Auteur : Païkanne

La souffrance des autres, Val McDermid

Présentation de l’éditeur. Carol Jordan, traumatisée par un viol, doit diriger une nouvelle brigade d’élite où chacun met en doute ses capacités. Sa première enquête la conduit à traquer un violeur, pour qui rien n’est plus exquis que la souffrance des autres…

L’aide de Tony Hill – qui fait tout pour la remettre sur pied – lui sera indispensable pour démêler une intrigue qui repose sur la manipulation mentale.

Couverture La souffrance des autres

Mon avis. Une intrigue qui ferre le lecteur et ne le lâche plus…

Je découvre cette auteure écossaise avec ce titre mettant en scène, pour la quatrième fois, un duo d’enquêteurs composé de l’inspecteur principal Jordan, chargée de la Brigade des enquêtes majeures, épaulée par Tony Hill, profileur peu conventionnel.

Jordan revient sur le terrain après qu’elle a été violée lors d’une précédente enquête, autant dire que sous une façade de granit, les fissures sont (douloureusement) bel et bien présentes.

   « – Il n’existe aucune chose pareille, répondit-elle sèchement en le regardant dans les yeux. J’ai été violée, John. Il n’y a rien qui puisse se comparer à ça, à part la mort, et jusqu’ici personne n’est revenu en parler. » [p. 25 – 26]

Or la première enquête qui lui est confiée concerne un viol particulièrement horrible suivi d’un meurtre. Difficile de garder la tête froide dans de telles circonstances, d’autant que certains membres de son équipe semblent l’attendre au tournant. Heureusement (?), elle peut compter sur le soutien inconditionnel de Tony Hill, mais leur curieuse relation faite de non-dits n’aide pas toujours forcément l’enquêtrice…

Parallèlement s’ajoutent des recherches relatives à un cold case, vécu comme un échec personnel par un de ses subordonnés et relancé depuis peu… Autrement dit, personne ne chôme au sein de cette équipe disparate.

Difficile de lâcher le roman une fois qu’on l’a commencé ; j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt autant les investigations menées que la manière dont chacun évolue – ou pas – au fil du récit, me demandant si la policière allait trouver les ressources nécessaires pour mener à bien ces enquêtes sans y laisser sa peau.

   « Dans son combat pour se rétablir, elle avait résisté à la consommation facile de la boisson, appréhendant ses fausses promesses d’oubli. Mais ce soir, elle avait besoin de faire table rase. Fermer les yeux et voir défiler les images qu’elle avait ramenées de la morgue lui semblait au-dessus de ses forces. Sans anesthésique, jamais elle n’arriverait à trouver le sommeil. Et sans sommeil, elle ne pourrait pas mener efficacement la chasse au meurtrier de Sandie Foster. Elle fouilla dans le tiroir aux couverts à la recherche d’un tire-bouchon, ouvrit hâtivement la bouteille. » [p. 113]

Une belle découverte…

Traduction (anglais, Écosse) : Philippe Bonnet et Arthur Greenspan.

Titre VO : The Torment of Others (1998).

Grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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L’Inconnue de l’équation, Xavier Massé

Présentation. Quatre heures. La police n’a que quatre heures pour démêler ce qui ne semblait être au départ qu’un simple drame familial : un couple, Juliette et François, retrouvé carbonisé, leur fils, Julien, gisant au sol.
Deux salles d’interrogatoires, deux témoins de la tragédie : la mère de François et une flic déjà présente sur les lieux. Deux versions, deux visions différentes.
Accident, meurtre, ou vengeance ?
Une toile d’araignée va se tisser peu à peu et d’une simple énigme va surgir une équation… aux multiples inconnues.

Mon avis. Un récit qui se lit d’une traite, malgré quelques maladresses…

Un drame : un couple retrouvé carbonisé ; leur jeune fils entre la vie et la mort ; deux témoins : Mireille, la grand-mère, et Amandine Binger, une policière…

Il s’agira de (tenter de) démêler le vrai du faux lors des interrogatoires « croisés » des deux témoins ; au centre : des policiers qui tantôt pensent avoir trouvé le fil qui permettra de dévider l’écheveau, tantôt se retrouvent dans une impasse…

Un bon moment au cours duquel le lecteur se retrouve au beau milieu d’un imbroglio, se triturant allègrement les méninges aux côtés des enquêteurs.

Si j’ai évoqué des maladresses, c’est parce que certains dialogues m’ont paru manquer de « naturel » ; en outre, le voile est levé à la fin en un « bloc » peu digeste…

Merci au éditions Taurnada pour ce partenariat.

Le dernier chant d’Orphée, Robert Silverberg

Présentation. On dit qu’il pouvait, par son chant, charmer les animaux et les arbres, sa voix fit chavirer les sirènes elles-mêmes. Mais son cœur appartenait à Eurydice, et lorsque la mort vint la lui ravir, Orphée se présenta aux portes des enfers, armé de sa seule lyre, afin de reprendre à Hadès l’âme de sa bien-aimée.          

Couverture Le dernier chant d'Orphée

Mon avis. La musique ne m’a pas charmée…

Cette réécriture du (des) mythe(s) d’Orphée ne m’a nullement emportée ; on y (re)découvre des épisodes relatifs à la mythologie grecque à travers le regard d’Orphée qui sait « de toute éternité » ce qui l’attend s’il agit de telle ou telle manière, par exemple lorsqu’il se retourne pour s’assurer qu’Eurydice le suit alors qu’ils quittent les enfers, la perdant par là même irrémédiablement…, mais qui ne peut agir autrement puisque les dieux l’ont décidé. Ce constat d’Orphée revient tel un leitmotiv durant tout le récit.

   « Tu vas me demander pourquoi je me suis retourné, pas vrai ? Après tout, Hadès me l’avait formellement interdit ; en outre, je connais tout du passé et du futur, et je savais très bien quelles seraient les conséquences de ce simple regard.

   Voici ma réponse : aucun de nous ne peut dévier de la route que lui ont tracée les dieux. Moi, je DEVAIS me retourner et jeter ce coup d’œil fatal, tout comme Œdipe a dû assassiner le vieillard rencontré à la croisée des chemins, mettant ainsi en branle la machinerie implacable que les dieux avaient conçue à son intention. » [p. 47]

Traduction (USA) : Jacqueline Callier et Florence Dolisi.

Titre VO : The last song of Orpheus (2010).

Merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat.                

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Le Serment de l’Orage, 1, Gabriël Katz

Présentation de l’éditeur.

« Ils étaient sept.
Sept chevaliers sous un ciel d’orage. »

Morgien et Cynon, deux jeunes chevaliers, la tête pleine de rêves de gloire et de hauts faits, n’ont qu’une hâte : prouver leur valeur. Ils n’hésitent pas un instant lorsque le seigneur Edwin de Gore leur propose d’entrer à son service dans les Hautes Terres. Des landes arides et occupées par une bande armée. Sans hommes ni moyens, les deux chevaliers devront faire face à l’adversité avec bravoure et honneur. Mais il plane en ces lieux une atmosphère sombre et malsaine. Alors que la demeure seigneuriale devient le théâtre de morts inexpliquées, une forteresse macabre apparaît à la faveur de la nuit. Les phénomènes inquiétants se multiplient, et bientôt, nul doute qu’une malédiction est à l’œuvre. Le Diable approche, et avec lui, la fin du royaume.

Couverture Le serment de l'orage, tome 1

Mon avis. Un régal…

Le récit s’ouvre au cœur d’une nature cauchemardesque, à travers le regard d’un enfant pétrifié par ce qui se déroule sous ses yeux…

La suite : focus sur deux des personnages principaux, Morgien et Cynon, jeunes chevaliers que l’on peut en quelque sorte qualifier d’apprentis : des rêves plein la tête, mais point encore d’épée exercée. Qu’à cela ne tienne, ils sont bien décidés à montrer de quel « fer » ils se chauffent, lors du tournoi nommé Tirocinium. Succès en demi-teinte, mais les deux amis sont remarqués par Edwin de Gore, un seigneur qui s’en va prendre possession de son « domaine », Hollow Grave, en l’occurrence une terre complètement à l’abandon où tout sera à (re)construire, après avoir chassé les brigands qui se sont installés dans « l’ersatz de château » et font régner la terreur alentour.

S’ils sont effectivement « chevaliers en fonction », Morgien et Cynon déchantent vite car hormis l’Honneur – avec une majuscule – ils ne disposent pas encore de gîte, et à peine de couvert. À leurs côtés, Alistair, une grande brute qui avait donné bien du fil à retordre à Cynon lors du tournoi, ainsi que des paysans venus en aide à ceux qui les ont débarrassés des brigands. Rien de plus.

   « La cour du château de Hollow Grave était une porcherie. Au sens propre, puisqu’on y élevait des cochons, mais aussi parce que dix ans de crasse, de déchets et d’excréments s’y accumulaient. Trois bâtiments de bois vermoulu, aux planches branlantes, servaient de logis seigneurial, pour le reste on dormait sous des bâches, à même le sol ou sur des paillasses rongées de vermine. Les habitants partis en hâte avaient abandonné des caisses de fruits à moitié pourris, des tonneaux de vin, des enclumes, et même une vieille charrue paysanne à laquelle il manquait une roue.

   Morgien fut pris de nausées, tant la puanteur ambiante soulevait le cœur. » [p. 81]

Le cadre est planté. Bien vite s’ajoute une atmosphère pesante qui plombe les esprits, y compris les plus « enthousiastes », un malaise lancinant qui semble confiner au surnaturel…

Pour couronner le tout, la guerre semble inévitable depuis que le duc de Westlingshire, un Eirinien, a décidé de faire main basse sur les Hautes Terres ; le cruel baron O’Dunlin est chargé de « débroussailler le terrain », autrement dit s’assurer de la « coopération » de tous, quel qu’en soit le prix…

   « Le baron de Rothburry prit le chambellan par le bras et l’emmena à l’écart.

   – Qu’est-ce qui se passe ? Il y a quelque chose que je devrais savoir ?

   – Oui, messire. L’homme dont il a parlé… Le duc…

   – Tu sais quelque chose de cet Eirinien pouilleux ?

   – Oui, messire.

   – Eh bien ? Parle ! Qui est-ce ?

   – Le chambellan avala sa salive et surveilla Moorhead en coin, comme s’il pouvait l’entendre. Puis il se rapprocha du baron et lui glissa à l’oreille :

   – C’est le Diable. » [p. 57 – 58]

Ce récit allie (més)aventures, drames, chevalerie, contexte médiéval, surnaturel et personnages féminins qui se révèlent lorsque l’exige la situation : une des dernières scènes, les concernant, m’a d’ailleurs beaucoup émue.

J’attends la suite, d’autant que bon nombre d’interrogations demeurent sans réponses : de l’art de ménager le suspense, Monsieur Katz…

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Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Coup de chaud à Copenhague, Julie Caplin

Présentation de l’éditeur. Kate bout de rage. Son prétendu fiancé vient de lui souffler la promotion qu’elle espérait. À la place, sa chef lui lance le défi de convaincre un groupe de journalistes récalcitrants de la suivre une semaine à Copenhague afin d’y goûter le style et les charmes de la capitale danoise. Parmi eux, l’arrogant Ben Johnson, brillant, séduisant, mais ingérable…

Aléas, incidents et rebondissements, Kate ne sait plus où donner de la tête. Heureusement, pour adoucir sa mission, il y a l’atmosphère chaleureuse du Café d’Eva, ses pâtisseries, et, progressivement, les choses semblent s’arranger… [N’allez SURTOUT PAS lire la dernière phrase de la 4e de couverture].

Couverture Coup de chaud à Copenhague

Mon avis. Un divertissement bien agréable…

Ce roman est arrivé à point nommé dans ma boîte aux lettres : j’avais l’envie de « léger » en ces semaines où le printemps (essaie de) pointe(r) le bout du nez. D’emblée, j’ai apprécié le moyen format, tant pour les dimensions que pour le confort de lecture…

Entendons-nous bien : nulle surprise dans ce récit où l’on sait tout de suite comment les choses vont/risquent de se terminer et pourtant, je n’en ai fait qu’une bouchée, désireuse de savoir – quand même – si je me trompais. Ou pas.

« Ma rencontre avec un prince charmant digne d’un conte de fées était complètement gâchée. Comment l’inconnu du bal pouvait-il être la même personne que l’odieux Benedict Johnson ? » [p. 64] 

Cette escapade à Copenhague en compagnie d’une Kate chapeautant, tant que faire se peut, un groupe de journalistes  pas forcément/du tout motivés, m’a beaucoup plu. Les personnalités se révèlent parfois différentes de l’image qu’elles renvoient ; la charmante Eva réchauffe les cœurs grâce à ses boissons revigorantes, ses pâtisseries maison, son oreille attentive et sa perspicacité.

  « Une douce lueur émanait du café, baignant la rue pavée, comme si un phare accueillant me guidait. Je me détendis dès que j’eus poussé la porte de Varme. Après nos aventures de la veille, j’étais trop crispée pour bien dormir. Semblant le savoir, Eva apparut comme par magie avec un mug fumant de café et des kanelsnegle tout chauds qu’elle posa sur une table avant de m’inviter à m’asseoir. » [p. 165]

Un conseil : laissez-vous tenter, mais de grâce, ne lisez pas la fin du texte de présentation de la 4e de couverture. J’espère que si réédition il devait y avoir, la dernière phrase disparaîtrait définitivement au fond d’un carton…

Traduction : Alexandra Herscovici-Shiller.

Titre VO (GB) : The little café in Copenhagen (2018).

Grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Le guide nature : Les oiseaux, collectif

Présentation de l’éditeur. Pensé pour tenir dans votre poche, ce guide dense et clair réunit l’ensemble des oiseaux qui volent, nichent ou font halte près de chez vous. A vos jumelles !

Mon avis. Une mine de renseignements et de superbes illustrations pour qui veut découvrir l’univers des oiseaux…

Le livre commence par énoncer le matériel nécessaire à l’observation des oiseaux (jumelles, appareil photo, carnet/crayon et lampe de poche), avant de mettre en évidence les règles d’or à respecter, entre autres bannir les insecticides, respecter les limitations d’accès, ne pas approcher les nids…

L’ouvrage se divise ensuite en différentes parties : les oiseaux par groupe (rapaces diurnes, nocturnes, petits échassiers…) ; les oiseaux par milieu (champs, ville, mangeoire…) ; les traces et indices (plumes, nids, œufs) ; aller plus loin (migrateurs et chanteurs).

Pour chaque oiseau répertorié sont présentés des symboles et abréviations : longueur, envergure… ; particularités ; alimentation, reproduction, activités ; altitude…

Personnellement, j’ai été particulièrement intéressée par les sections « rapaces » et « dans les champs ».

Merci aux éditions de La Salamandre pour ce partenariat.

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Long way down, Jason Reynolds

Présentation.

SOIXANTE SECONDES.
SEPT ÉTAGES.
TROIS LOIS.

Quand quelqu’un est tué dans le quartier de Will, il faut respecter les trois Lois :
1) Ne pas pleurer.
2) Ne pas balancer.
3) Se venger.
Et Shawn, le frère de Will, vient d’être assassiné.

Couverture Long way down

Mon avis. Un coup dans l’eau en ce qui me concerne…

Le livre est superbe, décliné à l’intérieur comme sur la couverture dans toutes les tonalités de gris imaginables, une couleur à l’unisson du propos et de l’existence de Will. Durs.

En outre, la présentation du texte est extrêmement originale puisque l’histoire est racontée en vers d’inégale longueur, agencés sur les pages de diverses manières.

Et pourtant, je suis demeurée sur le bord du chemin : je n’ai en effet nullement été touchée par l’évocation du « destin potentiel » de Will, dont le frère Shawn vient d’être abattu. Or, la conséquence du meurtre n’est pas négligeable : en raison des trois lois qui depuis toujours régissent le quartier (ne pas pleurer ; ne pas balancer ; se venger), Will va devoir agir et par là même, risquer lui-même d’être broyé par cet engrenage infernal.

La majeure partie du récit tient en quelques minutes : celles qui séparent le septième étage du rez-de-chaussée alors que Will emprunte l’ascenseur qui le conduit vers son futur (?). C’est dans cet espace confiné qu’il fera d’étranges rencontres…

Si je suis restée à distance de l’adolescent, c’est probablement à cause des vers hachés (menu) qui ne permettent pas d’étoffer le(s) personnage(s), même si, je le reconnais, cette manière de faire cadre tout à fait avec le côté « percutant » des évènements.

« 1.1 : TECHNIQUES DE SURVIE (énoncées clairement)

Tu

descends

de

quelqu’un

évite

de

te

faire

descendre

par

quelqu’un. » [p. 62]

 

« LA VRAIE QUESTION,

            il a dit

            en tournant les yeux vers moi,

                                    c’est pourquoi toi tu es là ? » [p. 173]

 

Ce roman devrait plaire, me semble-t-il, aux adolescents à partir de 15 ans.

Traduction : Insa Sané.

Titre VO : Long Way Down (2017).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

La Voie des Oracles, II. Enoch, Estelle Faye

Présentation. Parce qu’Aedon les poursuit sans relâche, Thya, Aylus, Enoch et le Sylvain minuscule fuient dans les terres barbares jusqu’aux confins de l’Asie.

Sur les routes, ils vont découvrir des mondes différents, colorés, fabuleux, aux magies millénaires, aux mythologies fascinantes. Un univers plus vaste et plus étrange que tout ce qu’ils auraient pu imaginer.

Leurs rares alliés sont en péril. Aedon, toujours plus menaçant et plus trouble, a conclu un pacte avec des créatures des Enfers. Pour survivre, Thya doit percer le secret des anciens Oracles, mais l’intervention d’Enoch risque de tout changer.

Car ce nouveau monde, s’il les force à se révéler, pourra aussi les perdre… 

Couverture La Voie des oracles, tome 2 : Enoch

Mon avis. Si je craignais de me perdre sur cette « voie des oracles » après avoir laissé s’écouler plus de deux ans après la lecture du premier opus, il n’en fut rien et j’ai retrouvé avec grand plaisir les protagonistes de Thya.

Le récit s’ouvre avec Aedon qui, toujours aussi « charmant » et pleutre, attend avec (grande) impatience le décès de son père ; le « destin » s’en viendra lui prêter main forte sous de « sublimes » traits « infernaux… particulièrement intéressés.

   « Il avait envie et peur à la fois de passer sous son emprise. Des deux émotions, l’envie fut la plus forte. Il se laissa entraîner. » [p. 14]

Thya, Enoch et Aylus sont en fuite, tâchant à la fois d’échapper à Aedon et de soulever un coin du voile occultant les visions de Thya, particulièrement présentes dans ses rêves, ou plus précisément ses cauchemars. Enoch, quant à lui, tente – plutôt mal que bien – de maitriser son pouvoir avec, à ses côtés, le Sylvain minuscule ; enfin, Aylus veille sur ses deux compagnons d’infortune.

   « Les brumes l’épuisaient, drainaient son énergie, à chaque invocation davantage. Pour un peu, il aurait laissé l’autre en finir avec lui, tellement il était fatigué » [p. 21]

   « – Il y a toujours un prix à payer, déclara Aylus. Pour chacune de nos visions, chaque fois que nous interrogeons l’avenir… » [p. 27]

Le récit nous emporte sur les routes de Germanie, de Constantinople, du Caucase, du « bien nommé » désert du Vide… alternant le chaud et le froid, au sens propre comme au figuré. L’aventure chemine à leurs côtés. La souffrance et la douleur aussi.

Les chapitres se focalisent tantôt sur le trio, tantôt sur un des membres du trio une fois qu’ils sont séparés, tantôt encore Aedon. Certains nouveaux personnages sont étoffés et retiennent davantage l’attention, c’est entre autres le cas des nomades Ādur et la Mère. Thya m’a cependant paru moins attachante que dans le premier tome ; elle semble « s’insensibiliser » au fil des épreuves.

J’ai à nouveau beaucoup savouré l’habile mariage entre fantasy, Histoire et mythologie ; je lirai volontiers le dernier tome quand je m’en accorderai le temps, d’autant que la fin appelle la suite.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

L’étoile de Robin, Philip Giordano

Présentation de l’éditeur.

Il

était

une fois

une très haute

montagne. Sur

cette montagne vivait

une harde de bouquetins.

Tous passaient leur temps à

se combattre. Tous, sauf Robin,

qui préférait explorer les hauteurs.

Il avait un rêve à réaliser : grimper jusqu’au

sommet de la montagne, au-delà des nuages…

Couverture L'étoile de Robin

Mon avis. Un superbe album à lire aux jeunes enfants…

Robin est un bouquetin qui, contrairement à ses congénères,  n’aime pas se battre ; il passe son temps à explorer la montagne et son rêve est de découvrir ce qu’il y a au-delà des nuages.

Lors de ses pérégrinations, il fait la connaissance d’un crave à bec rouge, d’une marmotte et d’un tétras-lyre. Un jour, il est amené à venir en aide aux autres bouquetins grâce à son expérience de la montagne. Puis le temps passe et Robin se fait vieux…

Cet album aux magnifiques dessins colorés met en évidence la différence qui se mue en atout, ainsi que le temps qui s’écoule, inexorablement, entrouvrant la porte vers autre chose…

Traduction : Élisabeth Sebaoun.

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

L’usurpateur, Jørn Lier Horst

Présentation. Norvège. Un homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain : voici les prémices de ce roman…

Couverture L'usurpateur

Mon avis. Une découverte à la hauteur de la superbe couverture…

La première enquête est menée par Line Wisting, une journaliste désireuse d’écrire un papier sur Viggo Hansen, l’homme décédé devant son poste de télévision : comment, dans la société actuelle, est-il possible de mourir sans que personne ne s’en aperçoive ?

   « Je crois que ça pourrait être un bon article pour les fêtes, déclara-t-elle avant de boire une gorgée de café. L’ONU vient de nous classer parmi les pays qui ont la meilleure qualité de vie. Mais dans les enquêtes sur le sentiment de bonheur des habitants, la Norvège arrive cent douzième. C’est un pays du Pacifique qui caracole en tête de liste, une petite communauté insulaire où les gens ont toujours du temps pour autrui et prennent soin les uns des autres. » [p. 13-14]

La seconde enquête, menée par la police norvégienne, est dirigée par William Wisting, le père de Line, à mille lieues d’imaginer que la découverte d’un corps abandonné dans une plantation de sapins aura des ramifications insoupçonnées… et insoupçonnables…

   « Mais c’était un début et il savait d’expérience que d’autres éléments viendraient. Strate après strate, l’affaire s’épaissirait. Comme une boule de neige. » [p. 54]

Le récit alterne les investigations de la fille et du père et si le lecteur comprend vite que les deux enquêtes risquent « très fortement » d’être liées, les deux protagonistes respectent leur devoir de réserve, si bien que l’un et l’autre n’ont nullement conscience des avancées de l’autre…

Difficile de déposer le livre une fois commencé : les chapitres courts alternant les points de vue de la fille et du père ferrent le lecteur pour ne plus le lâcher. Pas d’inutiles fioritures ici, mais un froid prégnant et une neige immaculée (!), cadre idéal de ce qui se joue en ces lieux alors qu’une course contre la montre succède au travail de fourmis mené par les enquêteurs… Le rythme s’accélère. Dangereusement.

Traduction (norvégien) : Céline Romand-Monnier.

Titre VO : Hulemannen (2013).

Merci à Gallimard et lecteurs.com pour ce roman reçu dans le cadre de l’opération « Explorateurs du Polar ».

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne 5.