Migration forcée…

La plateforme skynetblogs a tiré sa révérence, si bien que j’ai été contrainte de déménager. Nous sommes en 2018 et mes premiers pas de blogueuse remontent à juillet 2004.

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Les portes du Monde de Païkanne sur skynetblogs se sont définitivement fermées.

Quelques chiffres au 31/05/2018 :

1er (très court) billet : 09/07/2004 > Shrek, Shrek, Shrek hourrah ;

1678 notes ;

5493 commentaires ;

487036 visites.

Merci aux fidèles lecteurs qui, je l’espère, continueront à me suivre dans ma nouvelle maison.

 

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Killing Kate, Alex Lake

Présentation de l’éditeur. De retour de vacances, vous apprenez qu’un tueur en série sévit dans votre ville et que toutes ses victimes vous ressemblent. Ça pourrait être une simple coïncidence ou une mauvaise blague, mais c’est ce que vit Kate, jeune avocate de vingt-huit ans. Habituée au calme des rues de Stockton Heath, la jeune femme ne se sent plus en sécurité. Elle est convaincue qu’on l’espionne, qu’elle est suivie. Est-elle simplement le jouet de son imagination ou la prochaine sur la liste d’un tueur sans pitié ?

Couverture Killing Kate

Mon avis. Après avoir dévoré After Anna,  je n’ai pas hésité une seconde avant de me lancer dans ce roman ; comme le précédent, il ferre le lecteur pour ne plus le lâcher avant la fin ; j’émettrai cependant cette fois-ci quelques réserves…

Nous cheminons aux côtés de Kate, une jeune femme qui vient se séparer de son compagnon alors qu’ils devaient se marier dans un avenir proche : elle se sentait enfermée dans cette relation trop prévisible. Elle a décidé de profiter de la vie, chose qu’elle avait trop peu faite jusqu’alors. C’est ainsi qu’avec ses amies de toujours, May et Gemma, elle savoure une semaine de vacances en Turquie.

Tout serait pour le mieux si peu avant son départ, une jeune femme de Stockton Heath, son lieu de résidence, n’avait été sauvagement assassinée. De surcroit, la victime lui ressemblait « terriblement ». Lorsqu’un deuxième crime se produit  dans des circonstances analogues, Kate sent qu’elle est elle-même en danger et ne cesse de regarder derrière elle, tout en essayant d’en savoir plus.

   « Kate les raccompagna à la porte. Puis elle prit ses clés de voiture. Il n’était pas question qu’elle reste seule à la maison cette nuit. En aucune façon. » [p. 89]

   « Elle passa la main sur ses cheveux ras. Dieu merci, elle les avait coupés. Dieu merci, elle n’était pas sortie hier soir avec la tête des autres victimes.

   Sans quoi – bien qu’elle ait encore du mal à y croire -, ç’aurait pu être sa photo ce matin dans les journaux. » [p. 118]

La tension s’accroit au fil de la lecture et les pages se tournent allègrement, c’est indéniable. Où donc le bât m’a-t-il blessée ? D’abord, le coupable est (beaucoup trop) vite pressenti ; on se contente alors de « vérifier » au fur et à mesure les « coïncidences » entre suspect et faits.  En outre, certaines incohérences apparaissent lors des actions menées par la Police. Par ailleurs, il est dommage que le dénouement soit expédié en deux coups de cuillère à pot ; enfin, l’épilogue est pour le moins « ahurissant ».

Cela dit, je lirai volontiers, si l’occasion se présente, le nouveau roman de cet auteur présenté comme « le pseudonyme d’un écrivain britannique à succès » : Copycat.

Traduction : Thibaud Eliroff.

Titre VO : Killing Kate (2017).

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

Diabolo fraise, Sabrina Bensalah

Présentation. Elles sont quatre sœurs, âgées de 11 à 18 ans.
Antonia, l’aînée, découvre qu’elle est enceinte.
Marieke, elle, découvre le plaisir, le flirt… et le beau Basile.
Jolène est un cas à part. Son rêve : avoir enfin ses premières règles, celles qui la feront devenir femme !
Judy, la benjamine, découvre le collège, où, comme à la maison, elle cherche sa place…

Entêtées et émouvantes, ces quatre sœurs vous feront voir la vie couleur Diabolo Fraise !

Couverture Diabolo Fraise

Mon avis. Une chouette lecture…

Ce roman fait entrer le lecteur dans la vie de quatre sœurs adolescentes : Antonia, Marieke, Jolène, et la benjamine, Judy. La famille est soudée, malgré les frictions inhérentes aux personnalités diverses.

Chacune des filles est confrontée à ses propres problèmes : Antonia fait face à une grossesse non désirée ; Marieke rencontre Basile et souhaite « ardemment sauter le pas » ; Jolène est obsédée par ses règles qui se font désespérément attendre ; quant à Judy, elle souffre de (ce qu’elle considère être) la perfection de ses ainées alors que l’entrée au collège est loin de se dérouler sans heurts…

Ce récit se lit aisément et met l’accent sur les soucis/douleurs lié(e)s à ce cap parfois/souvent difficile de l’adolescence, tant pour les enfants que pour les parents. Chacune des filles a sa propre personnalité et tâche de se construire (en opposition) avec/en regard des autres.

   « – Tu te souviens de notre premier baiser ? susurre-t-elle. Enfin… surtout de ce qui précède, tu sais ? Ce silence qui accompagne l’appréhension parce qu’on comprend, à ce moment, qu’on y est, qu’on va s’embrasser… Et cette chaleur dans le ventre quand ce n’est plus qu’une question de secondes. Et puis, voilà, on s’embrasse et d’un coup, la chaleur nous brûle en entier. On a le cœur qui transpire à grosses gouttes. » [p. 11]

   « Marieke, sur un coin d’herbe, offre son corps au soleil. Elle aimerait bien faire sa rentrée en première avec une superbe peau hâlée, histoire de raconter aux copines des vacances à la mer qui n’auront jamais existé ! » [p. 25]

   « Ses yeux glissent sur la vieille tapisserie, au-dessus du bureau, salie de traces de doigts et de feutre. Un même motif qui se répète, composé de trois fleurs. Jolène se compare souvent à la petite pâquerette du milieu, celle qu’on ne voit presque pas, étouffée entre ses deux frangines : Marieke, la rose majestueuse que tout le monde admire, et Judy, le perce-neige qui, dès lors qu’elle perfore l’hiver, émerveille les yeux avides de printemps. Et pour tout dire, Jolène en a marre d’être cette minuscule pâquerette, elle qui si souvent se rêve pivoine ! » [p. 32]

   « Judy est allongée sur son lit, repose ses jambes malmenées par les défaites au Jokari. Elle éprouve l’ennui des fins de journée estivales en écoutant Bigflo et Oli ; ses mains tapotent sur l’oreiller et ses yeux, parfois, croisent les Lego City qui croupissent dans son enfance.

    Elle lève sa jambe droite et, d’une caresse franche, soulève le duvet noir qui recouvre son tibia. Puis elle compte ses bleus, trois au total, se retourne sur le ventre et enfonce sa tête dans l’oreiller. » [p. 31]

Un roman où s’entrecroisent habilement humour, tendresse, heurts… à l’image de l’existence. Tout « simplement ».

Merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat.

La stratégie des as, Damien Snyers

Présentation de l’éditeur. Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

Couverture La stratégie des as

Mon avis. Un agréable moment en compagnie des ces protagonistes hors norme…

Le narrateur, c’est James, un elfe toujours à l’affût des bons coups susceptibles de lui rapporter un bon paquet d’atals. Il est aidé dans sa tâche par Elise, une « demi-humaine » et Jorg,  un troll qui, en tant que tel, ne passe pas inaperçu. Le trio vit d’expédients et d’arnaques diverses jusqu’à ce qu’ils soient contactés par un homme désireux de s’adjoindre leurs services au nom d’un mystérieux vieillard richissime.

L’elfe a tout a fait bien conscience que la méfiance est de mise, d’autant que la récompense est pour le moins exceptionnelle, mais difficile de résister à l’appât du gain.

Ce récit raconte dans un premier temps les préparatifs nécessaires à ce casse digne d’Ocean’s eleven, dans lequel le trio est bientôt rejoint par une comparse oh combien intéressante. Il enchaîne ensuite avec les circonstances du vol lui-même, d’autant que l’échec n’est pas envisageable : question de vie ou de mort.

Ce court roman mêle habilement aventures rocambolesques et fantasy, tout en mettant l’accent sur la (douleur liée à la) différence.

Merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne 5.

Une enquête de l’inspecteur Chen : Mort d’une héroïne rouge, Xiaolong Qiu

Présentation de l’éditeur. Shanghai 1990. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un canal. Pour l’inspecteur Chen et son adjoint l’inspecteur Yu, l’enquête se transforme en affaire politique lorsqu’ils découvrent que la morte était une communiste exemplaire. Qui a pu l’assassiner ? Chen et Yu vont l’apprendre à leurs dépens, car, à Shangai, on peut être un camarade respecté et dissimuler des mœurs déroutantes.

Couverture Mort d'une héroïne rouge

Mon avis. Un roman policier, oui, mais pas seulement…

Ce récit relate l’enquête menée par le « camarade inspecteur principal » Chen, secondé par son adjoint Yu, suite à la découverte du corps d’une jeune femme dans un canal de Shangai. La première difficulté est de trouver son identité ; lorsqu’il s’avère qu’elle n’est autre que Guan Hongying, « Travailleuse Modèle de la Nation », comment imaginer qu’elle ait pu être assassinée ? Le mystère s’épaissit davantage encore quand, suite à des investigations plus poussées, il semble que la « travailleuse modèle » recèle une « face cachée ».

Derrière les recherches orchestrées par Chen – selon la latitude minime qui lui est accordée -, poète, traducteur et « accessoirement » policier – parce qu’il faut bien vivre -, le lecteur découvre une analyse sociologique de la Chine des années nonante, une période durant laquelle les « Anciens » et les « Modernes » confrontent quotidiennement leurs visions du monde passablement divergentes ; une période durant laquelle on peut désormais évoquer librement « le Vieux Deng » (Xiaoping) alors que par le passé, parler du « Vieux Mao » était passible d’emprisonnement ; une période durant laquelle subsistent malgré tout les diktats du Parti.

   « Chen se leva et s’arrêta à la porte pour ajouter : 

    – Mais la politique n’est pas tout.

    On pouvait désormais s’exprimer de cette manière, même si politiquement elle n’était pas jugée de bon goût. La promotion de Chen avait soulevé des oppositions, ce qui s’exprimait chez ses ennemis politiques quand ils faisaient l’éloge de son « ouverture », et chez ses amis politiques quand ils se demandaient s’il n’était pas trop ouvert. » [p. 214]

Dans cette société muselée, débusquer le coupable n’est rien comparé au fait de réussir à l’arrêter – surtout s’il est une personnalité en vue -, en préservant, ou mieux, en magnifiant le Parti, et en conservant une « certaine forme » d’intégrité…

Traduction : Fanchita Gonzalez Battle.

Titre VO : Death of a Red Heroin (2000).

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Les Oscillations du cœur, Anne Idoux-Thivet

Présentation de l’éditeur. Discrète et fleur bleue, la Japonaise Aïko Ishikawa est une designer textile talentueuse. Veuf inconsolable, l’écrivain Jean-Marc Poulain se définit lui-même comme une « ancienne gloire de la littérature ». Quant à la déroutante Angélique Meunier, elle est mathématicienne au CNRS.

Que peuvent bien avoir en commun ces trois personnages ? En apparence rien, sauf peut-être leur amour pour de curieux petits jouets vintage appelés culbutos. Par hasard, ils découvrent que certains de ces joujoux renferment de mystérieux messages : « Le phare m’appelle », « Les amants sont des âmes sœurs », « Demain je pars »…

Lié par cette étrange trouvaille, l’étonnant trio parviendra-t-il à percer cette singulière énigme ?

Couverture Les oscillations du coeur

Mon avis. Un livre « doudou »…

Trois personnages singuliers voient leurs routes se croiser grâce à une passion commune : les culbutos ou poussahs, ces jouets qui basculent et reviennent systématiquement à leur position une fois l’impulsion donnée.

Le roman s’ouvre sur Aïko, une jeune femme qui a quitté son Japon natal pour venir s’installer en France, à Arles précisément, la ville de son idole, Claudine Casserole (!), une chanteuse française au charme suranné. Aïko puisse son inspiration de designer textile dans les culbutos qu’elle collectionne.

La deuxième voix, c’est celle de Jean-Marc, un (presque) quinquagénaire se définissant lui-même, en son for (très) intérieur, comme un « has been de la littérature ». Veuf depuis peu, il souffre profondément de l’absence de Barbara, décédée dans un accident de voiture. Alors que son premier roman s’était vendu à 800.000 exemplaires, les suivants ont à peine connu un succès d’estime. En triant les affaires de la défunte, il découvre d’elle une facette totalement inconnue : son goût pour les romans à l’eau de rose qu’elle nommait « tatasseries » ; un intérêt qui culmine dans l’animation d’un blog : « le Cercle des Colombes amatrices des romans Colombine ». Dans la foulée, il se retrouve fortuitement confronté au mécanisme ingénieux du culbuto de Barbara.

Enfin apparaît Angélique, dont la passion pour les mathématiques n’a d’égale que sa difficulté à entretenir des relations avec ses congénères. Elle a trente-cinq ans, vit toujours chez ses parents, ne se sent rassurée que par les chiffres et voue une passion sans borne au Gömböc.

   « Angélique aurait bien aimé parler du Gömböc, mais on lui avait expliqué qu’il était impoli de monopoliser une conversation pendant des heures – sur ce sujet précis, elle était intarissable – en se répandant sur ses propres centres d’intérêt. Elle avait relu cette règle à la page 26 de son cahier d’habiletés sociales. » [p. 106 – 107]

   « – Tu ne devrais plus porter de nœud papillon, lui suggéra Aïko. Ou bien des modèles beaucoup plus originaux qui te donneraient un look branché plutôt que… rétro. Pareil pour ton gilet sans manches. On peut faire nettement mieux. Et…

    Elle se censura brusquement.

    –  Oh ! Je suis désolée, Jean-Marc. Je n’en reviens pas d’avoir dit ça !

    – Moi non plus, l’enfonça Angélique, je n’en reviens pas que tu aies dit ça ! Toi qui es neurotypique, tu devrais savoir depuis longtemps qu’on doit tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Cela dit, tu as raison. Jean-Marc a l’air ringard. Sa tenue le vieillit. On lui donnerait plus de cinquante ans, alors que je suis presque sûre qu’il est seulement quadra. C’est dommage. Dans le temps, il devait être pas mal du tout.

    Aïko baissa la tête, aussi contrite qu’aurait pu l’être une gamine de huit ans.

    Contre toute attente, le principal intéressé ne protesta pas. » [p. 130 – 131]

C’est par l’intermédiaire des culbutos et du blog de Barbara repris incognito en main par Jean-Marc que le trio sera amené à se rencontrer, désireux de résoudre l’énigme relative aux billets insérés à l’intérieur des petits objets basculants.

J’ai beaucoup aimé ce récit tendre mais qui ne sombre jamais dans la mièvrerie ; chacun des personnages est amené à évoluer (in)sensiblement au contact des deux autres au fil d’une quête ardue qui mettra du piment dans leur quotidien.

Une lecture bien agréable…

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Deux secondes en moins, Marie Colot & Nancy Guilbert

Présentation de l’éditeur. Depuis qu’un accident de voiture l’a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l’accident, est immense, comme sa solitude.

Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d’emménager. Pour l’un et l’autre, tout s’est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer…

Et pourtant, Igor et Rhéa reprennent jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique. Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré.

Un roman bouleversant, où un perroquet, le « thé des Sages », l’amitié et les mots apportent une douceur salutaire.

Couverture Deux secondes en moins

Mon avis. Il est très rare que j’emploie cette expression, mais ce roman est un coup de cœur, autant, par ailleurs, qu’un coup au cœur…

Récit à deux voix : celle d’Igor qui a le côté droit du visage complètement défiguré suite à un accident de voiture dont est responsable son père. L’adolescent enchaîne les opérations et ne met plus un pied à l’extérieur ; il a « choisi » la solitude aux regards désolés, horrifiés, de pitié, dégoûtés… des autres. Il en veut irrémédiablement à son père. Son unique ami : son perroquet, Obama.

   « – Je ne veux plus que tu sois mon père.

   J’articule bien chaque mot, en le regardant droit dans ses beaux yeux qui s’embuent. Il détourne la tête et il file en claquant la porte d’entrée. Son porte-documents reste dans l’entrée et, moi, derrière le store pour assister à son départ. J’aimerais qu’il ne revienne jamais. » [p. 89]

L’autre voix est celle de Rhéa, une adolescente dont le copain s’est suicidé et qui n’arrive pas à surmonter ce drame. Son existence s’écrit désormais à mille lieues de celle de ses condisciples. Elle a érigé un gigantesque mur autour d’elle. Son unique respiration : les mots qu’elle jette çà et là sur papier.

   « On est samedi et je me lève vers 11h, la tête en vrac et le moral bien au-dessous du niveau de la mer Morte. Je me traîne vers la cuisine. Si quelqu’un pouvait entendre la musique de mon cœur, ce serait celle de l’Adagio de Barber. Triste à en mourir. » [p. 72]

Le point commun entre ces deux personnalités profondément meurtries : la musique et plus précisément le piano.  Ainsi que leur professeur particulier de piano : Fred. À lui non plus, la vie n’a pas fait de cadeaux et patiemment, note par note, il tente de leur faire recouvrer un (timide) sourire…

J’ai adoré ce récit – lu d’ailleurs en une journée – qui retranscrit de manière palpable la souffrance vécue par les deux jeunes gens ; les pages se tournent aisément malgré la douleur et l’on chemine aux côtés d’Igor et Rhéa, tentant de garder le cap, malgré ornières et nids de poule – comparables à ceux qui émaillent les « routes » de Wallonie…

   « Moi qui me croyais la plus malheureuse au monde, j’avais tort : nos chagrins se sont bien trouvés et traînent derrière nous comme des boulets. » [p. 239]

La proie, Philippe Arnaud

Présentation de l’éditeur. Anthéa sent si souvent qu’il faudrait fuir. Fuir les manœuvres  des garçons que sa beauté fascine. Fuir les humiliations de l’école, la violence des adultes. Et ce couple de Blancs qui veut l’emmener avec elle en France, si loin du Cameroun… sont-ils vraiment la chance qu’imaginent ses parents ?

En vérité, Anthéa ne demandait rien d’autre que vivre chez elle, dans son pays. Travailler la terre, conter aux enfants les histoires de son village, rire avec Diane du monde des adultes. Quand l’étau se resserre, il ne lui reste plus pour l’aider à survivre – et à se battre – qu’une ombre familière dans ses rêves. Et le souvenir d’un garçon qui l’aimait.

Couverture La proie

Mon avis. Une superbe couverture pour un texte qui interpelle, dans lequel une « jeune proie » se débat avec les moyens dont elle dispose…

Quatre parties dans ce roman : la première relate l’enfance d’Anthéa au Cameroun. Petite fille obéissante, elle passe beaucoup de temps avec sa cousine Diane, frondeuse qui ne semble pas craindre les remontrances des adultes. L’existence d’Anthéa, devenue la conteuse attitrée du village, est douce en dehors de l’école où les mots et les chiffres dansent une infernale sarabande dans sa tête. Les choses changent lorsqu’une famille française rentre à Paris et propose d’emmener la jeune fille dans ses bagages afin de lui procurer un « avenir meilleur ». Elle se soumet, la mort dans l’âme, car sa famille compte sur elle…

   « Anthéa reste seule. Elle sent qu’un mauvais sort vient de couper sa vie en deux, comme on tranche un ananas mûr.
Un avant, un après. Un ici, un ailleurs.
Le meilleur, le pire ? » [p. 62]

Les chapitres suivants racontent l’arrivée en France, « l’adaptation » difficile d’Anthéa qui découvre très vite que le comportement des uns et des autres change (in)sensiblement à son égard, quoi qu’elle entreprenne pour montrer sa bonne volonté.

C’est le début d’une descente aux enfers pour l’adolescente qui tente de trouver un tant soit peu de réconfort dans les rares messages échangés avec sa famille et la terre rouge dont elle amené une poignée dans ses bagages…

   « Elle se dit qu’il faut leur laisser du temps, qu’eux aussi doivent retrouver des repères.
   Et elle se sent soudain si seule… » [p. 92]

Le lecteur chemine aux côtés de la jeune fille qui découvre ces personnes qu’elle connaît à peine et un mode de vie si différent du sien ; petit à petit, elle se surprend à guetter les signes avant-coureurs de drames bientôt quotidiens. La tension est de plus en plus palpable et l’on souffre avec une Anthéa dont la lucidité fait froid dans le dos, se demandant si elle va s’en sortir.

   « Les adultes ont fermé la porte de la cuisine. On n’entend plus rien. Désespérée, Anthéa s’effondre sur son matelas. » [p. 162]

   « Il faut résister au gris qui recouvre cette famille, espérer un miracle. » [p. 176]

Merci aux éditions Sarbacane pour cette découverte.

Ce titre entre dans le challenge « Lire sous la contrainte ».

Nos éclats de miroir, Florence Hinckel

Présentation de l’éditeur. Je m’appelle Cléo, et j’aurai bientôt 15 ans, 1 mois et 20 jours. Cette date est importante pour moi, car c’est à cet âge-là que tu es morte, ma chère Anne Frank. Tu es mon écrivaine préférée ! Alors j’ai décidé de m’adresser à toi dans ce nouveau carnet. Je vais te raconter ce qui m’interroge, me fait rire ou me bouleverse. Toutes ces choses que je n’oserais jamais dire à voix haute : le voile devant les yeux de ma mère ; ma meilleure et parfois cruelle amie Bérénice ; ma grande sœur, si forte et déterminée ; Dimitri, mon amour d’enfance perdu de vue ; la complexité du monde. Mais aussi mon reflet, si mouvant qu’il m’échappe… ou parfois se brise.

Je vais te parler de nos éclats de miroirs.

Les tiens, les miens, les leurs.

Couverture Nos éclats de miroir

Mon avis. Des éclats brillants, touchants, émouvants, percutants…

J’ai été touchée par la plume de l’auteure relatant des « éclats de vie » de Cléo, une adolescente qui tient un journal intime adressé à Anne Frank, alors qu’elle est près d’atteindre l’âge qu’avait Anne au moment de la mort.

   « Il me sera difficile de dépasser quinze années, un mois et vingt jours, âge où tu as écrit pour la dernière fois dans ton journal. J’aurais l’impression de te trahir. Je pense qu’après cet âge, je ne pourrai plus t’écrire. » [p. 9 – 10]

L’existence de Cléo évolue dans toutes les directions, sans fil conducteur véritable, mais n’est-ce pas cela, l’adolescence ? Des situations ressenties de manière parfois exacerbée ? Des événements « insignifiants » qui résonnent de façon douloureuse ? Des questions que l’on se pose et auxquelles les réponses diffèrent d’un jour à l’autre ?

La référence à Anne Frank est épisodique et ne constitue pas un pilier du roman ; elle permet, en quelque sorte, à Cléo de s’exprimer à travers l’une ou l’autre facette de la jeune Hollandaise. Parmi les sujets abordés, je retiendrai surtout la souffrance de la maman qui a élevé seule ses deux filles suite au décès de son mari et le fait que Cléo n’ait pas d’amis, en dehors de Bérénice dont elle perçoit pourtant bien la « toxicité » sans oser clairement se l’avouer…

   « Ainsi est ma relation avec Bérénice. Liées par une fascination mutuelle, sur un fil d’équilibriste. Un souffle suffirait pour que l’une d’entre nous tombe dans un gouffre. Mais laquelle d’entre nous, et quel gouffre ? » [p. 28]

  « J’aimerais parfois tordre mes reflets, m’épuiser à les rendre souples. Mais rien à faire, je ne les maîtrise pas. Je ne ressemblerai jamais à rien d’autre qu’à moi-même, qui suis si mouvante. » [p. 34]

   « Je pense parfois que l’école m’apprend à ranger mon esprit, et les livres à les déranger. Le résultat, c’est que je ne suis jamais sûre de rien. Je reste étonnée par les jugements tranchés, par l’assurance des gens comme Bérénice. Moi je visite trop de tiroirs à la fois, dans la remise de mon esprit. » [p. 87].

   « Parfois, j’ai besoin de fuguer en esprit. » [p. 121]

Un grand merci aux éditions Nathan pour cette très belle découverte ; parution ce 17 janvier 2019.

La Matinale en cavale

Je me suis prêtée pour la première fois au « jeu » proposé par short édition : La Matinale en cavale.

Il s’agissait d’écrire un texte très court, un poème ou une BD, ce dimanche 13 janvier entre 08h08 et 14h14 sur un thème dévoilé à « l’ouverture des portes », en l’occurrence « apparition » en lien avec l’amour.

Si l’idée de lire mon texte, Dame Araigne, et de voter pour lui vous tente, c’est par ici

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Les Questions dangereuses, Lionel Davoust

Présentations de l’éditeur. 1637 : Qui a assassiné le docteur Lacanne, en plein château de Déversailles ? Pour connaître la réponse à cette question, le mancequetaire Thésard de la Meulière, son libram à la main, est prêt à résoudre les énigmes les plus perfides… jusqu’aux confins de l’indicible.

Couverture Les Questions dangereuses

Mon avis. Une courte plongée dans le siècle dix-septième bellement revisité…

Dans ce bref récit de Lionel Davoust (Port d’Âmes), le lecteur se retrouve au cœur d’un passé  qu’il connaît généralement bien grâce aux romans/films historiques évoluant dans un contexte de « cape et d’épée ». Point d’épée ici puisque les armes dont il est question sont les mots, mais il est vrai que ceux-ci se révèlent parfois des pointes assassines, sources de bien des maux.

Libram à portée de main, et malgré les réticences de son mentor d’Arctengente, le mancequetaire Thésard de la Meulière décide d’enquêter sur l’assassinat du docteur Lacanne, médecin attitré de sa Majesté Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre, reine de France.

Durant ses recherches, il aura fort à faire pour lutter contre des adversaires eux aussi férus de logique et de réflexion, dégainant à qui mieux mieux des questions alliant traits d’esprit et saillies verbales.

   « En sa qualité de mancequetaire du roi, Thésard de la Meulière était un des esprits les plus acérés du royaume, mais non pas de ces péripatéticiens qui soupèsent les graves énigmes de l’existence jusqu’à périr rongés de ne point avoir trouvé de sens à leurs Questions ; au contraire, il maniait la Question comme d’autres la balle au jeu de paume, avec précision et violence, en défi, en outil servant à remporter la victoire. » [p. 27]

    » – Je peux plier comme le roseau, car ma force est dans mon sceau. Je suis garant de la connaissance, sans moi règne l’ignorance, qui suis-je ?

    – Le papier ! Enfin, messire, croyez-vous piéger une femme de lettres avec une Question aussi simple ? » [p. 40]

Le livre poursuit sa route avec un entretien entre l’auteur et Nicolas Barret où, sous forme de questions/réponses (!), Lionel Davoust évoque pêle-mêle son travail, ses propres lectures et bien sûr ce texte qu’il qualifierait « de surréaliste ascendant énervé » [p. 83].

Merci aux éditions ActuSF pour cette découverte hors du commun.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

https://lemondedepaikanne.files.wordpress.com/2018/11/a99c0-lialeetsang.png?w=160&h=120