Le Livre de l’Énigme, 1 : Source des Tempêtes, Nathalie Dau

Présentation de l’éditeur. « Les ténèbres ont un cœur de lumière. Je l’ai su quand j’ai vu l’enfant dans la tempête. J’ai entraperçu l’azur de sa magie étrange et intense, mon univers s’est métamorphosé. Moi qui me sentais si seul, si désespéré, j’ai découvert soudain pourquoi j’étais venu au monde : pour protéger celui qu’on m’a donné pour frère. Un frère pas tout à fait humain, pas tout à fait possible. Le protéger des autres et de lui-même : des décisions qu’il voudrait prendre afin de résoudre sa maudite Énigme. Car ce petit est doué pour se mettre – nous mettre – en péril ! Mais j’ai la faiblesse de croire que je suis plus têtu que lui. »

Couverture Le livre de l'énigme, tome 1 : Source des tempêtes

Mon avis. Un univers d’une incroyable densité…

Focus sur différents personnages. D’abord Cerdric, petit-fils du seigneur de Cassegrume, un enfant profondément seul, sa « génitrice » (« mère » serait encore trop doux, ne parlons même pas de « maman »), Nérasia Tirblad, une femme à la beauté sublime qui n’a de cesse de dénigrer, repousser, rejeter son enfant. Celui-ci grappille çà et là un peu de tendresse, au gré de rares rencontres, notamment dans l’entourage du margrave Ardégyl.

Il découvre un jour l’identité de son père : Kéral Asulen, l’un des derniers Mages Bleus, une caste persécutée et décimée lors de ce que l’on a nommé « l’Éradication ». Cerdric décide d’écrire à son père exilé dans l’espoir de nouer un lien, aussi infime soit-il, avec lui. Il ne le sait pas encore, mais cette initiative vient de faire basculer son existence…

   « Je vis des hommes et des femmes qui n’en étaient pas, traités pis que des bêtes.

   Ils allaient nus malgré le froid, un lien de chanvre autour du cou. Des chaînes de fer aux poignets, leurs chevilles entravées de même. Attachés les uns aux autres. Forcés d’aller d’un même pas ou de tituber de concert. Pour les contraindre à avancer, des fouets claquaient au-dessus de leurs têtes ; parfois, ils leur cinglaient la chair.

   J’étais partagé entre horreur et fascination, incapable de détourner le regard. Je notai tout : les meurtrissures, les brûlures de frottement, les bleus d’ecchymoses, la couche de crasse… et l’éclat d’une beauté qui demeurait inaltérable ; qui éveillait en moi des appétits honteux.

   C’était la première fois que je croisais des rives. Toutes les rumeurs se trouvaient confirmées. Accablés de fatigue, visiblement déchus, ils conservaient un mélange de grâce et d’arrogance. » [p. 97]

Ceredawn apparaît ensuite : un enfant lumineux – dans un premier temps -, supportant un poids terrible sur ses épaules, un esprit adulte dans un corps d’enfant même si, en de trop rares occasions, il retrouve fugacement son âme juvénile, avant d’être rattrapé par son destin.

   « Stupéfait, je levai les yeux et vis l’enfant qui m’observait. Il se tenait bien droit, à présent, mais toujours au-dessus du sol. Ses bras s’étaient ouverts comme pour m’accueillir. La bulle dilatée m’offrait sa protection d’azur, j’en étais tout enveloppé. Il m’avait inclus dans son monde, dans sa paix, dans sa chaleur. Pour la première fois, j’éprouvais la sensation d’être accepté sans réticence. J’eus envie de le remercier… mais l’émotion brisa ma voix. » [p. 122]

Dans la dernière partie du roman s’immisce Arvrylith, puissant, mystérieux, (s)ombre ; il devrait, je le suppose, donner sa « pleine mesure » dans le tome suivant.

Il est bien difficile d’évoquer ce roman tant il est riche : il y est question, pêle-mêle, de (dé)loyauté, d(‘)e (ir)respect, d’intolérance, d’amour fraternel et charnel, de sexe, de races, d’esclavage, de vices, de fées, de démons, de (lutte de) croyances,… Sombre et lumineux à la fois, le livre se focalise sur des personnalités nuancées car n’est-il pas vrai que l’Homme se construit avec/dans le Bien et le Mal, dans des proportions variées selon les cas et les influences subies ?

Cerise sur le gâteau : la plume de l’auteure, artistiquement travaillée…

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Surface, Olivier Norek

Présentation de l’éditeur. Noémie Chastain, capitaine en PJ parisienne, blessée en service d’un coup de feu en pleine tête, se voit parachutée dans le commissariat d’un village perdu, Avalone, afin d’en envisager l’éventuelle fermeture.

Noémie n’est pas dupe : sa hiérarchie l’éloigne, son visage meurtri dérange, il rappelle trop les risques du métier… Comment se reconstruire dans de telles conditions ?

Mais voilà que soudain, le squelette d’un enfant disparu vingt-cinq ans plus tôt, enfermé dans un fût, remonte à la surface du lac d’Avalone, au fond duquel dort une ville engloutie que tout le monde semble avoir voulu oublier…

Couverture Surface

Mon avis. De nouveau conquise par ce roman d’Olivier Norek…

Le livre commence par le drame survenu lors d’une intervention de la PJ parisienne au domicile d’un dealer : Noémie Chastain, qui dirige l’intervention, est atteinte par un coup de fusil de chasse en pleine tête. Autant dire qu’elle doit sa survie à un miracle. Car il est ici bien question de survie ; je dirais même qu’à ce stade, il devient difficile de parler de « se reconstruire ». En effet, on peut éventuellement se reconstruire en faisant table rase du passé ; ici, impossible de procéder de la sorte, puisque définitivement, son profil droit se rappelle douloureusement à son « bon » souvenir. Et même quand on tente (désespérément) de recoller les morceaux, les fêlures sont présentes. Que dire alors des brèches…

Avec la moitié du visage intact, Noémie devient No, et une fois sa « convalescence » passée, elle est « chargée d’une mission » dans l’Aveyron. Traduction : elle dérange car elle rappelle trop les « dangers du métier » ; sa hiérarchie décide donc de l’éloigner en attendant de trouver un prétexte plausible – les « résultats » de la jeune femme sont excellents – pour un changement d’affectation.

   « Noémie était morte d’un coup de feu dans ce studio de banlieue et aujourd’hui, No regardait par la baie vitrée de l’hôpital la foule des vivants. » [p. 45]

Elle débarque à Avalone avec (une) arme – qu’elle n’arrive plus à tenir en main – et (presque sans) bagages, bien décidée à réaliser rapidement « l’audit » imposé sur le commissariat de Decazeville et rentrer dare-dare à Paris. Difficile dès lors pour elle de « s’accorder au rythme local »…

   « – Une nouvelle maison, un nouveau village, un nouveau service et des nouveaux collègues, vous voulez tout faire d’un coup ? Vous savez, ici, il faut savoir rétrograder les vitesses. C’est marrant comme les Parisiens ont du mal à ralentir. » [p. 82]

Les choses bougent – au sens propre et au figuré – lorsque le cadavre d’un enfant disparu 25 ans plus tôt refait surface…

   « – C’est l’ancien village qui libère ses fantômes. Ça présage rien de bon. » [p. 123]

Ce récit – aux nombreux clins d’œil – se lit d’une traite ou presque et au-delà de l’enquête, c’est le personnage de No(émie) que le lecteur découvre avec la souffrance qui la submerge et la pousse à « envoyer bouler » tous ceux qui tentent maladroitement de lui venir en aide, tous ceux qui éprouvent un tant soit peu de « com-passion » à son encontre. Le seul véritablement toléré à ses côtés est un chien à la gueule cassée. Comme la sienne. Et aussi Melchior, le psy avec qui elle s’entretient par écran interposé, un psy qui appuie là où ça fait mal quand il estime le moment opportun.

   « … vous avez un visage parmi huit milliards d’autres, c’est le vôtre, vous n’en changerez pas. Maintenant, vous avancez ou vous restez sur place. » [p. 103]

Je retrouverais volontiers Noémie dans une nouvelle enquête, mais cela, c’est – qui sait ? – une autre histoire…

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Que la montagne est belle, Stephen Wallenfels

Présentation de l’éditeur.

Après une partie de poker, quatre amis se promettent de partir camper dans le parc national de Yosemite :
Ceo, le tombeur à qui tout réussit,
Grahame, la force de la nature,
Colin, le meilleur ami de Ceo,
et Rhody, qui finalement ne vient pas.
Il est remplacé par Ellie, une fille que Ceo a invitée et que personne ne connaît.

Un simple week-end entre copains… en théorie.

Mon avis. Un « bon » moment de lecture, mais sans l’intense frayeur escomptée…

Quatre amis ont décidé de partir camper quelques jours dans le parc de Yosemite, mais ils se retrouvent finalement à trois : Ceo, le Dom Juan « très à l’aise financièrement » ; Grahame, « l’Hercule » du groupe ; et Colin, l’ami (discret) des deux autres, issu d’un milieu social peu aisé. Le quatrième larron, Rhody, fait défection à la dernière minute et Ceo invite à sa place, sans en parler aux autres, Ellie, une jeune fille rencontrée l’été précédent..

Le roman se lit très aisément, happé que l’on est par l’histoire qui s’inscrit au fil des pages : sous une apparente cordialité, les trois garçons ont parfois des relations tendues, voire houleuses, principalement en raison de la personnalité « meneuse » de Ceo. En outre, Ellie a accepté, pour diverses (mauvaises) raisons, de rejoindre les garçons sans connaitre les amis du beau leader et sans imaginer qu’elle serait la seule fille du quatuor. Le décor est planté.

La tension, d’emblée initiée avec la hache de la couverture, est palpable d’un bout à l’autre du récit et va crescendo ; en cela, le livre respecte tout à fait ce que le lecteur en attend ; il est cependant dommage que l’on attende très (très) longtemps avant que surviennent les événements catastrophiques à proprement parler…

   « Tandis que nous montons à bord de la Cherokee, je pense à mon père et à tous les poissons qui se sont retrouvés dans ses filets. Il disait que le secret pour les attraper n’est pas l’appât en lui-même, mais la mise en scène.

   Pauvre Grahame.

   Il n’a jamais senti l’hameçon. » [p. 117]

   « Puis Grahame et lui s’enfoncent dans les bois.

   L’un d’eux avec une corde sur l’épaule.

   L’autre une hache à la main. » [p. 199]

 

Traduction : Lauriane Crettenand.

Titre VO : Bad Call (2017).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Inventer les couleurs, Gilles Paris et Aline Zalko

Présentation de l’éditeur. Hyppolite vit avec son papa à Longjumeau. La vie pourrait être grise, avec un papa qui s’échine entre les quatre murs d’une usine, et l’école où Hyppolite fait l’apprentissage d’une vie avec ses copains Gégé et Fatou. Seulement voilà Hyppolite dessine et les couleurs transfigurent tous ceux qui l’approchent.
Et si un enfant pouvait faire grandir les adultes autour de lui ?

Couverture Inventer les couleurs

Mon avis. Une parenthèse colorée

Ce court récit illustré zoome sur la vie d’Hyppolite, un jeune garçon qui vit seul avec son papa depuis que sa maman est partie avec le papa de son ami Gégé, « très loin, en Thaïlande, parce que la vie y est moins chère et la mer plus belle qu’à Longjumeau. » [p. 9]

Si la vie n’est pas toujours rose pour l’enfant, celui-ci a l’art d’y instiller de jolies couleurs et de savourer, en compagnie de Gégé et Fatou, les heureux moments qui se présentent à lui, que ce soit à l’école ou dans les bras de son papa. Et tant pis si les autres ne comprennent pas qu’une maison peut être arc-en-ciel et le soleil, rouge…

   « J’aime bien tenir sa main noire dans la mienne toute blanche. Peut-être même que si on restait des années comme ça, nos mains deviendraient café au lait. » [p. 23-24]

   « J’aime trop la chaleur de son torse de papa quand je me glisse dans le lit, le matin, pour dormir encore un peu. En vérité, je ne dors pas. J’essaye de suivre sa respiration. Son souffle dans mon cou sent fort la bière et la cigarette, et tant pis si ça sent pas le lilas, c’est mon papa et je l’aime comme il est ». ´[p. 26]

Un beau livrealbum

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

Blacksad,1 : Quelque part entre les ombres, Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido

Présentation de l’éditeur. « Parfois, quand j’entre dans mon bureau, j’ai l’impression de marcher dans les ruines d’une ancienne civilisation. Non à cause du désordre qui y règne, mais parce que certainement cela ressemble aux vestiges de l’être civilisé que je fus jadis ».

Couverture Blacksad, tome 1 : Quelque part entre les ombres

Mon avis. Une belle découverte…

C’est effectivement Quelque part entre les ombres que cette BD emmène le lecteur : Blacksad est amené à enquêter (officieusement, car le commissaire Smirnov lui a expressément recommandé de rester en dehors de l’affaire) sur le meurtre de Natalia Wilford, actrice en vogue et ancienne compagne du détective. Un amour toujours présent en lui.

Blacksad tente alors de faire la lumière (!) sur le crime, d’autant qu’il se rend très vite compte que ses investigations dérangent…

Les personnages ont un corps humain surmonté d’une tête d’animal ; ainsi le chat – anti-héros par excellence – Blacksad ; le berger allemand Smirnov ; les « hommes » de main crocodiles, lézards et rats ; le garde du corps (évidemment) gorille… Chaque animal correspond à la fonction qu’il est amené à remplir.

Les scènes sont abondamment détaillées et la palette des couleurs correspond au « polar », sombre par définition – ça fume, ça boit, ça cogne à tire-larigot -, en dehors des deux planches relatant les doux moments passés en compagnie de sa belle maintenant « refroidie ». 

   « Désormais, j’étais condamné à ce monde-là : une jungle où le gros dévore le petit, où les hommes se comportent comme des animaux. Je m’étais engagé dans un chemin du côté le plus sombre de la vie… au milieu duquel je marche encore. » [p. 48]

Merci à Rakuten pour ce partenariat, dans le cadre de l’opération « La BD fait son festival » – La BD ICI.

Moment culture : origine de l’expression « à tire-larigot ».

Killing Kate, Alex Lake

Présentation de l’éditeur. De retour de vacances, vous apprenez qu’un tueur en série sévit dans votre ville et que toutes ses victimes vous ressemblent. Ça pourrait être une simple coïncidence ou une mauvaise blague, mais c’est ce que vit Kate, jeune avocate de vingt-huit ans. Habituée au calme des rues de Stockton Heath, la jeune femme ne se sent plus en sécurité. Elle est convaincue qu’on l’espionne, qu’elle est suivie. Est-elle simplement le jouet de son imagination ou la prochaine sur la liste d’un tueur sans pitié ?

Couverture Killing Kate

Mon avis. Après avoir dévoré After Anna,  je n’ai pas hésité une seconde avant de me lancer dans ce roman ; comme le précédent, il ferre le lecteur pour ne plus le lâcher avant la fin ; j’émettrai cependant cette fois-ci quelques réserves…

Nous cheminons aux côtés de Kate, une jeune femme qui vient se séparer de son compagnon alors qu’ils devaient se marier dans un avenir proche : elle se sentait enfermée dans cette relation trop prévisible. Elle a décidé de profiter de la vie, chose qu’elle avait trop peu faite jusqu’alors. C’est ainsi qu’avec ses amies de toujours, May et Gemma, elle savoure une semaine de vacances en Turquie.

Tout serait pour le mieux si peu avant son départ, une jeune femme de Stockton Heath, son lieu de résidence, n’avait été sauvagement assassinée. De surcroit, la victime lui ressemblait « terriblement ». Lorsqu’un deuxième crime se produit  dans des circonstances analogues, Kate sent qu’elle est elle-même en danger et ne cesse de regarder derrière elle, tout en essayant d’en savoir plus.

   « Kate les raccompagna à la porte. Puis elle prit ses clés de voiture. Il n’était pas question qu’elle reste seule à la maison cette nuit. En aucune façon. » [p. 89]

   « Elle passa la main sur ses cheveux ras. Dieu merci, elle les avait coupés. Dieu merci, elle n’était pas sortie hier soir avec la tête des autres victimes.

   Sans quoi – bien qu’elle ait encore du mal à y croire -, ç’aurait pu être sa photo ce matin dans les journaux. » [p. 118]

La tension s’accroit au fil de la lecture et les pages se tournent allègrement, c’est indéniable. Où donc le bât m’a-t-il blessée ? D’abord, le coupable est (beaucoup trop) vite pressenti ; on se contente alors de « vérifier » au fur et à mesure les « coïncidences » entre suspect et faits.  En outre, certaines incohérences apparaissent lors des actions menées par la Police. Par ailleurs, il est dommage que le dénouement soit expédié en deux coups de cuillère à pot ; enfin, l’épilogue est pour le moins « ahurissant ».

Cela dit, je lirai volontiers, si l’occasion se présente, le nouveau roman de cet auteur présenté comme « le pseudonyme d’un écrivain britannique à succès » : Copycat.

Traduction : Thibaud Eliroff.

Titre VO : Killing Kate (2017).

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

Diabolo fraise, Sabrina Bensalah

Présentation. Elles sont quatre sœurs, âgées de 11 à 18 ans.
Antonia, l’aînée, découvre qu’elle est enceinte.
Marieke, elle, découvre le plaisir, le flirt… et le beau Basile.
Jolène est un cas à part. Son rêve : avoir enfin ses premières règles, celles qui la feront devenir femme !
Judy, la benjamine, découvre le collège, où, comme à la maison, elle cherche sa place…

Entêtées et émouvantes, ces quatre sœurs vous feront voir la vie couleur Diabolo Fraise !

Couverture Diabolo Fraise

Mon avis. Une chouette lecture…

Ce roman fait entrer le lecteur dans la vie de quatre sœurs adolescentes : Antonia, Marieke, Jolène, et la benjamine, Judy. La famille est soudée, malgré les frictions inhérentes aux personnalités diverses.

Chacune des filles est confrontée à ses propres problèmes : Antonia fait face à une grossesse non désirée ; Marieke rencontre Basile et souhaite « ardemment sauter le pas » ; Jolène est obsédée par ses règles qui se font désespérément attendre ; quant à Judy, elle souffre de (ce qu’elle considère être) la perfection de ses ainées alors que l’entrée au collège est loin de se dérouler sans heurts…

Ce récit se lit aisément et met l’accent sur les soucis/douleurs lié(e)s à ce cap parfois/souvent difficile de l’adolescence, tant pour les enfants que pour les parents. Chacune des filles a sa propre personnalité et tâche de se construire (en opposition) avec/en regard des autres.

   « – Tu te souviens de notre premier baiser ? susurre-t-elle. Enfin… surtout de ce qui précède, tu sais ? Ce silence qui accompagne l’appréhension parce qu’on comprend, à ce moment, qu’on y est, qu’on va s’embrasser… Et cette chaleur dans le ventre quand ce n’est plus qu’une question de secondes. Et puis, voilà, on s’embrasse et d’un coup, la chaleur nous brûle en entier. On a le cœur qui transpire à grosses gouttes. » [p. 11]

   « Marieke, sur un coin d’herbe, offre son corps au soleil. Elle aimerait bien faire sa rentrée en première avec une superbe peau hâlée, histoire de raconter aux copines des vacances à la mer qui n’auront jamais existé ! » [p. 25]

   « Ses yeux glissent sur la vieille tapisserie, au-dessus du bureau, salie de traces de doigts et de feutre. Un même motif qui se répète, composé de trois fleurs. Jolène se compare souvent à la petite pâquerette du milieu, celle qu’on ne voit presque pas, étouffée entre ses deux frangines : Marieke, la rose majestueuse que tout le monde admire, et Judy, le perce-neige qui, dès lors qu’elle perfore l’hiver, émerveille les yeux avides de printemps. Et pour tout dire, Jolène en a marre d’être cette minuscule pâquerette, elle qui si souvent se rêve pivoine ! » [p. 32]

   « Judy est allongée sur son lit, repose ses jambes malmenées par les défaites au Jokari. Elle éprouve l’ennui des fins de journée estivales en écoutant Bigflo et Oli ; ses mains tapotent sur l’oreiller et ses yeux, parfois, croisent les Lego City qui croupissent dans son enfance.

    Elle lève sa jambe droite et, d’une caresse franche, soulève le duvet noir qui recouvre son tibia. Puis elle compte ses bleus, trois au total, se retourne sur le ventre et enfonce sa tête dans l’oreiller. » [p. 31]

Un roman où s’entrecroisent habilement humour, tendresse, heurts… à l’image de l’existence. Tout « simplement ».

Merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat.

La stratégie des as, Damien Snyers

Présentation de l’éditeur. Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

Couverture La stratégie des as

Mon avis. Un agréable moment en compagnie des ces protagonistes hors norme…

Le narrateur, c’est James, un elfe toujours à l’affût des bons coups susceptibles de lui rapporter un bon paquet d’atals. Il est aidé dans sa tâche par Elise, une « demi-humaine » et Jorg,  un troll qui, en tant que tel, ne passe pas inaperçu. Le trio vit d’expédients et d’arnaques diverses jusqu’à ce qu’ils soient contactés par un homme désireux de s’adjoindre leurs services au nom d’un mystérieux vieillard richissime.

L’elfe a tout a fait bien conscience que la méfiance est de mise, d’autant que la récompense est pour le moins exceptionnelle, mais difficile de résister à l’appât du gain.

Ce récit raconte dans un premier temps les préparatifs nécessaires à ce casse digne d’Ocean’s eleven, dans lequel le trio est bientôt rejoint par une comparse oh combien intéressante. Il enchaîne ensuite avec les circonstances du vol lui-même, d’autant que l’échec n’est pas envisageable : question de vie ou de mort.

Ce court roman mêle habilement aventures rocambolesques et fantasy, tout en mettant l’accent sur la (douleur liée à la) différence.

Merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne 5.

Une enquête de l’inspecteur Chen : Mort d’une héroïne rouge, Xiaolong Qiu

Présentation de l’éditeur. Shanghai 1990. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un canal. Pour l’inspecteur Chen et son adjoint l’inspecteur Yu, l’enquête se transforme en affaire politique lorsqu’ils découvrent que la morte était une communiste exemplaire. Qui a pu l’assassiner ? Chen et Yu vont l’apprendre à leurs dépens, car, à Shangai, on peut être un camarade respecté et dissimuler des mœurs déroutantes.

Couverture Mort d'une héroïne rouge

Mon avis. Un roman policier, oui, mais pas seulement…

Ce récit relate l’enquête menée par le « camarade inspecteur principal » Chen, secondé par son adjoint Yu, suite à la découverte du corps d’une jeune femme dans un canal de Shangai. La première difficulté est de trouver son identité ; lorsqu’il s’avère qu’elle n’est autre que Guan Hongying, « Travailleuse Modèle de la Nation », comment imaginer qu’elle ait pu être assassinée ? Le mystère s’épaissit davantage encore quand, suite à des investigations plus poussées, il semble que la « travailleuse modèle » recèle une « face cachée ».

Derrière les recherches orchestrées par Chen – selon la latitude minime qui lui est accordée -, poète, traducteur et « accessoirement » policier – parce qu’il faut bien vivre -, le lecteur découvre une analyse sociologique de la Chine des années nonante, une période durant laquelle les « Anciens » et les « Modernes » confrontent quotidiennement leurs visions du monde passablement divergentes ; une période durant laquelle on peut désormais évoquer librement « le Vieux Deng » (Xiaoping) alors que par le passé, parler du « Vieux Mao » était passible d’emprisonnement ; une période durant laquelle subsistent malgré tout les diktats du Parti.

   « Chen se leva et s’arrêta à la porte pour ajouter : 

    – Mais la politique n’est pas tout.

    On pouvait désormais s’exprimer de cette manière, même si politiquement elle n’était pas jugée de bon goût. La promotion de Chen avait soulevé des oppositions, ce qui s’exprimait chez ses ennemis politiques quand ils faisaient l’éloge de son « ouverture », et chez ses amis politiques quand ils se demandaient s’il n’était pas trop ouvert. » [p. 214]

Dans cette société muselée, débusquer le coupable n’est rien comparé au fait de réussir à l’arrêter – surtout s’il est une personnalité en vue -, en préservant, ou mieux, en magnifiant le Parti, et en conservant une « certaine forme » d’intégrité…

Traduction : Fanchita Gonzalez Battle.

Titre VO : Death of a Red Heroin (2000).

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 5.

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Les Oscillations du cœur, Anne Idoux-Thivet

Présentation de l’éditeur. Discrète et fleur bleue, la Japonaise Aïko Ishikawa est une designer textile talentueuse. Veuf inconsolable, l’écrivain Jean-Marc Poulain se définit lui-même comme une « ancienne gloire de la littérature ». Quant à la déroutante Angélique Meunier, elle est mathématicienne au CNRS.

Que peuvent bien avoir en commun ces trois personnages ? En apparence rien, sauf peut-être leur amour pour de curieux petits jouets vintage appelés culbutos. Par hasard, ils découvrent que certains de ces joujoux renferment de mystérieux messages : « Le phare m’appelle », « Les amants sont des âmes sœurs », « Demain je pars »…

Lié par cette étrange trouvaille, l’étonnant trio parviendra-t-il à percer cette singulière énigme ?

Couverture Les oscillations du coeur

Mon avis. Un livre « doudou »…

Trois personnages singuliers voient leurs routes se croiser grâce à une passion commune : les culbutos ou poussahs, ces jouets qui basculent et reviennent systématiquement à leur position une fois l’impulsion donnée.

Le roman s’ouvre sur Aïko, une jeune femme qui a quitté son Japon natal pour venir s’installer en France, à Arles précisément, la ville de son idole, Claudine Casserole (!), une chanteuse française au charme suranné. Aïko puisse son inspiration de designer textile dans les culbutos qu’elle collectionne.

La deuxième voix, c’est celle de Jean-Marc, un (presque) quinquagénaire se définissant lui-même, en son for (très) intérieur, comme un « has been de la littérature ». Veuf depuis peu, il souffre profondément de l’absence de Barbara, décédée dans un accident de voiture. Alors que son premier roman s’était vendu à 800.000 exemplaires, les suivants ont à peine connu un succès d’estime. En triant les affaires de la défunte, il découvre d’elle une facette totalement inconnue : son goût pour les romans à l’eau de rose qu’elle nommait « tatasseries » ; un intérêt qui culmine dans l’animation d’un blog : « le Cercle des Colombes amatrices des romans Colombine ». Dans la foulée, il se retrouve fortuitement confronté au mécanisme ingénieux du culbuto de Barbara.

Enfin apparaît Angélique, dont la passion pour les mathématiques n’a d’égale que sa difficulté à entretenir des relations avec ses congénères. Elle a trente-cinq ans, vit toujours chez ses parents, ne se sent rassurée que par les chiffres et voue une passion sans borne au Gömböc.

   « Angélique aurait bien aimé parler du Gömböc, mais on lui avait expliqué qu’il était impoli de monopoliser une conversation pendant des heures – sur ce sujet précis, elle était intarissable – en se répandant sur ses propres centres d’intérêt. Elle avait relu cette règle à la page 26 de son cahier d’habiletés sociales. » [p. 106 – 107]

   « – Tu ne devrais plus porter de nœud papillon, lui suggéra Aïko. Ou bien des modèles beaucoup plus originaux qui te donneraient un look branché plutôt que… rétro. Pareil pour ton gilet sans manches. On peut faire nettement mieux. Et…

    Elle se censura brusquement.

    –  Oh ! Je suis désolée, Jean-Marc. Je n’en reviens pas d’avoir dit ça !

    – Moi non plus, l’enfonça Angélique, je n’en reviens pas que tu aies dit ça ! Toi qui es neurotypique, tu devrais savoir depuis longtemps qu’on doit tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Cela dit, tu as raison. Jean-Marc a l’air ringard. Sa tenue le vieillit. On lui donnerait plus de cinquante ans, alors que je suis presque sûre qu’il est seulement quadra. C’est dommage. Dans le temps, il devait être pas mal du tout.

    Aïko baissa la tête, aussi contrite qu’aurait pu l’être une gamine de huit ans.

    Contre toute attente, le principal intéressé ne protesta pas. » [p. 130 – 131]

C’est par l’intermédiaire des culbutos et du blog de Barbara repris incognito en main par Jean-Marc que le trio sera amené à se rencontrer, désireux de résoudre l’énigme relative aux billets insérés à l’intérieur des petits objets basculants.

J’ai beaucoup aimé ce récit tendre mais qui ne sombre jamais dans la mièvrerie ; chacun des personnages est amené à évoluer (in)sensiblement au contact des deux autres au fil d’une quête ardue qui mettra du piment dans leur quotidien.

Une lecture bien agréable…

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.