Le tatoueur d’Auschwitz, Heather Morris

Présentation. L’histoire vraie d’un homme et d’une femme qui ont trouvé l’amour au cœur de l’enfer.

Sous un ciel de plomb, des prisonniers défilent à l’entrée du camp d’Auschwitz. Bientôt, ils ne seront plus que des numéros tatoués sur le bras. C’est Lale, un déporté, qui est chargé de cette sinistre tâche. Il travaille le regard rivé au sol pour éviter de voir la douleur dans les yeux de ceux qu’il marque à jamais.

Un jour, pourtant, il lève les yeux sur Gita et la jeune femme devient sa lumière dans ce monde d’une noirceur infinie. Ils savent d’emblée qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Mais dans cette prison où l’on se bat pour un morceau de pain et pour sauver sa vie, il n’y a pas de place pour l’amour.

Ils doivent se contenter de minuscules moments de joie, qui leur font oublier le cauchemar du quotidien. Mais Lale a fait une promesse  : un jour, ils seront libres, deux jeunes gens heureux de vivre ensemble.

Couverture Le tatoueur d'Auschwitz

Mon avis. Un récit à (faire) lire. Absolument.

Comment ne pas penser à Primo Levi relatant l’horreur dans Si c’est un homme, ou La nuit, d’Elie Wiezel, en lisant ce témoignage de Ludwig Eisenberg, alias Lale, numéro 32407, raconté, au crépuscule de sa vie, à travers le récit d’Heather Morris ?

Lorsque Lale débarque à Auschwitz, il ne sait pas ce qui l’attend, comme tant d’autres entassés dans des wagons à bestiaux deux jours auparavant à Prague. Il s’était présenté aux autorités locales de Krompachy, chaque famille juive devant « remettre un enfant, âgé de dix-huit ans ou plus, aux autorités compétentes qui l’enverraient travailler pour le gouvernement allemand. » [p. 17]. Lale a obéi, espérant que cela suffirait à laisser sa famille à l’abri de ce qui se tramait…

Ironie du sort, il est « accueilli » au camp par la tristement célèbre citation : « Arbeit macht frei », « le travail rend libre ».

« Il ignore où il se trouve, la tâche qu’il est censé accomplir, mais l’idée que, grâce à son travail, il pourra retrouver la liberté lui fait l’effet d’une mauvaise blague. » [p. 19]

« Il se demande s’il va, jusqu’à la fin de sa vie – courte ou longue – être défini par ce moment, ces chiffres tracés grossièrement sur sa peau : « 32407 ». » [p. 22]

Lale est intelligent, il observe, analyse, mémorise ce qu’il peut, supposant que ce pourrait lui être utile un jour, si… si jour suivant il y a, même s’il se fait le serment de sortir vivant de cet enfer. Il est en outre polyglotte (slovaque, russe, allemand, hongrois, français, ainsi qu’un peu de polonais), ce qui, il le pressent, risque de lui être utile.

C’est dans ce lieu abominable que son regard croise celui de Gita, une jeune femme qu’il a lui-même tatouée.

« Il la regarde dans les yeux. Un sourire effleure ses lèvres. Elle y répond par une petite mimique. Ses yeux, toutefois, dansent devant lui. Le cœur de Lale semble en même temps s’arrêter et se mettre à battre pour la première fois, tambourinant bientôt dans sa poitrine, comme s’il était sur le point d’éclater. » [p. 10]

Le récit relate l’horreur la plus abjecte : des êtres que l’on (essaie de) dépouille(r) de leur humanité tentent de survivre – à la faim, au froid, aux maladies, aux coups, aux exécutions sommaires, aux sélections, y compris celles orchestrées par le terrible Mengele -, un jour à la fois, une heure à la fois, une minute à la fois. L'(absence de)a « nourriture » devient obsession et pourtant, la plupart du temps, quand l’un des prisonniers réussit à s’arroger une portion supplémentaire, il la partage. C’est ce que fera Lale qui, par son travail de Tätowierer jouit de certains privilèges, une situation « culpabilisante » dont il a conscience, mais qui lui permettra de venir en aide à ses compagnons de misère.

« De retour dans sa chambre, Lale prend le morceau de saucisson et le coupe avec soin en parts égales. » [p. 91]

Au milieu de cet enfer, une lumière, Gita, qu’il aidera chaque fois que c’est possible, lui jurant qu’ils en sortiront vivants. Tous deux. Quelques moments volés à l’abri d’un Block, le dimanche, jour de « repos » pour les prisonniers.

Mes larmes ont coulé à plusieurs reprises au fil de la lecture, avec cette question, lancinante : comment une telle abomination a-t-elle été possible ? Comment des êtres en théorie « humains » ont-ils pu infliger un tel traitement à leurs (dis)semblables ?

Devrait sortir bientôt un récit de la même auteure relatif à Cilka, une des amies de Gita, dont le seul tort est d’avoir attiré l’attention d’un des officiers SS en raison de sa beauté et qui, de ce fait, sera condamnée par les Russes à la déportation en Sibérie, à la libération du camp. Je le lirai.

« Le tatoueur d’Auschwitz est l’histoire de deux êtres ordinaires, qui ont vécu dans des circonstances extraordinaires, privés non seulement de leur liberté, mais aussi de leur dignité de leur nom, de leur identité. Lale y relate ce qu’ils ont dû faire pour survivre. Lale avait une devise : « Si tu te réveilles le matin, ce sera forcément une bonne journée. » «  [p. 306 – 307 ; Note de l’auteure]

Traduction (anglais – Australie -) : Jocelyne Barsse.

Titre VO : The Tattooist of Auschwitz (2018).

Un grand merci aux éditions J’ai Lu pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le Challenge « Un genre par mois », proposé par Iluze (récit historique pour janvier).

3 réflexions au sujet de « Le tatoueur d’Auschwitz, Heather Morris »

  1. Je me pose souvent la même question que toi quant à la violence qui prend certaines personnes. L’horreur n’a pas de limites !
    C’est un livre qui me fait de l’oeil…
    Bonne semaine.

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  2. J’avais déjà vu passer le titre mais j’ignorais qu’il s’agissait d’une histoire vraie …
    Ton billet me convainc d’ajouter ce livre à ma prochaine commande …

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