Le voyage de Cilka, Heather Morris

Présentation. Cilka Klein n’a que 16 ans lorsqu’elle est déportée. Très vite remarquée pour sa beauté par le commandant du camp de Birkenau, elle est mise à l’écart des autres prisonnières.

Mais à la libération du camp par les Russes, elle est condamnée pour collaboration et envoyée en Sibérie. Un deuxième enfer commence alors pour elle. Au goulag, où elle doit purger une peine de quinze ans, elle se lie d’amitié avec une femme médecin et apprend à s’occuper des malades à l’hôpital. […]

Mon avis. Un récit aussi poignant que Le tatoueur d’Auschwitz, de la même auteure.

Cette fois sont relatés des éléments (avérés, supposés ou fictionnels) de la vie de Cilka, la jeune Tchécoslovaque qui fut la maîtresse, contrainte et forcée, faut-il vraiment le préciser, des SS Schwarzhuber, « pervers ricanant » d’après le témoignage d’une prisonnière médecin, et l’Unterscharführer Taube. Un corps soumis aux viols répétés.

Forte de « son expérience » à Auschwitz, Cilka observe, analyse chaque situation, chaque détail afin d’apprendre, le mieux possible, les codes de cette nouvelle prison, à la fois semblable à et différente de la précédente. L’objectif est le même : survivre. Peut-être. Essayer à tout le moins. En tenant compte, tant que faire se peut, des autres détenues de son « dortoir », tantôt alliées dans l’adversité, tantôt ennemies face à l’adversité. En tenant compte du froid, de la faim et du travail harassant. En tenant compte des viols récurrents perpétrés par les prisonniers « privilégiés » qui peuvent bien « prendre un peu de bon temps »…

Cilka a survécu à Auschwitz, mais il était écrit que son calvaire ne s’arrêterait pas pour elle à la libération du sinistre camp. La jeune fille, dont le seul tort fut d’être trop jolie, a été accusée de collaboration avec l’ennemi et condamnée à la déportation en Sibérie où elle devra purger une peine de 15 ans.

La détenue devant Cilka se retourne vers les jeunes filles et chuchote avec pitié :

– Ces salauds choisissent celles qu’ils veulent baiser. […]

Cilka secoue la tête, incrédule. Est-ce que ça peut recommencer ?

Elle se tourne vers Josie, la regarde dans les yeux.

– Écoute-moi, Josie. Si l’un de ces hommes te choisit, va avec lui.

– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il veut ?

– Ton corps.

Elle espère qu’elle pourra expliquer à Josie plus tard qu’il peut seulement s’emparer de son corps ; il ne peut pas lui prendre son esprit, son cœur, son âme. […]

– Si tu es choisie, et que tu appartiens à un seul homme, les autres te laisseront tranquilles. Tu saisis maintenant ? » [p. 38 – 39]

« Avoir tout perdu. Avoir dû endurer ce qu’elle a enduré et être punie pour ça. L’aiguille lui semble aussi lourde qu’une brique. Comment continuer ? Comment travailler pour un nouvel ennemi ? Comment accepter de voir les femmes qui l’entourent s’épuiser, s’étioler, mourir de faim, disparaître ? Mais elle, elle vivra. Elle ne sait pas pourquoi elle en a toujours été convaincue. Elle sait qu’elle peut s’accrocher – prendre cette aiguille qu’elle trouve si lourde, continuer à coudre, à faire ce qu’elle doit faire. Elle en a la force. La colère monte en elle. Elle est furieuse et l’aiguille redevient légère. Légère et rapide. Ce feu en elle lui permet de persévérer. Mais c’est aussi une malédiction. Grâce à lui, on la remarque. Elle doit le contenir, le contrôler, le diriger.

Pour survivre. » [p. 58]

Par un concours de « circonstances », elle est remarquée par une femme médecin et apprend à s’occuper des malades à l’hôpital du camp, devenant ainsi une aide précieuse pour les infirmières, dont certaines font preuve de bienveillance à son égard. Cela lui permet de rapporter discrètement au bloc un peu de nourriture délaissée par les malades.

Les années s’égrènent dans la « routine » du camp, mais Cilka ne peut jamais baisser sa garde dans ce lieu où le pire côtoie de rares instants de « grâce », comme ceux au cours desquels elle croise des « yeux marron foncé » qui « ressortent sur un visage pâle et élégant. » [p. 107]

Traduction : Géraldine d’Amico et Laurence Videloup (anglais – Australie).

Titre VO : Cilka’Journey (2019).

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Deep Water, Sarah Epstein

Présentation.

AVANT LA TEMPÊTE

Sept amis. Mason, Chloé, Henry, Tom, Raf, Rina et Sabeen se sont trouvés. Ils se savent liés à jamais et ne se cachent rien. Leurs vies ne sont pas toujours faciles mais ils restent ensemble, malgré les épreuves. Lorsqu’une nuit, l’orage éclate.

MAINTENANT

Henry a disparu. Fugue ? Enlèvement ? Meurtre ? Tout le monde le cherche, tout le monde se méfie, tout le monde est suspect. Chacun a des secrets à protéger. Coûte que coûte..

Que s’est-il passé la nuit de la tempête ?

Mon avis. Une atmosphère pesante qui ferre le lecteur et ne le lâche plus…

La disparition du jeune Henry est au cœur du récit et cristallise l’attention de ses amis, et principalement Chloé, de retour dans les Shallows pour passer du temps avec son père durant les vacances.

« En Australie, quand une personne n’est pas retrouvée après plus de trois mois, on parle de disparition de longue durée. Henry a disparu depuis deux mois et trente jours.

Demain, il entrera dans cette catégorie.

Et vendredi prochain, il aura quatorze ans. » [p. 8]

Le groupe d’amis a fait tout son possible pour trouver des indices susceptibles de retrouver la piste de l’adolescent. En vain. Pourtant, Chloé est fermement décidée à ne pas renoncer, quoi que lui répètent ses proches.

Il est vrai qu’elle entretenait une relation privilégiée avec Henry, malgré leur différence d’âge ; elle est en outre passionnée par les enquêtes policières et, « cerise sur le gâteau », elle est extrêmement têtue. Extrêmement agaçante de ténacité même. Elle fonce sans tenir compte des conséquences…

Le récit alterne les chapitres relatifs à l’époque qui précède la disparition, en une espèce de compte à rebours, et ceux intitulés « Maintenant ». En outre, les points de vue envisagés concernent Chloé bien sûr, mais aussi Mason, le frère d’Henry, qui semble avoir bien des choses à cacher, et Henry lui-même.

La tension va crescendo jusqu’au dénouement…

« Pourquoi quelqu’un ferait une chose pareille ? Pourquoi mentir ainsi ?

Pourquoi les gens mentent, en général ?

Pour cacher la vérité. » [p. 121]

Traduction (anglais, Australie) : Anath Riveline.

Titre VO (2020) : DeepWater.

Les Avides, Guillermo d’El Toro et Chuck Hogan

Présentation. Après une enquête qui a mal tourné, Odessa Hardwicke est mise à pied. Dévastée, la jeune agent du FBI n’est pourtant pas en cause.
Sur la piste d’un meurtrier avec son collègue, elle s’est en effet vue obligée de commettre l’irréparable. Mais ce qui la choque le plus n’est pas d’avoir fait usage de son arme : elle pense avoir vu une présence ténébreuse quitter le corps de sa victime.
En attendant des jours meilleurs, Odessa accepte une mission à New York. Cette affectation a priori sans intérêt la met sur la piste d’un personnage mystérieux, Hugo Blackwood.
Qui est cet homme ? Un simple fou, ou le meilleur espoir de l’humanité face à un mal indicible ?

Mon avis. Une « agréable » lecture…

Plongée dans un thriller fantastique qui emmène le lecteur aux côtés d’Odessa, dévastée par l’acte qu’elle a été contrainte de commettre, à savoir abattre son coéquipier afin d’éviter qu’il ne tue une petite fille qu’il était censé sauver…

« Une brume, comme l’ondulation d’un mirage de chaleur, s’éleva du corps tordu de Leppo. Une présence dans la pièce, planant comme une nappe de gaz au-dessus d’un marais. Incolore, mais elle sentit à nouveau cette odeur de soudure, très différente de celle de la fumée qui se dégageait encore en fines volutes du canon de son arme…

Tout à coup, le corps de Leppo s’affaissa, comme si quelque chose, une sorte d’entité, l’avait quitté au moment où il est mort. » [p. 44 – 45]

Elle est mise à pied le temps de l’enquête mais ne se fait guère d’illusion, toutes les apparences sont contre elle : hormis la petite fille traumatisée, personne ne peut corroborer ses dires.

Affectée à des tâches subalternes, elle fait la connaissance d’Earl Salomon, un agent du FBI depuis longtemps retraité, mais qui, curieusement, dispose toujours d’un bureau poussiéreux au sein d’une antenne de « la grande maison ».

La jeune femme sera alors confrontée à des faits complètement irrationnels, mais quoi qu’elle entreprenne pour trouver « le fin mot de l’histoire », tout semble constamment la ramener vers des choses qui dépassent l’entendement. Et ce n’est pas le mystérieux Hugo Blackman, appelé à la rescousse sur la recommandation de Salomon, qui va arranger la situation…

Le récit est ponctué de chapitres en italiques qui se centrent sur Obediah, « le dernier-né des Avides »…

Une enquête ardue, une poursuite effrénée, sur fond de fantastique. Noir. Très noir.

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Présentation. « Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie. » Au nord du Cameroun, au sein des riches familles peules et musulmanes, la patience est la vertu cardinale enseignée aux futures épouses. Malheur à celle qui osera contredire la volonté d’Allah ! Entre les murs des concessions, où règnent rivalité polygame et violences conjugales, la société camerounaise condamne ces femmes au silence. Mais c’est aussi là que les destins s’entrelacent. Ramla, arrachée à son premier amour ; Safira, confrontée à l’arrivée d’une deuxième épouse ; Hindou, mariée de force à son cousin : chacune rêve de s’affranchir de sa condition. Jusqu’où iront-elles pour se libérer ?

Mon avis. Un récit révoltant qui se lit d’une traite…

Destins croisés de 3 femmes dans une société où le féminin n’a pas droit de cité, il dispose juste de celui de se taire, s’effacer même devant la toute-puissance masculine. Surtout faire en sorte que les convenances soient officiellement respectées, quelles que soient les conséquences pour les principales concernées…

Ramla est contrainte d’épouser « un vieux » alors qu’elle aime un jeune homme prêt à lui offrir ce dont elle rêve.

« Durant tout le trajet, je pleure. J’ai envie de hurler aux curieux qui, agglutinés au bord de la route, saluent par des cris le cortège nuptial :

« Sauvez-moi, je vous en supplie, on me vole mon bonheur et la jeunesse ! On me sépare à jamais de l’homme que j’aime. On m’impose une vie dont je ne veux pas. Sauvez-moi, je vous en conjure, je ne suis pas heureuse comme vous voulez le croire ! Sauvez-moi, avant que je ne devienne à jamais l’une de ces ombres cachées à l’intérieur d’une concession. Sauvez-moi avant que je ne dépérisse entre quatre murs, captive. Sauvez-moi, je vous en supplie, on m’arrache mes rêves, mes espoirs. On me dérobe ma vie. »  » [p. 89 – 90]

Hindou, quant à elle, a dû épouser son cousin Moubarak, à la réputation sulfureuse, alcoolique, violent. Sa route est douloureusement tracée dès sa nuit de noces…

« Il se lève brusquement et, d’un mouvement imprévisible, me jette brutalement sur le lit et arrache mes vêtements. Je me défends autant que je peux. Quand il déchire mon corsage, je le mords farouchement. Il retire sa main d’où perlent des gouttes de sang. Furieux, il se met à me frapper. Je crie, je me débats, quand un coup violent m’assomme, et je tombe en travers du lit. » [p. 105 – 106]

Safira jouera le rôle de première épouse depuis que son mari, qu’elle aime, a décidé d’épouser également Ramla, bien plus jeune.

« Mon Dieu, comment faire face à cette fille à peine plus âgée que ma propre fille et qui s’arroge le droit de me prendre mon époux ? Comment pourrais-je le supporter ? Comment montrer bonne figure comme l’exigent les convenances ? Que faire pour ne pas perdre la face ? » [p. 185]

Chacune luttera avec les moyens dont elle dispose avec, en toile de fond, le discours lancinant entendu à maintes reprises : « Patience ». Même quand tu te fais bafouer, humilier, terroriser, « tabasser ». « Patience ».

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

La dernière geste, troisième chant : Ordalie, Morgan of Glencoe

Présentation. Vingt mois ont passé depuis l’arrivée de Yuri en Keltia et le couronnement de Louis-Philippe en France. La tension n’a cessé de monter entre les deux pays, malgré les tentatives des Ambassadeurs japonais et ottomans pour calmer les velléités belliqueuses du jeune Roi d’un côté et la punition commerciale des Keltiens de l’autre. Lorsque la situation dérape, Yuri réalise qu’elle est la seule à pouvoir, peut-être, éviter au monde de basculer dans la guerre. Reste à savoir si elle est prête à en payer le prix.

Mon avis. De nouveau du bonheur

Heureuse de retrouver les personnages de cette saga et quelle chance, le livre commence par un résumé détaillé des événements qui ont précédé ce troisième chant, suite des Premier et Deuxième chants.

Le torchon brûle entre la France que le jeune roi Louis-Philippe aimerait étendre et Keltia où se sont réfugiés entre autres Yuri, les Rats ayant survécu au massacre ordonné par le roi français, ainsi que Gabriëlle, reine de France censément décédée… Entre les deux clans, le Sultanat ottoman et l’Empire japonais dont les ambassadeurs, Abbas et Ryûzaki, tâchent de jouer les intercesseurs avant que ne soit atteint le point de non-retour.

Ce tome, à la formulation toujours aussi soignée – un régal -, se centre sur les multiples manœuvres entreprises par Yuri, au nom de Keltia, afin d’éviter un conflit destructeur pour tous. La jeune femme est contrainte de jouer les équilibristes, constamment sur ses gardes, afin de déjouer les pièges tendus, par devers Louis-Philippe, par la machiavélique Aliénor de Fontainebleau-d’Armentières, et soutenue en « sous-marin », dans une certaine mesure, par les ambassadeurs évoqués ci-dessus.

D’autres personnages, particulièrement touchants, ont retenu mon attention : Roussette, Gavroche au féminin, contrainte prématurément de laisser derrière elle son enfance, ainsi que le jeune couple Pyro Saint-Elme, le Feu-follet, et Loardan Kleier, Rêvedragon et escrimeuse émérite malgré son jeune âge.

« Tous les adultes ne se ressemblaient pas. Ce constat tiraillait le cerveau de Roussette depuis déjà un bon moment, alors qu’elle trottinait pour rentrer chez Philémon. Elle en venait à faire, dans sa tête, des catégories d’adultes. La première, et de loin la plus grande selon ses douze ans d’expérience, était constituée de saligauds. Des comme ses parents, qui l’avaient vendue au Galeux, un autre de la même catégorie, ou comme la grognasse qui avait menacé de la balancer, ou Tête-de-Fouine et son copain, ou ceux qui avaient kidnappé les autres gosses de sa bande, ou les geôliers de la Bastille, qui s’amusaient à la faire tomber quand elle vidait les seaux des prisonniers. La deuxième, plus rare, regroupait les gentils qui la prenaient pour un bébé. Dedans, bien sûr, Philémon et Marguerite tenaient la place la plus évidente, mais aussi le sergent Fleuri qui l’avait relevée et lui avait rendu son pain. Ces adultes-là, peut-être qu’ils vendaient pas leurs moutards à la maltouze. En tout cas, l’Hercule de foire et sa vieille mère semblaient de bonne foi, depuis qu’elle vivait avec eux. » [p. 153]

« Un jour, Keltia aura besoin de toi.

Ce jour-là, elle se l’était bien promis : elle serait prête. » [p. 302]

La fin de ce tome décoche au lecteur un uppercut. Sonnée, j’ai été. C’est là que je me suis rendu compte que cet opus n’était pas le dernier… Vivement la suite donc…

Un grand merci aux éditions ActuSf pour ce partenariat.

Ce roman entre dans le Challenge Un genre par mois (Fantasy ou Aventure pour janvier).

Aux douceurs du temps, Véronique Chauvy

Présentation. Clermont-Ferrand, 1892. Quand Juliette apprend qu’elle est l’héritière d’une confiserie léguée par un oncle dont elle n’a jamais entendu parler, elle comprend que cette nouvelle va changer son destin. Happée par la curiosité, elle accepte de visiter cette boutique si bien nommée Aux douceurs du temps… Saura-t-elle égaler les plus grands artisans de la ville ? Malgré l’opposition de son père et les manigances de ceux pour qui elle représente une future concurrente – une femme qui plus est ! –, sa décision est prise : elle sera « confiseuse », envers et contre tous !

Aux douceurs du temps

Mon avis. Une lecture bien agréable…

Plongée à Clermont-Ferrand à la fin du XIXe siècle : Juliette travaille dans la confiserie de Gustave Marquand où elle a commencé comme cueilleuse d’abricots à l’âge de onze ans. Dix ans plus tard, elle s’est rendue indispensable, même si elle n’a évidemment pas reçu l’autorisation de cuire les fruits : une femme à la cuisson des fruits ? Cela ne peut se concevoir !

La jeune Juliette hérite d’une confiserie léguée par un oncle qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam et si elle sait avoir eu une tante du côté paternel, elle ignorait en revanche que cette dernière était mariée. Elle découvre vite que le sujet est sensible quand elle s’en enquiert auprès de ses parents. Si dans un premier temps, elle songe à refuser cette confiserie désormais laissée à l’abandon où plus rien n’est opérationnel, l’idée de tenter de se forger une place au sein d’un univers exclusivement masculin fait son chemin, mais elle n’est pas au bout de ses peines…

« – Alors, qu’en pensez-vous ? C’est un bel héritage !

Le ton ironique de jeune homme ramena Juliette à la réalité. Elle qui se voyait déjà rendre des couleurs à l’entreprise de confiserie qu’elle découvrait figée dans la poussière : comment y parviendrait-elle, seule et sans capitaux ? Le clerc eut pitié de sa mine déconfite.

– Vous avez quelque temps pour y réfléchir. Vous pouvez tout aussi bien accepter cet héritage – afin de le revendre -, que le refuser pour éviter tout souci… Revenez chercher les clefs à l’étude, pour évaluer à loisir le magasin et son atelier. Songez que vous pourrez facilement en tirer une jolie somme, chère mademoiselle. » [p. 37 – 38]

Il ne vient à l’esprit de personne, et encore moins de ses parents, surtout son père, que Juliette – une femme ! – puisse garder la confiserie, la remettre en état et l’exploiter. C’est pourtant ce qu’elle fera, armée de sa détermination, son sens pratique et son amour du métier.

J’ai beaucoup aimé la personnalité de Juliette, contrainte de se battre envers et contre tous, principalement la gent masculine, car elle ose exercer un métier jusque-là dévolu aux hommes. Pire, tout semble lui réussir, ce qui suscite bien des jalousies. J’ai apprécié également Rodolphe, son voisin libraire, « l’ami fidèle », le confident, le soutien, le « phare » de la jeune femme… Et cela, dans une époque qui remet en cause la puissance de la religion.

« C’est aux propos encourageants du libraire, plus qu’aux démonstrations de son époux, qu’elle se sentit puiser l’énergie dont elle avait besoin pour la journée. » [p. 145]

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Les disparues de la lande, Charlotte Link

Présentation. De retour à Scarborough pour vendre la maison de ses défunts parents, le sergent-détective de Scotland Yard Kate Linville se trouve impliquée dans la sinistre affaire qui secoue la petite ville côtière : le corps sans vie de Saskia Morris, 14 ans, disparue depuis des mois, vient d’être découvert sur la lande. Elle semble être morte de faim.

Peu de temps après, une autre jeune fille manque à l’appel. Elle réapparaît quelques jours plus tard, incapable d’identifier son ravisseur.

Les deux événements sont-ils le fait d’une seule et même personne ? Ont-ils un lien avec la disparition d’Hannah Caswell, survenue trois ans plus tôt ?

Tandis que la police piétine, Kate commence ses propres recherches…

Mon avis. Un plaisir de retrouver les enquêteurs de L’emprise du passé.

Après quelques lectures en demi-teinte – voire incolores -, le bon plan – pour moi – est souvent de me plonger dans un « policier » et cela a de nouveau fonctionné.

On y retrouve Kate Linville, sergent-détective à Scotland Yard, revenue à Scarborough pour (tenter de) vendre la maison de ses parents désormais tous deux décédés. Il se fait que le corps d’une jeune adolescente disparue depuis des mois a été retrouvé récemment et que la fille de la pension de famille où loge Linville semble avoir disparu. Et ce n’est que le sommet de l’iceberg…

Il est bien évidemment hors de question que la sergent-détective prenne part à l’enquête, Caleb Hale ne cesse de le lui rappeler : elle est hors de sa juridiction. Pourtant, Kate ne pourra refuser d’aider, le plus discrètement possible, cela va sans dire, les parents désespérés.

« – Je sais, ce n’est pas mon histoire. Je ne viendrai pas vous embêter, Cale. Cette fois, les circonstances sont très différentes.

Elle faisait allusion aux violents démêlés qu’ils avaient eus à propos du meurtre de son père. Kate avait enquêté de son propre chef, parce qu’elle était convaincue que Hale s’égarait. Agissant en dehors de tout cadre légal, elle avait constamment eu maille à partir avec lui. Or pour finir, c’était elle qui avait résolu l’affaire. Ils s’étaient tout de même quittés en bons termes, l’inspecteur ayant eu l’élégance de reconnaître sa perspicacité. Mais il s’était remis à boire – une grave rechute après une cure de sevrage et plusieurs mois d’abstinence. Il se doutait que Kate était en train de s’interroger. De se demander si, en ce dimanche, il avait déjà commencé à boire ou s’il était sobre.

– C’est une sale affaire, dit-il. Une très sale affaire. » [p. 77 – 78]

C’est un travail de fourmi qui attend les enquêteurs, officiels ou non, en lien avec un proche passé.

Difficile pour moi de lâcher ce roman après l’avoir commencé ; indépendamment de l’enquête, j’ai beaucoup apprécié la psychologie des personnages, « humains », et par là même animés aussi par des faiblesses.

À noter que le récit est entrecoupé de passages retranscrits dans une police différente qui semblent être rédigés par la personne à l’origine des méfaits…

Traduction (allemand) : Corinna Gepner.

Titre VO : Die Suche (2018).

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Histoires nature de la Petite Salamandre, 2, Pascale Hédelin

Présentation. Quinze nouveaux contes pour apprendre et s’émerveiller avec nos animaux préférés… à chaque saison de l’année !

Un petit chamois vraiment timide, deux loirs gris très surpris, des sardines archi-malignes, une chorale d’oiseaux dans la forêt, une chasse au trésor sous la mer et, même, une super enquête à la rivière… Il s’en passe tous les jours, des aventures drôles et poétiques dans la nature !
Et en bonus, retrouvez des histoires à écouter sur salamandre.org/petitesalamandre

Histoires nature de la petite salamandre : pour s'émerveiller

Mon avis. Une nouvelle fournée d’histoires relatives à la nature, déclinées au rythme des saisons…

Tout comme le premier album, celui-ci est lui aussi richement illustré et coloré et propose des histoires mettant en scènes nos amis les animaux, réparties au fil des saisons, en commençant par le printemps.

J’ai particulièrement apprécié Roberto le rossignol, désireux d’aider ses amis dans l’apprentissage du chant, début d’une belle aventure chorale, car n’est pas rossignol qui veut (printemps) ; Nina la sardine qui découvre l’art de jouer avec ses amis en mettant l’accent sur l’entraide et non sur l’adversité (été).

« Finalement, c’est drôlement amusant de s’entraider pour gagner. » [p. 35].

Hector le hêtre, quant à lui, est un arbre majestueux de 207 ans qui souffre de la sécheresse. Ses amis les animaux sont particulièrement énervés : normal, il y a de l’orage dans l’air… (automne) ; Mikou, le louveteau fait l’apprentissage, peu aisé, de la chasse ; Eliott, le levreau à trois pattes, source de taquineries en raison de son handicap, réalise que l' »on a tous besoin d’un petit coup de patte de temps en temps ». [p. 74]

Merci aux éditions la Salamandre pour ce partenariat.

Podcast

Peut être une illustration de texte qui dit ’Le lendemain, MYSTERĘ À LA RIVIÈRE revient, catastrophe disparu! Gabye évoltée! voleur, passer Nana truite idéale. collection cailloux est gênée a-dessous? incere avoir accusée. m'intéress gentille que Gaby Gaby grenouille qu'une ntête étoiles comme l'une truite. Flle pierres dépasse cachette.. Voyons, réfléchit- est petit Théo l'escargot d'eau emporté trésor. toutefois, indice nager bête poilue cette nuit.’

Un hiver à pile ou face, Kara McDowell

Présentation. Paige Collins, 17 ans, est paralysée dès qu’elle doit faire un choix.
Aussi, quand deux opportunités extraordinaires se présentent à elle quelques jours avant Noël, Paige est incapable de prendre une décision.
Une semaine à la montagne avec son meilleur ami (dont elle est secrètement amoureuse), ou un séjour à New York, LA ville de ses rêves ?
Alors que l’angoisse de ce choix cornélien la submerge, Paige fait une mauvaise chute dans un supermarché… et son futur se retrouve divisé en deux !

Couverture de « Un hiver à pile ou face »

Mon avis. Une lecture sans réelle surprise, mais bien agréable.

J’ai d’emblée pensé au roman 16 ans, 2 étés, d’Aimee Friedman en découvrant ce titre et effectivement, le procédé est identique : Paige, qui est tétanisée lorsqu’elle doit faire des choix (« choisir, c’est renoncer » ; « et si… ; « oui mais si » ; « ou alors ? »), ce qui lui gâche la vie, se trouve devant un choix cornélien en cette période de Noël : passer la fête en compagnie de Fitz, son meilleur ami dont elle est en réalité profondément, irrémédiablement amoureuse et qui collectionne les conquêtes, ou découvrir New York, la ville qui la fait rêver depuis toujours, en compagnie de sa mère, invitée chez un ami plus vu depuis longtemps. Et de la même manière que le récit de Friedman, celui-ci alterne les chapitres relatifs au destin numéro 1 (New York en compagnie d’un garçon bientôt délicieusement agaçant) et ceux relatifs au destin numéro 2 (le village de montagne en Arizona où les parents de Fitz possèdent un chalet… avec Fitz, bien évidemment) après que Paige chute lourdement sur le sol mouillé d’un supermarché.

La différence notable entre les deux romans tient en la personnalité de Paige qui souffre véritablement de son indécision chronique quand il est question de faire des choix : elle soupèse encore et encore les implications potentielles (négatives, forcément !) de ses éventuelles décisions, ce qui lui pourrit véritablement la vie. Pour lui venir en aide, son amie Clover installe sur le téléphone de Paige l’application Magic-8 Ball : il suffit d’y introduire une question fermée et l’application répond. Et la jeune fille obéit… même si elle n’est de toute manière jamais satisfaite, mais « on » a décidé pour elle, c’est une première étape.

« Toutes les catastrophes qui pourraient se produire si je monte sur le quad de Fitz :

  • Il s’écrase contre un pin et on meurt sur le coup.
  • Il s’écrase contre un train et on meurt sur le coup.
  • J’enlace sa taille pendant qu’il conduit et je meurs d’une crise cardiaque.
  • Fitz s’aperçoit que je suis amoureuse de lui depuis deux ans et c’est la fin de notre amitié.

Ces pensées, ainsi qu’une bonne dizaine d’autres, se bousculent dans ma tête pendant que je monte l’escalier. Quand j’ouvre la porte, une bouffée d’air glacial m’enveloppe, et mon cœur s’arrête.

Mais pas à cause de la température.

Fitz est beau à tomber, assis au volant de ce quad. Ses boucles châtains dépassent de son bonnet alors que le froid rosit ses joues. Il n’a pas dû se raser ce matin : un voile de barbe ombre sa mâchoire.

Ça papillonne dangereusement dans mon ventre. » [p. 127 – destin numéro deux]

« Harrison se détourne pour masquer un sourire, mais je ne suis pas dupe. Une douce chaleur prend naissance dans mon ventre et se diffuse dans mon corps. Est-ce qu’on flirte? Je n’ai pas flirté – je n’en voyais pas l’intérêt – depuis une éternité. J’ai l’impression qu’on m’injecte une énergie pétillante dans les veines. Je lui lance un regard en biais et je remarque le grain de beauté au coin de sa bouche. Il n’est pas Fitz. Et c’est peut-être une bonne chose. » [p. 155 – destin numéro 1]

Difficile d’imaginer qu’une personne soit à ce point paralysée par l’obligation de prendre des décisions : Paige est extrêmement agaçante mais son « défaut » la rend de temps à autre touchante par la même occasion.

Un récit « léger » en apparence. En apparence seulement…

Traduction : Sidonie Van den Dries.

Titre VO (anglais USA) : One Way or Another (2020).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

La prière des oiseaux, Chigozie Obioma

Présentation. Chinonso, éleveur de volailles au Nigeria, croise une jeune femme sur le point de se précipiter du haut d’un pont. Terrifié, il tente d’empêcher le drame et parvient à sauver la malheureuse Ndali. Cet épisode va les lier indéfectiblement. Mais leur union est impossible : Ndali vient d’une riche famille et fréquente l’université, alors que Chinonso n’est qu’un modeste fermier… Pour devenir digne de celle qu’il aime, le jeune homme décide de partir étudier à l’étranger, en Crête précisément, scellant ainsi le sort tragique de sa relation avec Ndali.

La prière des oiseaux est une épopée bouleversante à travers l’Afrique et l’Europe, où le destin joue un rôle central. Chinonso et Ndali pourront-ils y échapper ?

Couverture La prière des oiseaux

Mon avis. Même si certaines parties m’ont plu, je me suis aussi (cf. billet précédent) ennuyée durant cette lecture.

Nous sommes au Nigeria et faisons la connaissance de Chinonso, un modeste éleveur de volailles qui a peu de contacts avec la gent humaine, en dehors des marchands rencontrés au marché lorsqu’il est question d’acheter et vendre ses poules, et d’un ami qui lui rend occasionnellement visite. Un soir, il intervient pour empêcher le suicide de la belle Ndali. Il ne la connaît pas. Elle le retrouvera ; se noue alors une relation que ni l’un ni l’autre n’aurait pu envisager. Et pour cause, le milieu dans lequel vit chacun les sépare irrémédiablement, tant économiquement que culturellement. Inutile de dire que la famille de Ndali voit d’un très mauvais œil cette idylle.

« Ô Gaganaogwu, les jours de la vie des amants finissent par se ressembler au point de ne plus se distinguer les uns des autres. Les amants portent dans leur cœur les mots de l’être aimé, qu’ils soient ensemble ou séparés ; ils rient ; ils parlent ; ils font l’amour ; ils se disputent ; ils mangent ; ils s’occupent ensemble du poulailler ; ils regardent la télévision et rêvent d’un avenir ensemble. C’est ainsi que le temps file et que les souvenirs s’amassent jusqu’à ce que leur union devienne la somme de tous les mots qu’ils se sont dits, de leurs rires, de leurs étreintes, de leurs disputes, de leurs repas, de leur travail au poulailler, de toutes les choses qu’ils ont faites ensemble. Lorsqu’ils sont l’un sans l’autre, la nuit leur devient indésirable. Ils désespèrent de voir le soleil se cacher et attendent ardemment que la nuit, ce drap cosmique qui les sépare de l’être aimé, s’écoule dans une fervente hâte. […]

Elle finit par devenir ce dont son âme rêvait jusqu’aux larmes depuis des années. » [p. 98 – 99]

Le récit est relaté par le chi, l’esprit protecteur de Chinonso, sept ans après cette improbable rencontre. La première partie se centre sur leur découverte mutuelle, dans la deuxième partie, le lecteur se retrouve à Chypre, là où Chinonso espère faire les études qui lui permettront « d’être à la hauteur » de Ndali. Enfin, la dernière partie le voit rentrer au pays. Cassé. Car l’expérience chypriote ne fut que souffrance. Une seule image en tête : celle de Ndali.

Le fil conducteur de l’histoire en elle-même est tout à fait digne d’intérêt, mais que de longueurs et circonlocutions pour le suivre. Une lecture en demi-teinte donc.

Traduction (anglais – Nigeria) : Serge Chauvin.

Titre VO (2019) : An Orchestra of Minorities.

Merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.