Là où naissent les nuages, Annelise Heurtier

Présentation.

Mon père m’a attrapée par les épaules.

– Viens avec moi. Un voyage humanitaire, c’est le genre d’expérience qui marque une vie entière.

Putain, il me faisait chier, avec sa Mongolie.

Une voix a retenti, une voix de petite fille qui veut plaire à son père qui veut se prouver qu’elle n’est pas si nulle qu’elle ressemble un peu à sa mère un peu un tout petit peu :

– Pourquoi pas.

Je ne pouvais pas y croire. Et pourtant si. C’est moi qui avais parlé.

la-nuages.jpg

Mon avis. Je suis d’abord tombée amoureuse de la couverture et du titre et lorsque j’ai vu le nom de l’auteure, découverte avec Sweet Sixteen, je me doutais que je risquais d’être conquise. Je l’ai effectivement été.

Le récit s’ouvre sur Amélia, jeune fille mal dans sa peau, bien « enrobée », en train d’acheter trois pains au chocolat, sous le regard méprisant de la fille de la boulangère. Elle souffre de l’image que lui renvoie le regard des autres, elle souffre de l’image qu’elle a d’elle-même, d’autant qu’à ses yeux, ses parents incarnent une espèce de perfection. À tous points de vue.

  « Je me demandais comment l’insouciance et la confiance qui habitaient mes parents pouvaient me faire si cruellement défaut. » [p. 43]

Lorsque l’occasion se présente d’accompagner ses parents en Mongolie durant les vacances d’été, elle n’est pas emballée, c’est le moins que l’on puisse dire.

  « Dormir avec des gens que je ne connaissais pas, manger des aliments étranges (voire même ne pas manger assez, l’horreur absolue), parler à des enfants orphelins, attraper des poux, des tiques ou je ne sais quelle autre maladie, c’était juste inenvisageable. » [p. 37]

 

Finalement, les circonstances sont telles qu’elle découvrira ce pays à mille lieues de la France. Et d’elle-même. Surtout d’elle-même. Cette civilisation méconnue la percute de plein fouet, tant et si bien qu’insensiblement, ses problèmes finiront par passer au second plan.

  « Tout était plus vaste, plus grand, j’avais l’impression que mon champ de vision s’était élargi, que je pouvais voir en panoramique. J’avais déjà vu la lumière des Marquises, les fjords de Norvège ou le Duomo à Florence. Mais c’était la première fois que je ressentais ça. C’était… apothéotique. J’avais la bouche sèche, le sang qui s’affolait derrière mes tempes. Syndrome de Stendhal, version Mongolie. J’ai inspiré une longue goulée de cet air si particulier. [p. 60]

  « Mais je me posais moins de questions et, pour la première fois depuis très longtemps, je ne ressentais pas ce besoin pressant de me remplir. Le soir venu, dans mon lit, quand il me restait encore un peu d’énergie, je sortais mon carnet de croquis et je me mettais à dessiner. Mais ce n’était pas pour m’occuper les doigts et m’empêcher de manger. De toute façon, dans ma valise, cela faisait un moment qu’il n’y avait plus de gâteaux. Mais ce n’est pas moi qui les avais avalés.

   Enfin, juste un. Le reste, je l’avais distribué aux petits. La plupart ne connaissaient pas le chocolat. » [p. 99 – 100]

 

J’ai apprécié les touches d’humour, (souvent) teinté de mélancolie. J’ai cependant été déconcertée par les phrases parfois dépourvues de virgules, lorsque Amélia exprime douloureusement les mots qui surviennent en un seul jet. Et même si la fin s’inscrit dans la continuité de l’ensemble, j’attendais – j’espérais – des précisions complémentaires.

Merci à Casterman pour ce partenariat.

 

La couverture illustre l’idée n° 101 du challenge des 170 idées (paysage) ainsi que le ROSE pour le challenge « Haut en couleurs » ; le titre répond à la consigne de cette session du challenge « Comme à l’école ».

challenge170idees.jpg

Crayons de couleurs.jpg   challenge-co-ecole.gif

5 réflexions au sujet de « Là où naissent les nuages, Annelise Heurtier »

  1. Beaucoup de positif pour moi mais quelques déceptions qui, au final, ont un peu gâté mon plaisir. J’avais tellement « Le carnet rouge » que j’en attendais autant ici, d’où une petite déception.

    J'aime

  2. une jolie lecture (sur une thème original je trouve) que je vais lire à ma fille de 10 ans, sans faute !!!!
    par contre pour ce qui est des virgules, ça m’a un peu décontenancé au début et puis finalement j’ai pris ça comme un déferlement de mots, de pensées et j’ai trouvé ça intelligent (même si je pense que ça va être difficile à saisir chez le jeune lecteur).

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s