise, il a intérêt à filer doux. Autant dire mission impossible pour cet homme de (sou)terrain…

   « Un placard.

   Salva ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Il est ici par sa faute après tout. Lui qui n’a toujours juré que par la montée au feu, les pics d’adrénaline, les résultats arrachés à force de travail au corps, les prises à partie avec les délinquants…  » [p. 62]

Pour « lier la sauce », des pages en italiques relatant les exactions (re-euphémisme) d’une unité d’élite chargée des plus viles besognes au Moyen-Orient ; un tueur dont la rigueur n’a d’égale que le « raffinement » des supplices infligés à ses victimes ; une auteure d’albums pour enfants…

Difficile de déposer le roman une fois qu’on en a tourné la première page ; difficile de rester insensible aux quatre jeunes qui – on le comprend très vite – risquent leur vie suite à la « débâcle » du braquage ; difficile de rester insensible à Salva qui ne cesse de « s’enfoncer » ; difficile de rester insensible au sort subi par les victimes, passées, présentes et futures, du tueur.

   « Il sait que, lui, ne dormira pas cette nuit. »

   Il se demande s’il dormira à nouveau un jour. » [p. 153]

   « – Au secours… gémit-il, tout en sachant que personne ne l’entend.

   Que personne ne viendra à son secours à présent.

   Il est tiré en arrière.

   La porte refermée. » [p. 260]

Quant à la fin, elle est à la hauteur du reste…

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L’ivre de mots, Stéphane De Groodt

Présentation. Par amour des mots, on sème tant, que la récolte livre parfois quelques pensées fugaces.

    C’est donc le fruit de cette cueillette que je vous propose ici, en ouvrant le bal par l’exercice de la dédicace. Mais comme il me fallait choisir celui ou celle que je souhaitais honorer de cette tradition littéraire, j’ai choisi de ne pas choisir…

    C’est ainsi que je dédie ce livre « au Goncourt qui ne l’aura pas, et réciproquement », mais aussi « à Einstein, qui m’a appris à relativiser », « au pain perdu et au plaisir retrouvé », ou encore à ces autres, couchés sur papier au « hasard du je et de l’amour ». En fait, cet ouvrage est dédié à vous. Émois…

    Après ces hommages aux intérêts divers, je me suis laissé aller à quelques pensées vagabondes. C’est donc la tête dans les étoiles, que mes idées passaient de lune à l’autre. De ces philosophes qui en font parfois tout une Montaigne, aux femmes à ventre dont je loue le courage en passant par l’histoire d’avant et Ève, ou de Molière, magnifique comédien, qui pourtant n’eut jamais de Molière.

    Ivre de mots, je vous invite à partager ces quelques vers.

    Qui mime me suive…

Couverture L'ivre de mots

Mon avis. Une exquise régalade…

Il est des livres qui faut picorer de-ci de-là car chaque phrase cisèle en quelques mots/maux une histoire.

Rien à expliquer, tout à saisir dans l’instant. L’immédiateté du jeu sur les mots et les sonorités.

Rien à (mé)dire, tout à savourer. En un délicieux cocktail poétique qui rappelle deux compatriotes du sieur De Groodt et que j’aime beaucoup aussi : l’inénarrable Jean-Luc Fonck (Sttellla) et l’excellent Jacques Sternberg.

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous ces (dé)tours…

   « À cette page blanche,

 qui ne l’est plus. » [p. 10]

   « À mon éditeur, que j’ai failli rendre éditriste

à force de trop méditer. » [p. 22]

   « À Dieu s’il existe encore.

Adieu s’il n’existe plus. [p. 35]

   « À ces joueurs de foot qui n’ont pas que 2 buts dans la vie. » [p. 55]

   « À Édouard Baer, magnifique improvisateur.

Navigateur salutaire d’entre les mots. » [p. 60]

   « À ces acteurs et actrices, qui aiment se faire photo gratifier. » [p. 73]

 

   « Le soleil est une boîte

de rayons de couleurs. » [p. 82]

   « Le temps, c’est le vent qui se lève

et balaie les jours. » [p. 85]

   « Ado, l’essence de l’adulte. » [p. 103]

   « Je gagne aux échecs, et je perds aux réussites. Cherchez l’erreur. » [p. 108]

   « Si le temps n’existe pas,

quel leurre est-il ? » [p. 119]

   « Lorsque sonne automne,

l’hiver lui prête une oreille attentive. » [p. 153]

« Je l’aime,

c’est mon

âme-heureuse. » [p. 155]

« Pour certains,

JFK n’était qu’un président à 2 balles. » [p. 185]

« Le type a lâché un vent

et puis il est parti.

Délit de fuite… » [p. 201]

« Hanouna. Telle est la réalité. » [p. 224]

Illustrations : Antoine Moreau-Dusault.

Nul doute que si j’avais pu continuer à enseigner, cet ouvrage aurait trouvé sa place dans le tiroir-du-bureau-de-ma-classe…

La glaciale chasse au yéti, Hervé Éparvier et Jean-Marc Langue

Présentation. C’est toi le héros de l’histoire !

Un soir d’hiver, tu remarques de gigantesques empreintes de pas sur la pelouse de ton jardin. Tu devines qu’il s’agit de celles du yéti, cette créature légendaire que personne n’a jamais rencontrée…

Comme tu n’as pas froid aux yeux, tu te lances à la poursuite du mythique abominable homme des neiges !

Mon avis. De quoi passer un bon moment…

Cet album appartient à la collection « La quête dont tu es le héros ». Il propose aux jeunes lecteurs – ou aux enfants accompagnés d’un lecteur adulte – d’entrer dans une histoire, en l’occurrence la chasse au yéti dont des traces de pas marquent la pelouse…

C’est parti pour l’Aventure qui entrainera l’enfant d’une page à l’autre, en fonction de l’action que lui-même décide d’accomplir.

Prends la navette qui te déposera au pied de la montage à la page 4… Ou monte sur ton vélo et pédale en suivant les traces jusqu’à la page 6.

L’enfant progresse ainsi de page en page, aux illustrations très colorées, d’un endroit à l’autre de l’album, plus ou moins longtemps selon les actions choisies, découvrant des jeux, des rébus et autres énigmes qui font la part belle à l’observation.

Si d’aventure (!) l’un ou l’autre « exercice » demeure insoluble, les solutions sont proposées à la fin de l’ouvrage.

Merci aux éditions Tourbillon pour ce partenariat.

L’Outsider, Stephen King

Présentation. PARFOIS, LE MAL PREND LE VISAGE DU BIEN.

   Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.

   Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

   Et si c’était vrai ?

Couverture L'Outsider

Mon avis. Un bon cru du King…

Le récit commence par l’interpellation de Terry Maitland en plein match de baseball, devant les spectateurs. Si l’inspecteur Ralph Anderson a décidé de procéder de la sorte, c’est parce que le crime dont on accuse l’entraîneur des Golden Dragons de Flint City est atroce : Frankie Peterson, un gamin de onze ans, a été violé avec une branche avant d’être égorgé.

   « Il vous reste une chance d’échapper à la piqûre, Terry. Pas énorme, mais elle existe. Je vous encourage à la saisir. Laissez tomber votre baratin et avouez. Faites-le pour Fred et Arlene Peterson, qui ont perdu leur fils de la pire façon que l’on puisse imaginer. Vous vous sentirez mieux. […]

   Il n’y a rien à avouer. Je n’ai pas tué Frankie Peterson. Jamais je ne ferais du mal à un enfant.  Vous vous trompez de coupable. » [p. 103 – 104]

Tous les témoins interrogés sont formels : l’enfant a été vu en compagnie de l’entraîneur. En outre, les empreintes et l’ADN sont renvoient aussi à Maitland. Même si Anderson « espérait qu’ils n’allaient pas trop vite en besogne » et même s’il « reste quelques trucs qui ne collent pas à vérifier. » [p. 19] Mais la science a parlé. Et la science est infaillible. La science est infaillible, n’est-ce pas ?

Le récit progresse avec l’inculpation effective de Maitland que l’on pressent innocent mais que tout accuse ; les choses vont s’accélérer et prendre un tournant inattendu, mais chut… il serait malvenu de trop en dévoiler…

   « Ralph était perplexe, toutes ces contradictions le rendaient fou. » [p. 187]

J’ai beaucoup aimé ce thriller mâtiné de fantastique ; en outre, les personnages sont nuancés : je pense entre autres à Anderson contraint de briser les codes qui ont régi sa vie jusque-là. Une pensée particulière pour Holly que je ne connaissais pas puisque je n’ai pas lu la trilogie de Mr. Mercedes. Je m’y plongerais bien pour retrouver ce personnage particulièrement attachant.

   « Je partirai à dix heures, déclara-t-elle. Non, neuf heures et demie plutôt, pour être sûre. » Et pour être encore plus sûre, elle utilisa son application Waze afin d’établir un itinéraire de rechange, au cas où. » [p. 305]

   « Holly se rendit à l’aéroport de Dayton. Bien que légèrement en retard, elle résista à l’envie de dépasser la vitesse autorisée. S’il y avait des lois, ce n’était pas pour rien. » [p. 372]

Comme toujours, King arrive à donner une réelle consistance aux personnalités et aux atmosphères par d’infimes détails, par exemples les réflexions – inutiles – des témoins interrogés ou la description peu ragoûtante de Jack Hoskins, policier aigri, dont l’odeur finit par assaillir les narines du lecteur…

Traduction (USA) : Jean Esch.

Titre VO : The Outsider (2018).

Complot, Nicolas Beuglet

Présentation. Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux.

Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les Forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre.

Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière. Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées. Le soupçon d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas…

Couverture Complot

Mon avis. Un « complot » qui ferre solidement le lecteur…

J’avais beaucoup aimé Le cri ; j’ai davantage encore apprécié cette « suite » qui nous permet de retrouver Sarah Geringën et Christopher Clarence alors que le couple s’est installé, en compagnie de Simon, le neveu et fils adoptif de Christopher, sur l’îlot de Grimsøya, à quelques minutes en bateau à moteur d’Oslo.

   « Sarah se laissa éblouir par les reflets ambrés et inspira une grande goulée d’air pur. Jamais elle n’aurait pu espérer retrouver une telle sérénité au cours de son existence. D’ici deux mois, elle fêterait ses quarante ans, et elle savait au plus profond d’elle qu’elle pourrait vivre là jusqu’à la fin de ses jours, aux côtés du seul homme qui lui avait redonné confiance dans la vie de couple, et même dans la vie tout court. » [p. 11]

Alors que Sarah et Christopher terminent leur jogging « revigorant » surgit un hélicoptère des Forces spéciales norvégiennes : l’expertise de Sarah est requise dans une enquête qui défrayera la chronique lorsque le nom de la victime sera dévoilé, à savoir la Première ministre. Mutilée.

Commence une enquête de longue haleine au cours de laquelle Sarah aura fort à faire pour (essayer de) démêler l’écheveau qui semble se resserrer au fur et à mesure des investigations menées. Elle sera aidée à distance par Christopher qui, parallèlement, est amené à se poser des questions sur le passé obscur (euphémisme !) de la femme de sa vie.

   « Pour la première fois de sa carrière, et probablement pour la première fois dans les annales du crime, Sarah était face à une victime qui avait tout fait pour effacer les preuves qui auraient permis de retrouver et d’accuser son assassin. » [p. 127]

Difficile d’interrompre la lecture une fois qu’on l’a commencée, d’autant que le propos sous-jacent est particulièrement interpellant : indépendamment de l’homicide initial, l’enquête se dirige effectivement vers des sentiers insoupçonnés qui suscitent la réflexion.

J’ai retrouvé avec plaisir le duo rencontré dans Le cri, même si Sarah est foncièrement agaçante par moment, avec son côté « je-ne-souris-pas-même-quand-je-me-brûle »…

   « Son comportement cassant était systématiquement perçu comme du mépris, mais Sarah n’y prêtait plus attention. Dans le cadre de son métier, elle l’avait rappelé à Christopher pas plus tard que la veille au soir, elle n’était là que pour une personne : la victime. » [p. 51]

Je lirai volontiers le troisième opus : L’île du diable.

Code 93, Olivier Norek

Présentation. Un cadavre, émasculé, qui rouvre les yeux sur la table d’autopsie. Un portable qui se met à sonner dans le corps d’un jeune toxico, mort de brûlures inexplicables. Malgré quinze ans de terrain en Seine-Saint-Denis, Victor Coste, capitaine de police, se prépare au pire.
Et que penser de ces lettres anonymes qui dessinent une première piste : celle d’un mystérieux dossier, le  » Code 93  » ?
Une piste qui, des cercles huppés parisiens aux quartiers déshérités, fera franchir à Coste les limites du périphérique, et de la raison… 

Couverture Code 93

Mon avis. Une entrée en matière efficace…

Ceci est le premier opus des « aventures » de Victor Coste, que j’ai découvert avec le troisième, Surtensions.

Focus sur Victor Coste, capitaine dans le 93, « flic » aux « résultats » probants  qui « flirte » de temps à autre avec la ligne blanche outrepassant la procédure. L’enquête dont il est chargé avec son équipe s’annonce pour le moins compliquée : ne dirait-on pas qu’un relent de « surnaturel » s’immisce dans les homicides commis ?

   « Dans une plainte aiguë et assourdissante, le mort se redressa sur ses coudes. Coste et la jeune femme se figèrent. Il tordit son cou vers l’arrière et regarda ses deux mollets ouverts, avant de tourner la tête vers l’homme et la femme, qui restaient sidérés devant lui. » [p. 29]

   « – C’est pas vous, y a trois jours, qui avez eu l’affaire du revenant ?

    Coste hocha un oui de la tête, les yeux fermés.

    – Et maintenant une combustion spontanée, vous faites dans le particulier, à la Crime, ces temps-ci ! » [p. 86]  

Il s’agira, pour Coste et son équipe, à partir d’indices ténus, de (tenter de) mettre la main sur la personne qui semble prendre un malin plaisir à « jouer » (!) avec ses victimes.

J’ai apprécié l’enquête et ses ressorts, j’ai apprécié Coste – même s’il m’arrivait parfois de le confondre avec Vauvert, le héros de Sire Cédric – et ses « acolytes » : Sam, Ronan, ainsi que la nouvelle venue en remplacement d’Aubin fraîchement muté, Johanna, qui devra tenter de se faire une place dans l’équipe. Ce n’est pas gagné…

   « La voyant pour la première fois, et de dos, Coste avait ravalé de justesse un « bonjour Monsieur », évitant ainsi une situation gênante. Elle le dépassait facilement d’une tête, les cheveux très blonds coupés en brosse avec une carrure qui lui permettait de postuler à toutes les BAC ou compagnies d’intervention du 93. Un treillis camouflage vert et un sweat en polaire noire confirmaient l’ambiguïté du personnage. » [p. 70]

Je lirai Territoires dès que l’occasion se présentera.

 

Barjoland, Jean-Luc Luciani

Présentation. L’univers de Damien bascule le jour où il apprend, d’une part, que les Américains ont élu Donald Trump à la tête des États-Unis et, d’autre part, que sa mère envisage de refaire sa vie avec un psy qui anime une émission de radio destinée aux adolescents.

Entouré de ses amis proches, des lycéens connectés en permanence, il va tout faire pour tenter de discréditer le psy aux yeux de sa mère… jusqu’à commettre l’acte de trop et frôler la folie à son tour.

Mon avis. Un départ intéressant… mais une ligne d’arrivée trop proche à mon goût…

Fin 2016. Treize actes composent ce récit qui se focalise tantôt sur Damien, tantôt, dans une « moindre » mesure, sur Gallois, le professeur d’histoire-géo de l’adolescent. L’actualité « commune » à ces deux-là : l’élection de Trump à la tête des États-Unis.

Damien souffre profondément de la perte de son père, décédé depuis quelques années, alors quand il rencontre le « psy » avec lequel sa mère envisage de « faire un bout de chemin », il n’a de cesse de faire « capoter » ce « charmant projet ».

Or « si la moitié de la plus grande démocratie du monde a voté Trump, ça les dédouane pour leurs actions futures.

   Damien comprend qu’il pourra faire n’importe quoi, personne ne lui en tiendra rigueur. Quelle que soit l’action entreprise, ce ne sera que du pipi de chat en comparaison de ce qui s’était passé là-bas. » [p. 29]

CQVD : Ce Qu’il Va (s’ingénier à) Démontrer.

Quant à Monsieur Gallois, il tient (enfin) l’occasion de (tenter de) faire réfléchir ses élèves sur les implications de cette élection.

   « – Croyez-moi, jeune homme, l’élection par la plus grande démocratie au monde d’un homophobe, pro-armes, climatosceptique, misogyne, populiste et raciste, ne me donne pas vraiment envie de rire. » [p. 23]

Le retour de flamme sera à la hauteur de son indignation et du sentiment d’inutilité qui le submerge, lui qui « aurait tant aimé, pour une fois, se sentir vivant » [p. 27] : il est convoqué illico presto dans le bureau du proviseur de ce lycée privé où il est (fortement) recommandé de « rester dans les clous ».

Or « il n’est plus sûr de rien. Sauf d’une chose. Il a assez renoncé comme ça. » [p. 49]

Le cheminement de l’un et l’autre est intéressant à suivre, mais là où le bât blesse – ce n’est que mon avis -, c’est lorsque Damien « pète les plombs » : les conséquences se « déroulent » en deux coups de cuillère à pot alors que cet épisode aurait mérité, me semble-t-il, plus ample développement. J’aurais aimé également cheminer plus longtemps aux côtés du (touchant) professeur…

Merci aux éditions Le Muscadier pour ce partenariat.

J’irai tuer pour vous, Henri Lœvenbruck

Présentation.

Je suis la balle dans votre fusil.
C’est vous qui tirez, c’est moi qui tue.

1985. Alors que Paris est frappé par des attentats, Marc Masson, un déserteur, est rattrapé par la France. Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État. Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne…
Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ? Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ?
Des terrains d’opérations jusqu’à l’Élysée, des cellules terroristes jusqu’aux bureaux de la DGSE, Henri Lœvenbruck raconte un moment de l’histoire de France – qui résonne particulièrement aujourd’hui – dans un roman d’une tension à couper le souffle.

Mon avis. Un « roman » à lire. Un coup de/au cœur…

Je suis la balle dans votre fusil.
C’est vous qui tirez, c’est moi qui tue.

Deux phrases qui expriment tout. Y compris l’indicible. Cet indicible qui, pourtant, occupe toute la place…

Focus sur Marc Masson, mercenaire en « mission » en Argentine pour une société privée après avoir fui la France. Officiellement déserteur. Officieusement baroudeur. Ou l’inverse…

   « Marc, les mains croisées devant la taille, mais tous les sens en éveil, se mit légèrement en retrait, à l’exact opposé de son binôme, prêt à intervenir. Il avait déjà analysé machinalement toute la scène, le nombre approximatif de protagonistes, la configuration des lieux, les endroits où s’abriter, les itinéraires d’évacuation possibles… […]

À la première rencontre, on voyait aussitôt dans les yeux de Marc Masson que c’était un homme qui avait connu la mort, et qui l’avait donnée. Il avait dans le regard cette lueur triste et grave, cette sapience silencieuse, cette assurance sombre, celles des gens qui connaissent sur la vie et sur la mort ces choses crues que la plupart des hommes n’ont pas envie de connaître. La douleur, la violence et la finitude. » [p. 15 – 16]

Le « souci », c’est que le jeune homme ne s’en tient pas forcément toujours à la mission qui lui a été assignée. C’est ainsi que les choses vont « déraper », « juste » parce qu’il a regardé « la mère et la fille, recroquevillées de l’autre côté de la cellule » [p. 18].

Ce « malencontreux épisode » va conditionner à jamais l’existence du jeune homme puisque, conséquence inattendue, il sera par la suite recruté par la DGSE, la Direction Générale de la Sécurité Extérieure et cela, dans un contexte historique tendu : une vague d’attentats particulièrement meurtriers à Paris, couplée à la détention des otages français au Liban: des noms et des visages que personne n’a pu oublier… Quel travail de documentation le récit a-t-il dû demander !

Après un entrainement particulièrement intensif (!), à tous points de vue, Marc Masson se mue en Matthieu Malvaux, ou plus exactement il devient Matthieu à Paris tandis qu’il demeure Marc à Lyon ; Matthieu « l’invisible » lors des missions « inavouables » qui lui sont confiées vit « en binôme » avec Marc, chauffeur poids-lourd, en couple avec Pauline, la jeune libraire qui, peut-être, l’aidera à exorciser ses démons. Peut-être.

   « Parfois, les Services peuvent avoir besoin de voir disparaitre une personne qu’on ne peut pas… neutraliser autrement. […]

    – Qui donne l’ordre ?

    – Officiellement, personne. La règle d’or, c’est qu’il ne peut exister aucune trace entre vous et nous. Mes collègues ne connaitront même pas votre identité. […]

    – C’est une histoire de confiance, Marc. Vous resterez entièrement clandestin. Des identités fictives, pas de consigne écrite, pas de rapport, pas de comptabilité, mais surtout, pas de protection : si les choses tournent mal, on ne peut évidemment pas invoquer les conventions de Genève sur ce type d’action. Les agents clandestins sont tout seuls, point final. En cas de problème, les Services ne s’impliqueront jamais. » [p. 202 – 203]

À cet égard, les pages relatant son « séjour en Autriche » sont poignantes.

    « Pas de dommage collatéral, avait exigé Masson le jour même où il avait accepté de suivre sa formation.

    Il se frotta le visage, luttant contre la panique. C’était seulement sa deuxième mission, et il se retrouvait déjà au-devant d’une possible catastrophe. Son pire cauchemar menaçait de se réaliser devant ses yeux. »  [p. 434]

Indépendamment du « personnage » principal, il en est un autre qui retient particulièrement l’attention : Olivier, « l’officier traitant » de la nouvelle recrue, à la fois acteur de l’ombre et de la lumière. Entre ces deux-là se noue, à l’encontre des principes autorisés, une relation particulière.

Le récit est régulièrement entrecoupé d’extraits du carnet rédigé par le jeune homme, carnet dans lequel il « dépose » ses pensées les plus intimes, ses doutes, ses interrogations, ses craintes. Des pages qui lèvent un coin du voile sur une personnalité complexe et profondément révoltée par l’injustice, quelle qu’elle soit.

   « La solitude ne m’a jamais dérangé. Elle est un reposant exil où s’extraire des regards, et il faut souvent être seul pour être vraiment libre, ou au moins pour penser librement. […]

    Néanmoins, chaque fois que j’ai eu un ami, je lui ai tout donné. Tout, comme si c’était une évidence. En amitié, ce qui n’est pas donné est perdu. Cela a toujours été mon exigence. L’homme pour lequel je ne serais pas prêt à mourir, je ne serais pas digne de me dire son ami. » [p. 178]

Le dernier extrait est sublime et a embué mon regard…

   « Ce roman est inspiré d’une histoire vraie, celle d’un agent clandestin français. Il est le fruit de longs mois d’entretien avec celui-ci, et avec certains de ses anciens « collègues ». Dans un souci de confidentialité, le contexte historique de son incroyable parcours a été transposé de quelques années, lors d’un autre épisode singulier de notre histoire, et la vie privée des personnages a été en partie romancée. Certains noms et lieux ont été modifiés.

   À travers le récit de cet homme de l’ombre, c’est à tous les soutiers de la gloire – ceux que l’histoire ne retient jamais et qui donnent pourtant à notre liberté le prix de leur propre vie – que ce livre a voulu rendre hommage, ainsi qu’à toutes les victimes d’attentats, de quelque pays qu’elles soient. » [Avant-propos]

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat ; si j’ai beaucoup aimé Nous rêvions juste de liberté, j’ai adoré J’irai tuer pour vous. Je vous le recommande. Assurément.

Like a Love Story, Abdi Nazemian

Présentation. New York, 1989.

La ville est tapissée de posters d’Act Up, et la communauté homosexuelle vit sous la menace du sida. C’est dans ce climat que Reza, Judy et Art vont se rencontrer, s’aimer et vivre l’année la plus décisive de leur vie.

« Nous aimons l’art et la beauté.

Nous aimons les idées nouvelles et repousser les frontières.

Nous aimons les hommes, les femmes, les hommes qui s’habillent

en femmes et les femmes qui s’habillent en hommes.

Mais, surtout, nous nous aimons les uns les autres.

Nous sommes frères et sœurs, maîtres et élèves,

et, ensemble, nous sommes un tout infini.

Le mot le plus important de notre histoire sera toujours l’AMOUR.

C’est pour cela que nous nous battons.

                                                                                   C’est ce que nous sommes.

L’amour est notre héritage. »

Couverture Like a love story

Mon avis. Coup de cœur/au cœur…

Trois destins qui se confrontent et se (dé)lient : Reza est un adolescent iranien qui vient d’arriver à New York ; il se sent attiré par les garçons mais se refuse à céder à son penchant car il associe homosexualité au sida et par là même, à la mort.

   « Je le sais depuis que nous avons quitté l’Iran et atterri à Toronto. J’avais onze ans et je ne connaissais rien au monde. Mais je savais que mon père ne changerait jamais et que ma mère avait enfin trouvé la force de le quitter. Il y avait autre chose que je savais également, quelque chose que j’avais compris la première fois que j’étais allé nager avec d’autres garçons et que l’un d’eux avait perdu son maillot. J’avais compris que j’étais attiré par les garçons, j’avais envie de les toucher, de les serrer dans mes bras, de sortir avec eux. Alors j’avais dissimulé cette pensée, je l’avais ensevelie en moi. Elle était en sécurité à l’intérieur de moi. » [p. 14]

   « Il faut que je vive, et pour vivre, je ne peux pas, sous aucun prétexte, être ce que je suis. » [p. 20]

Reza fait la connaissance de Judy qui, passionnée de mode, crée déjà elle-même ses propres vêtements. La jeune fille admire profondément son oncle Stephen, atteint du sida, un des membres du collectif Act Up qui milite activement pour que les homosexuels disposent des mêmes droits que les hétérosexuels face à la maladie.

Judy est très proche de son (seul) ami Art – Bartholomew Emerson Grant VI -, adolescent qui affiche ouvertement son homosexualité au lycée, mais dont les parents « friqués » refusent d’accepter l’orientation sexuelle.

   « Elle et moi, on n’a pas conclu de pacte d’abstinence ni rien, malgré les fortes recommandations de nos parents et de notre prof d’éducation sexuelle. C’est simplement la réalité de la situation : il n’existe AUCUNE perspective romantique pour nous en ce monde. Par conséquent, nous sommes tout l’un pour l’autre. Je suis le seul gay de notre lycée et Judy n’est pas vraiment le genre de fille qui intéresse la plupart des garçons, même si elle a déjà eu des vues sur certains. Moi, bien sûr, je la trouve magnifique. Le parfait mélange entre Cyndi Lauper et un tableau de Botero. Mais comme elle le dit souvent, que des garçons gays la trouvent belle ne l’aide pas plus que ça. Elle a également le droit de faire des blagues sur le sida parce que son oncle Stephen a le sida et plaisante dessus tout le temps. Il dit qu’il est trop proche de la mort pour ne pas en rire. » [p. 23]

Reza est très attiré par Art ; Judy est très attirée par Reza ; Art est très attiré par Reza. Au milieu, des amitiés à (tenter de) préserver…

J’ai tout apprécié dans ce récit : la « peinture réussie » d’une époque où le sida est la maladie de la honte, liée à l’homosexualité, et mène à la mort à plus ou moins brève échéance ; les revendications « nécessaires » du collectif Act Up ; les personnages : le trio des adolescents, pétris d’idéaux mais parfois obligés de « composer avec la norme » pour (essayer de) rebondir, ainsi que les adultes : je pense entre autres à Stephen ou aux parents de Judy ; les sentiments des uns et des autres, tantôt partagés, douloureux, ambivalents, excessifs, autrement dit la complexité de l’être humain ; l’émotion qui m’a fait verser quelques larmes…

Un léger bémol : des constructions de phrase parfois maladroites.

Traduction (USA) : Georges Content.

Titre VO : Like a Love Story (2019).

Un grand merci aux éditions Milan pour ce partenariat.