AIR, Bertil Scali et Raphaël De Andréis

Présentation. ÉCOLOGIE : LA DÉMOCRATIE A ÉCHOUÉ, L’HEURE DE LA DICTATURE EST VENUE.

Je m’appelle Samuel Bourget. Je suis né en 1969, l’année où Neil Armstrong posant le pied sur la Lune a déclaré :  » C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité.  » Cette phrase a comme scellé le caractère de ma génération : l’optimisme à tout prix. Mes parents étaient pleins d’espoir pour mon avenir. Celui-ci s’annonçait pavé de plaisirs et de joies. Sauf qu’il n’en a rien été. Le monde qu’ils m’ont laissé a été anéanti et il ne reste presque rien de mon enfance. J’ai moi-même contribué à l’hécatombe. Des hommes ont été jugés et condamnés selon leur responsabilité dans le génocide écologique – « l’écocide », ont dit les juges – qui se profilait, et qui, heureusement, a pu être évité. D’autres ont gravi les échelons du nouvel ordre en raison de leur engagement au service de l’écologie. À mon sens, ce n’était rien d’autre qu’une dictature.

À l’époque, mieux valait ne pas être dans le collimateur de la cellule AIR. Comme moi lorsque ses dirigeants m’ont inscrit sur leur liste noire : la liste carbone.

Couverture Air

Mon avis. Un récit d’une actualité brûlante…

Le début du livre est déconcertant : le lecteur est plongé dans un futur extrêmement proche où une présidente écologiste pure et (très) dure est élue, après le mandat d’Emmanuel Macron. La réflexion, suscitée par Samuël Bourget, un père de famille « normal », s’apparente à celle que l’on trouve dans des essais, si bien que je n’avais pas l’impression de lire un roman. Impression qui dure car le livre propose régulièrement des extraits d’ouvrages évoquant, de près ou de loin, l’écologie.

   « Je m’appelle Greta Thunberg. J’ai quinze ans.

    Je viens de Suède.

    Je parle au nom de Climate Justice Now.

    Beaucoup de gens disent que la Suède n’est qu’un petit pays et que peu importe ce que nous y faisons.

    Mais j’ai appris qu’on n’est jamais trop petit pour changer les choses. » [Cop 24 des Nations unies, Pologne, décembre 2018 ; p. 17]

   « Aucune société avant la nôtre n’a été vouée au travail, disait le texte. Et c’est en même temps la nôtre qui est vraisemblablement créatrice de pénurie. » [Pour qui, pour quoi, travaillons-nous ? Jacques Ellul ; p. 180]

   « Personne ne prétend vouloir retourner à l’époque des cavernes, cependant il est indispensable de ralentir la marche pour regarder la réalité d’une autre manière, recueillir les avancées positives et durables, et en même temps retrouver les valeurs et les grandes finalités qui ont été détruites par une frénésie mégalomane. » [Lettre encyclique Laudato si (Loué sois-tu) du Saint-Père François sur la sauvegarde de la maison commune ; p.227]

« L’action » commence véritablement lorsque Samuël est contraint de fuir avec sa famille : il n’est en effet pas un « modèle écologiste » et il sait que s’il n’abandonne pas tout en urgence, il risque de ne pas faire de vieux os. Destination : l’Aubrac, où les autochtones ont réussi à préserver leur mode de vie et où les autorités mettent peu les pieds, ou plus exactement envoient peu leurs drones.

   « Sur le bord des petites routes, on avait vu apparaître, comme des champignons, des vendeurs à la sauvette de vieilles cartes routières récupérées dans les maisons. Tout le monde avait peur de se faire tracer par les agents de l’AIR qui avaient accès aux données GPS. Le ministère des Finances s’apprêtait à taxer le moindre kilomètre parcouru en voiture. La seule solution était de déconnecter tous les appareils géolocalisés à son nom. Mais sans connexion, plus d’appli de navigation ni de GPS. « [p. 93]

   « Nous étions tous les quatre réunis au milieu de nulle part, coupés du monde. Aucune trace de vie humaine n’était visible autour de nous. Les plateaux vallonnés de l’Aubrac s’étendaient jusqu’à l’horizon, à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. » [p. 155]

C’est dans cette communauté que la famille va devoir faire table rase du passé et (ré)apprendre à vivre simplement, en accord, tant que faire se peut, avec la nature. Tout n’est pourtant pas facile. Ni rose.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture – qui par certains côtés rappelle Les enfants de Noé, de Jean Joubert – , mais les lecteurs qui s’attendent à une dystopie comme celles qui, ces dernières années, ont été adaptées au cinéma, risquent d’être déçus. Si vous savez dans quoi vous vous embarquez, vous pourriez trouver la route agréable…

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

2 réflexions au sujet de « AIR, Bertil Scali et Raphaël De Andréis »

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