Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro

Présentation. 1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Mon avis. Une lecture bien agréable et extrêmement intéressante…

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce récit qui évoque la Guerre de Sécession en alternant les chapitres relatifs à l’Union (le Nord) et ceux relatifs à la Confédération (le Sud) ; s’ajoutent les pages mettant « en scène » Abraham Lincoln et la Mort : la Grande Faucheuse tient le compte de tous les décès survenus au cours de cette guerre civile, et ils sont extrêmement nombreux…

« – Nous allons compter ensemble, Abraham. Un trait pour chaque femme, homme et enfant qui tombe au cours de cette guerre. Peu importe leur camp : pour moi, toutes les morts se ressemblent.

– Arrête !

Je trace une nouvelle barre avec application.

– Mais Abraham, mon ami : ça ne fait que commencer. » [p. 32]

Les chapitres sont très courts et racontent l’Histoire/l’histoire à partir du point de vue d’un protagoniste, imaginaire ou véridique, ayant pris part au conflit : Sherman, l’officier qui lutte contre la folie ; Lee, le commandant qui ne prend pas les armes contre son pays natal ; Grant, le général qui ne compte pas ses morts ; Butler, le brigadier qui n’est le majordome de personne ; John Booth, l’acteur qui a un rôle à jouer ; Caroline, la fille – de rage – qui n’a plus de père

« Citoyens de Baltimore,

On prétend que Lincoln est un grand homme. Celui qui a aboli l’esclavage ? Au Nord peut-être, mais dans le Sud, il existe toujours. Les plus forts dominent les plus faibles, ainsi va la loi du monde. Moi, John Booth, je vous le dis : certains sont nés pour être asservis et d’autres pour être leurs maîtres. » [p. 44]

« Chère Julia,

Encore une terrible bataille a eu lieu, de laquelle notre armée est sortie victorieuse. […] Les pertes des deux côtés ont été lourdes, probablement pas moins de 20 000 tués et blessés au total. […]

ULYSSES. [Grant]  » [p. 200]

« Le nombre joue en notre faveur, mais la pugnacité est définitivement dans l’autre camp. À deux contre un, nos ennemis arrivent quand même à stopper notre avancée après des heures d’engagement. […] Je suis la dernière à rester, vidant inlassablement mon fusil sur les silhouettes grises qui sortent des maïs à notre poursuite. […]

Tout aurait pu s’arrêter maintenant. Nous aurions pu en finir aujourd’hui avec cette guerre. Mais elle va continuer, tout cela parce qu’un seul homme, qui avait le pouvoir de tout changer, n’a pas assumé ses responsabilités. Général McClellan, vous n’avez rien fait. Combien votre mensonge va-t-il coûter d’enfants à l’Amérique ? » [p. 267]

« J’ai bien compris que tu as honte d’être avec moi. Les autres soldats vont se moquer de toi en te voyant avec la négresse. […]

Vous êtes pourtant bien contents d’avoir nos bras pour porter vos fusils en première ligne. Nous avons un régiment à part, des ordres à part, mais un officier blanc pour nous diriger – parce que c’est sûr, nous serions perdus sans vous pour nous expliquer ce qu’il faut faire. Il n’y a bien que la bouffe que nous avons en commun – et encore, nous passons après vous. Je croyais qu’on allait aussi partager le respect, mais j’ai vite compris qu’il n’était pas livré avec l’uniforme. J’ai dû me tromper. Comme vous le dites si bien : je ne suis qu’une femme après tout. » [p. 299 – 300]

J’ai beaucoup apprécié le fait d’avoir, sur les événements, un éclairage différent des idées communément admises, à savoir le « Bien » côté Union et le « Mal » côté Confédérés. Avec la question de l’esclavage en toile de fond et un Abraham Lincoln pas toujours « glorieux ». Et bien évidemment, c’est le commun des mortels qui trinque. Encore et toujours.

« C’est ça, la guerre : quatre années de combats sanglants, des centaines de batailles, 600 000 morts et autant de blessés, pour que tout se termine finalement avec un bout de papier signé à la hâte sur un bord de table, dans le salon d’un épicier. » [p. 559]

Un grand merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat.

Publicité

Une réflexion au sujet de « Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s