Ce n’est pas ma rentrée…

Ce n’est pas ma rentrée…

En ce 1er septembre 2019, petit coup de blues suite aux nombreuses notifications relatives à la rentrée. Car définitivement, je ne « rentrerai » plus en classe. Irrémédiablement. La vie en a décidé autrement.

L’année dernière, j’étais allée le jour de la « rentrée académique » pour être une dernière fois auprès de mes collègues et leur dire bonjour/au revoir. Beaucoup d’émotion. Cette fois, ma place sera ailleurs. Chez moi. Mais plus dans « mon » école.

Plus jamais je ne passerai quelques nuits très courtes à l’approche de la rentrée. Qu’il s’agisse de la première ou de la trentième.

Plus jamais je n’aurai l’occasion de dire que j’aurais bien prolongé les vacances. Parce qu’entre profs, on peut se le permettre.

Plus jamais je n’aurai l’occasion de « râler » parce que mon horaire aurait pu être davantage ceci ou cela, me disant, s’il est moche, que l’horaire définitif sera meilleur ; craignant, s’il me convient bien, que le définitif soit moche.

Plus jamais je n’aurai la boule au ventre avant d’accueillir en classe des élèves que je ne connais pas, repérant très vite ceux que l’on risque de « connaitre trop bien », ou les visages fermés qu’il va falloir essayer de dérider, ou les sourires à qui répondre en retour, ou les « petits comiques ».

Plus jamais je n’essayerai de revêtir, bien maladroitement d’ailleurs, une cape d’invisibilité de sévérité durant cette première heure pour (tâcher d’)en imposer : chassez le sourire, il revient au galop.

Plus jamais je n’aurai l’occasion de présenter les objectifs poursuivis durant cette année en mettant l’accent – on ne se refait pas – sur le plaisir de la lecture (« C’est avec vous, Madame, qu’on lit cinquante livres sur l’année ? » ).

Plus jamais je ne leur proposerai, dès le premier cours, une liste de romans parmi lesquels ils choisiront les trois premières lectures de l’année scolaire.

Plus jamais je n’attendrai avec impatience le moment où je lirai le premier chapitre de Simple, de Marie-Aude Murail, pour mon plaisir… et bientôt le leur. Moment particulier durant le premier trimestre : treize chapitres, treize semaines.

Plus jamais je n’enverrai un élève chercher dans ma voiture les (gros) sacs de livres parmi lesquels ils choisiront celui qu’ils liront par groupe, ou celui autour duquel ils réaliseront un (superbe) journal de lecture, passant deux heures à les leur présenter, lire la 4e de couverture, le premier chapitre, et les faire circuler car l’objet aussi est important.

Plus jamais je ne parlerai « incidemment » d’un roman terminé la veille, me doutant que l’un ou l’autre viendrait me demander si je peux le lui prêter.

Plus jamais je n’aurai l’occasion de glisser dans mes listes des premiers tomes, sachant que certains liront les suites. Deux séries championnes à cet égard : Le noir est ma couleur, d’Olivier Gay et L’élite, de Joelle Charbonneau.

Plus jamais je ne m’esquinterai à (essayer de) retenir les prénoms – même si pour certain(e)s, la première approche suffit.

Plus jamais je ne testerai « sur le terrain »  tel ou tel parcours, me disant que décidément, j’ai eu une chouette idée, ou au contraire, que l’exercice est à remanier, voire oublier.

Allez, le p’tit coup blues est passé : je laisse aussi derrière moi les piles de corrections, et le nouveau programme, et le pacte « d’excellence » (!), et le plan de pilotage, et l’administratif.

Une page se tourne définitivement, j’ai commencé à en écrire d’autres.

Ce ne sera plus jamais ma rentrée, mais je vous la souhaite belle, surprenante, enrichissante…

13 réflexions au sujet de « Ce n’est pas ma rentrée… »

  1. Merci pour ces mots de conclusion du chapitre « école ». M’est avis que plein d’autres chapitres sont en cours. Mais bon, l’école fut un grand chapitre… Gros bisous!

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  2. Plein de poésie et de douceur, tout comme toi Pascale… On y sent la passion qui (j’en suis certaine) t’a guidé toute ta carrière. Merci pour ce joli billet m’amenant encore une fois à reconnaitre que l’on fait le plus beau métier du monde. Bises. Annick

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  3. Moi non plus, ce n’est pas ma rentrée, mais je n’ai aucun coup de blues, bien au contraire !
    Je dirais : plus d’énervements dans les bouchons de la rue Valenciennoise, plus de surveillances dans le froid ou sous un soleil de plomb ou encore sous le préau qui fuit, plus de bruit, d’élèves à séparer lors de bagarres, plus de « chuuuuuut » dans les couloirs, plus de tension qui monte soudainement, plus de (mauvaises) copies à corriger, plus de parents râleurs voire bien plus à recevoir, plus d’inspecteurs à recevoir, plus de réunions pendant lesquelles on évite de s’endormir, pas de pacte d’excellence et autres bêtises inventées par des non-enseignants, et je pourrais en rajouter. Que du bonheur !
    Bonnes vacances infinies.

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